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FRANCE

Valérie Trierweiler, "la Première journaliste de France", épinglée par la presse

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 08/06/2012

La journaliste et compagne du président François Hollande, Valérie Trierweiler, va continuer d’exercer sa plume dans les pages culture de "Paris-Match". Un choix qui suscite la polémique au sein de la profession.

"Je l’ai toujours dit, je l’ai toujours su. Journaliste, c’est mon métier. C’est vital pour moi […]. C’est un partie de mon existence à laquelle je n’ai pas envie de renoncer." Valérie Trierweiler, la compagne du président François Hollande, a réitéré sa volonté de conserver son poste de journaliste culture à "Paris-Match", lors d’un entretien sur France Inter jeudi 7 juin. Un choix qui fait polémique dans la profession.

Les autres journalistes en couple avec des ministres

- Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, a été contrainte de renoncer à son rôle de chroniqueuse politique dans l’émission "On n’est pas couché" mais s’est vu proposer une émission culturelle sur France Inter.

- Valérie de Senneville, en charge de la justice aux "Échos" et épouse de Michel Sapin, ministre du Travail, a pris les devants en demandant au comité d'indépendance éditoriale de son quotidien de trancher sur son cas. La rédaction a décidé de l'écarter de tout sujet traitant de son époux, du ministère du Travail ou de la politique.

- Nathalie Bensahel, épouse de Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, travaille au "Nouvel Observateur" qui ne souhaite plus qu'elle s'occupe des questions d'éducation, ni de politique institutionnelle ou publique.

Est-il compatible de disposer d’un cabinet à l’Élysée et de compter sur des conseillers personnels tout en continuant à écrire pour l’hebdomadaire "Paris-Match" ? Certains journalistes en doutent, à l’image du correspondant de "Libération" à Bruxelles Jean Quatremer, qui s’insurge contre ce qu’il appelle une "confusion déontologique". "Il est évident qu’elle ne sera absolument pas une journaliste comme une autre, quel que soit son domaine d’intervention", argumente-t-il sur son blog.

À titre d’exemple, Jean Quatremer cite l’Allemagne, où "lorsqu’un journaliste tombe amoureux d’un politique, il arrête tout simplement d’exercer sa profession". La femme du Chancelier allemand Gerhart Schröeder, Doris Schröeder, avait abandonné son métier de journaliste après l'élection de son mari en 1998.

Eleanor Roosevelt, l'insoumise

Pour contrecarrer ces propos, Valérie Trierweiler, qui a évoqué l'idée de se faire appeler "Première journaliste de France", plutôt que Première dame, puise ses références du côté américain. Pour sa première chronique depuis l’élection à la présidence de la République de François Hollande, elle a choisi d’écrire sur "Eleanor Roosevelt l’insoumise". "Tiens donc ! Une First lady journaliste n'est pas une nouveauté. Evidemment, il faut regarder de l'autre côté de l'Atlantique pour trouver ce cas unique et ne pas hurler au scandale", peut-on lire. Eleanor Roosevelt "ne s'interdit d'y aborder aucun sujet, ni social, ni politique, ni même international surtout à la veille de la Seconde Guerre mondiale".

Un message personnel adressé à ses confrères et consœurs qui y voient justement un nouvel argument pour dénoncer "le mélange des genres". "On nous avait juré, promis, craché qu’à aucun moment la compagne de François Hollande ne s’occuperait de politique", s’étonne Béatrice Vallaeys, directrice-adjointe de la rédaction de "Libération" dans les colonnes du quotidien de gauche.

La compagne du président, qui a quitté la rubrique politique de "Paris-Match" depuis six ans, publiera ses articles dans les pages culture du magazine. Elle s’exprimera sur la sortie de livres, de spectacles ou d’expositions. "Tiens donc, la culture n’est pas politique ?", s’interroge avec ironie Béatrice Vallaeys.

Conflits d'intérêt évidents

Valérie Trierweiler, qui officie depuis 22 ans à "Paris-Match", dit vouloir continuer à travailler pour rester indépendante financièrement. "Ce n'est pas à François de prendre en charge [mes enfants] ni à l'État", se justifie-t-elle. "Qu’elle veuille gagner sa vie, personne ne lui reprochera, mais de grâce, loin des médias. Au moins pour cinq ans", rétorque Béatrice Vallaeys.

Pour Hervé Gattegno, rédacteur en chef du "Point", il est légitime qu'elle ait un emploi. "Si on exige d'elle qu'elle renonce à son métier, il faut aller au bout de la logique et demander à l'État de subvenir aux besoins de la famille du président - y compris quand ce n'est pas sa famille au sens juridique", analyse-t-il dans les colonnes de l'hebdomadaire.

Un autre journaliste - homme - vient au secours des femmes journalistes qui partagent la vie de politiques. Invité dans l'émission "C à vous" sur France 5, Jean-Pierre Elkabbach estime qu’il faut arrêter de sacrifier les femmes journalistes parce qu’elles sont les épouses ou les compagnes d’hommes politiques. "On peut leur faire confiance dans le cadre professionnel pour qu’elles fassent preuve de lucidité, d’exigence et donc d’indépendance", a-t-il indiqué.

Mais pour la porte-parole du Syndicat national des journalistes, Dominique Pradalié, la position de la journaliste de 47 ans, et de tout autre journaliste vivant actuellement en couple avec des membres du gouvernement, est déontologiquement intenable. "Ça va être très très difficile pour [Valérie Trierweiler] car il y a des conflits d’intérêts évidents. Le problème c’est qu’aucun journaliste ne doit être soupçonnable et elle risque de l’être à tous les coups", explique-t-elle.

À croire que les prochains articles de "la Première journaliste de France" seront scrutés à la loupe par ses pairs. En attendant, "Paris-Match" a de quoi se frotter les mains.

Première publication : 08/06/2012

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