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Asie - pacifique

L'ouest de la Birmanie en proie à des violences entre bouddhistes et musulmans

Texte par Dépêche

Dernière modification : 11/06/2012

Les violences inter-religieuses dans l'ouest de la Birmanie pourraient menacer la transition démocratique, a estimé dimanche le président Thein Sein, qui a déclaré l'état d'urgence dans cette région.

AFP - L'Etat Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie, s'est réveillé lundi sous état d'urgence, a constaté une équipe de l'AFP après des violences meurtrières entre bouddhistes et musulmans qui ont poussé le pouvoir à faire appel à l'armée pour restaurer la sécurité.

La situation semblait calme de prime abord dans la ville de Sittwe, capitale de l'Etat. Mais les restes calcinés d'habitations témoignaient des violences des jours précédents qui, selon les médias officiels et en l'absence d'aucun autre bilan, ont fait sept morts et 17 blessés depuis vendredi.

Quelques camions militaires étaient déployés à l'aéroport et des forces de l'ordre, en nombre limité, étaient visibles autour des mosquées et des pagodes.

Selon les chiffres officiels, quelque 500 maisons ont été détruites dans ces violences confessionnelles qui font suite au lynchage de dix musulmans, il y a une semaine, par une foule de bouddhistes en colère dans le sud de l'Etat Rakhine (autrefois appelé Arakan) qui voulait venger le viol d'une femme.

Devant cet enchaînement de revanches sanglantes, le gouvernement a décrété dimanche un couvre-feu entre 18h00 et 06h00 du matin, avant d'imposer l'état d'urgence qui donne à l'armée des pouvoirs étendus.

"Des actes d'anarchie se sont propagés largement (...) en Etat Rakhine", a regretté dans un discours à la Nation dimanche soir le président Thein Sein, arrivé au pouvoir en mars 2011 et crédité depuis de nombreuses réformes politiques.

"Si les deux camps se tuent les uns les autres dans une haine et une revanche sans fin (...), cela pourrait se propager au delà de l'Etat Rakhine".

Londres, ancienne puissance coloniale, a pour sa part pressé les autorités d'ouvrir des pourparlers "afin de mettre fin aux violences et de protéger tous les membres de la population locale".

L'Etat Rakhine tient son nom de sa population, une minorité ethnique bouddhiste. Mais il abrite aussi une importante communauté musulmane, d'origine indienne ou bangladeshi, ainsi que les Rohingyas, une minorité apatride considérée par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde.

Tous ces musulmans sont fréquemment assimilés, dans le discours dominant, dans un même groupe stigmatisé comme étranger et dangereux.

Dimanche, "les Bengalis ont brûlé des maisons et aussi tué des gens mais je ne sais pas combien", a ainsi affirmé une résidente, tout en admettant elle même ne pas en avoir été le témoin.

"La situation est revenue à la normale après l'arrivée des soldats en ville pour notre sécurité", a-t-elle ajouté, témoignant de ce que l'état d'urgence semblait recueillir l'assentiment de la population.

Des Rohingyas "ont été tués par balle par les forces de sécurité, certains ont été tués au couteau par des Rakhines", a répliqué de son côté Abu Tahay, un responsable du Parti pour le développement démocratique national, qui représente les Rohingyas.

L'AFP n'était pas immédiatement en mesure de vérifier l'exactitude d'aucun de ces propos.

Les Rohingyas ne font pas partie des minorités ethniques reconnues par le régime de Naypyidaw. Ils sont près de 800.000 en Birmanie, confinés dans le nord de l'Etat Rakhine, et plus de 200.000 au Bangladesh, dont plusieurs dizaines de milliers dans des camps.

Au-delà de ce dossier complexe, ces violences mettent en exergue les tensions religieuses sous-jacentes dans un pays où, soulignent les experts, être birman signifie généralement être bouddhiste.

Les musulmans représentent officiellement 4% de la population, à 89% bouddhiste. La tension a conduit à des séries d'émeutes antimusulmanes dans le pays ces 15 dernières années, notamment dans cet Etat qui accueille une importante communauté musulmane.

 

Première publication : 11/06/2012

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