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L'opinion de
Douglas HERBERT

Douglas HERBERT
Chroniqueur international

Poutine et Assad, frères de sang

Le 05-06-2012

Pour comprendre la position du chef de l’État russe, Vladimir Poutine, dans le dossier syrien, il est intéressant de s’attarder sur le personnage.

On a souvent évoqué les intérêts stratégiques et économiques de la Russie en Syrie pour justifier le soutien inébranlable de Vladimir Poutine au régime syrien. Car il est vrai que Moscou est un allié de longue date de Damas, son seul véritable point d’ancrage au Moyen-Orient.

La Syrie est aussi, comme la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, l’a rappelé la semaine dernière, un bon client pour l’industrie russe de l’armement - même si Poutine nie catégoriquement le fait que les armes russes soient utilisées dans le conflit syrien ou dans tout autre pays.

Mais la vraie raison pour laquelle Poutine va continuer de soutenir le dirigeant syrien Bachar al-Assad est en fait intimement liée à la vision que le chef d’État russe a de lui-même : il se voit comme le garant d’une Russie puissante qui refuse de recevoir la moindre leçon de morale de l’Occident.

Poutine est un nostalgique de l’ancienne Union soviétique, et ne s’en cache pas. Pour lui, la chute de l’URSS constitue la plus grande tragédie du XXe siècle. L’homme qu’il juge responsable de cette débâcle, Mikhaïl Gorbatchev, n’est rien d’autre, selon une vision partagée par grand nombre de Russes, qu’un incapable multipliant les erreurs.

Il n’est d’ailleurs pas rare de deviner dans chacune des initiatives prises par le dirigeant russe en matière de politique étrangère un sentiment de fierté blessée.

Poutine se voit, ainsi que son pays, comme une victime incomprise d’un complot occidental pernicieux qui cherche à déstabiliser la Russie éternelle qui lui tient tant à cœur. Et c’est sur ce point qu’il se rapproche de Bachar al-Assad.

Échos de la guerre en Tchétchénie

Tous les moyens utilisés par le dirigeant syrien pour mater le soulèvement dans son pays, Poutine les connaît bien pour les avoir déjà mis en pratique dans son propre pays.

La répression brutale de la rébellion tchétchène en Russie – une guerre qui s’est déroulée sur plusieurs années et a décimé une population de plus de 100 000 personnes – n’est que le reflet, à plus grande échelle, des atrocités recensées en Syrie par les responsables de l’ONU.

Il n’y a en fait pas de grande différence entre la brutalité sommaire avec laquelle les forces de sécurité russes ont appréhendé les manifestants à Moscou ces derniers mois, et la violence perpétrée en Syrie sur les "gangs armés" par les voyous à la solde du régime d’Assad.

Poutine ne se lasse jamais de dire que tout ce qu’il désire est une solution politique au conflit, afin d’éviter le pire scénario qui soit : la guerre civile.

Il affirme aussi que la Russie n’est pas tant intéressée par l’avenir politique de Bachar al-Assad, mais qu’elle souhaite une issue pacifique pour le peuple syrien.

"Nous traquerons les terroristes jusque dans les chiottes"

Cependant, la réalité est loin d’être en accord avec ses propos. En fait, le modèle de gestion du conflit en Syrie convient parfaitement à Poutine.

Personne n’a oublié sa petite phrase au sujet des extrémistes tchétchènes, il y a quelques années : "Nous traquerons les terroristes jusque dans les chiottes". Bachar al-Assad partage peut-être le même sentiment au sujet de ses “terroristes”, même s’il serait difficile d’imaginer que de tels propos soient exprimés en public.

À un moment où Vladimir Poutine est fragilisé dans son propre pays – il faire face à un désamour croissant d’une partie de la jeune génération nourrie à Internet – sa position inflexible sur la Syrie est une de ses dernières cartes à jouer. L’homme fort du pays bénéficie, selon un dernier sondage, de 55% d’opinion favorable. On peut donc parier qu’il la jouera jusqu’au bout.

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