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EUROPE

L'UE n'exclut plus de fermer ses frontières en cas de forte pression migratoire

Texte par Dépêche

Dernière modification : 08/06/2012

L'espace Schengen pourrait être remis en cause en cas de fortes pressions migratoires en direction de l'Union européenne. Une mesure extrême qui sera soumise à des conditions très strictes, selon les dirigeants européens.

AFP - Les pays membres de l'espace Schengen se sont entendus jeudi à Luxembourg sur la possibilité de rétablir, de façon temporaire, les contrôles aux frontières nationales en cas de pression migratoire incontrôlable à une de leurs frontières extérieures, a annoncé la présidence danoise de l'UE.

Il s'agit d'une "mesure extrême, dont la mise en oeuvre est soumise à des conditions très strictes", assurent les dirigeants français et allemands qui l'ont réclamée.

"Nous avons accepté le compromis présenté par la présidence danoise car il permet de faire face à des situations graves qui peuvent arriver", a expliqué le ministre français de l'Interieur Manuel Valls, citant en exemple les possibles conséquences de la crise en Syrie.

"La situation à la frontière gréco-turque montre que l'on a besoin d'un mécanisme d'action très claire dans l'espace Schengen", a pour sa part souligné la ministre autrichienne de l'Intérieur Johanna Mikl-Leitner.

Les Etats ont déjà la possibilité de rétablir temporairement des contrôles à leurs frontières nationales pour des raisons de sécurité et d'ordre public. La Pologne vient de le faire pour l'Euro-2012 de football.

Mais rien n'était prévu en cas de pression migratoire incontrôlable entraînant une défaillance dans le contrôle d'une frontière extérieure de l'Espace, comme c'est le cas actuellement en Grèce.

L'accord déplait à la commissaire européenne en charge des Affaires intérieures Cecilia Malmström. "Ce n'est pas un mécanisme européen", a-t-elle dénoncé. "Cet accord nous met à la merci de pressions populistes" dans les Etats, a-t-elle ajouté.



Le Parlement européen a également dénoncé la décision "unilatérale" des ministres de l'Intérieur. "La libre circulation dans un espace sans frontière intérieure est un des piliers de l'UE", a affirmé le président du Parlement européen, Martin Schulz.

"Face à des situations de crise, à des situations exceptionnelles, les Etats membres de Schengen doivent pouvoir retrouver leur souveraineté", a répondu le ministre français. Il a également souligné que "dans de tels cas, les Etats doivent décider ensemble, pas de manière unilatérale".

"L'accord donne à la Commission le rôle qui doit être le sien, faire des propositions, et il préserve les compétences des Etats dans des domaines qui sont très sensibles", a-t-il ajouté.

"La décision finale reste aux Etats membres, parce que nous sommes responsables de la sécurité de nos citoyens. C'est très important pour tous les ministres de l'Intérieur", a pour sa part insisté le ministre de l'Intérieur allemand Hans-Peter Friedrich.

L'accord, dont l'AFP a obtenu copie, prévoit un mécanisme d'évaluation pour prévenir les crises et la possibilité pour les Etats membres de Schengen de rétablir des contrôles à leurs frontières nationales "pour une durée de six mois pouvant être prolongée de six mois supplémentaires", "lorsque le contrôle d'une frontière externe de l'Espace n'est plus assuré à cause de circonstances exceptionnelles".

"Cela doit être en tout dernier ressort, une fois que tout ce qui a été tenté pour remédier à la situation a échoué, et il doit s'agir de circonstances exceptionnelles", a insisté Mme Malmström.

Manuel Valls, socialiste, a déploré l'instrumentalisation de ce débat par le précédent gouvernement. La proposition de rétablir de façon temporaire les frontières intérieures avait en effet été réclamée par l'ancienne majorité de droite pour lutter contre "l'Europe passoire" .

Cet argument a constitué un des axes de campagne de l'ancien président conservateur Nicolas Sarkozy, qui a demandé à pouvoir agir unilatéralement et menacé de faire sortir la France de Schengen s'il n'obtenait pas satisfaction.
 

Première publication : 08/06/2012

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