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Dernière modification : 31/05/2012

Accablés par l'austérité, les Irlandais pourraient rejeter le pacte budgétaire européen

Près de 3 millions d’Irlandais sont appelés à se prononcer sur le pacte budgétaire européen, ce jeudi 31 mai. Ce référendum - le seul en Europe - risque d’être lourd de conséquences pour un traité qui doit contraindre les États-membres à observer un strict équilibre budgétaire.

Donné largement vainqueur par les sondages, le "Oui" au pacte budgétaire européen a vu son avance fondre comme neige au soleil ces derniers jours ; de quoi inquiéter sérieusement la coalition gouvernementale (le parti de centre droit Fine Gael et les travaillistes), qui a investi l’ensemble de son capital politique dans ce référendum.

Par ailleurs, près d’un électeur sur quatre se déclare indécis. Trois sondages publiés dimanche donnaient entre 16% et 27% d’indécis, et un Irlandais sur trois ne comprend pas le pacte budgétaire.

La participation va peser dans l’issue du référendum. Selon la plupart des analystes, si moins de la moitié des électeurs inscrits se rend aux urnes, le "Oui" peut être en danger.

"If you don’t know, vote no"

Les Irlandais, fréquemment consultés sur les questions européennes, ont un dicton populaire: "Si vous ne comprenez pas, votez non". C’est ce qui est arrivé lors des premiers référendums sur les traités de Nice et de Lisbonne, avant que les électeurs changent d’avis lors d’une seconde consultation, dans les deux cas.

En cas de rejet, l’Irlande votera-t-elle deux fois sur ce traité fiscal ? Le Premier ministre Enda Kenny a dit qu’il n’en était pas question. Mais une partie de l’opinion, dont le groupe de pression de droite Libertas, appelle à voter "Non", en attendant que l’UE ait trouvé un accord sur un pacte de stabilité et de croissance destiné à créer des emplois.

Il existe cependant une différence fondamentale entre ce pacte budgétaire et les traités européens précédents. L’Irlande n’a pas de veto, la ratification par douze États membres suffit à l’application du traité fiscal. Techniquement, la zone euro pourrait donc continuer à avancer sans l’Irlande.

Contexte difficile

Mais un "Non" irlandais pourrait avoir un effet désastreux pour le pays et pour l’Europe. "Voter non n’a aucun avantage, mais de graves conséquences. La première serait une remise en cause de la stabilité de notre monnaie et de la zone euro dans son ensemble", explique à FRANCE 24 Lucinda Creighton (Fine Gael), secrétaire d’État aux affaires européennes.

Le vice-Premier ministre irlandais Eamon Gilmore (Labour) est, quant à lui, persuadé que les Irlandais "comprennent que ce traité est nécessaire pour stabiliser l’euro, pour favoriser l’investissement et créer des emplois".

Mais les partisans du "Oui" ont fait campagne dans un contexte défavorable. Prés de 15% de la population active est au chômage. Après 3 ans de récession, une économie placée sous la tutelle de l’Europe et du FMI, avec hausse des impôts et réduction drastique du budget de l’Etat, la population est devenue allergique au discours sur les mérites de l’austérité.

"La politique d’austérité est un échec cuisant ici", estime la numéro deux de Sinn Féin, Mary Lou McDonald, dont le parti a mené la campagne du "Non" avec les autres formations de la gauche radicale. "Seuls le commerce et la croissance peuvent nous sauver, les Irlandais le savent bien mais ils ont besoin d’un gouvernement qui ait le courage de l’admettre".

Ce traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance a été signé le 2 mars par les chefs d'État et de gouvernement de 25 pays membres de l'Union européenne - à l'exception du Royaume-Uni et de la République tchèque. Les pays qui ratifient ce traité fiscal devront notamment s’assurer que leur dette est réduite à 60% de leur Produit Intérieur Brut (PIB).

Par Hervé AMORIC

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