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Moyen-orient

L'opposition syrienne appelle les piliers du régime à la défection

Texte par Dépêche

Dernière modification : 11/06/2012

Après la nouvelle vague de violence qui a fait 171 morts ce dimanche, le nouveau chef du Conseil national syrien, Abdel Basset Saydaa, demande aux responsables du régime syrien d'abandonner le pouvoir.

AFP - Le nouveau chef de l'opposition syrienne a appelé dimanche les responsables du pouvoir en Syrie, où les violences ont fait au moins 171 morts ce week-end, à faire défection, estimant que le régime touchait "à sa fin".

L'Armée syrienne libre (ASL), qui fait subir des pertes de plus en plus lourdes aux troupes du régime de Bachar al-Assad, a également appelé la population à la désobéissance civile et pressé les militaires "qui n'ont pas du sang sur les mains" à déserter l'armée.

Abdel Basset Sayda, président du Conseil National Syrien

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a élu à sa tête le Kurde Abdel Basset Sayda, exilé de longue date en Suède qui, malgré son manque de notoriété, a fait le consensus autour de sa personnalité modérée. Il succède à Burhan Ghalioun, critiqué pour avoir permis l'hégémonie des Frères musulmans au sein du CNS et pour le manque de coordination avec les militants sur le terrain.

"Nous appelons tous les officiels du régime et dans les institutions à faire défection", a déclaré M. Sayda lors d'une conférence de presse à Istanbul, appelant par ailleurs les Syriens dans le monde entier à manifester.

Se voulant rassurant au moment où les dissensions confessionnelles en Syrie notamment entre sunnites (majorité) et alaouites (minorité au pouvoir) se font sentir plus que jamais, il a affirmé qu'"il n'y aurait pas de discriminations basées sur le sexe ou l'appartenance à des communautés" et que "la Syrie nouvelle sera un état démocratique".

"Nous entrons dans une phase sensible. Le régime touche à sa fin. Les massacres qui se multiplient et les pilonnages montrent qu'il se débat", avait-il déclaré auparavant à l'AFP. Selon lui, "le régime a perdu le contrôle de Damas et d'autres villes".

Les combats se sont récemment intensifiés dans la capitale, qui reste cependant la ville la mieux protégée par les forces du régime.

M. Sayda a précisé qu'il oeuvrerait pour que le plan de sortie de crise de l'émissaire international Kofi Annan "soit inclus sous le chapitre VII" de la charte de l'ONU, ce qui permettrait des sanctions économiques, voire un usage de la force.

La Russie et la Chine sont farouchement opposées à toute condamnation du régime de Damas et à tout recours à la force. Tout en campant sur ses positions, Moscou a toutefois affirmé cette semaine qu'il verrait d'un bon oeil Bachar al-Assad quitter le pouvoir "si les Syriens eux-mêmes tombent d'accord sur ce point".

Fin mars, la plupart des opposants avaient reconnu le CNS comme le "représentant formel" du peuple syrien, et en avril, les "Amis du peuple syrien" l'avaient qualifié de "représentant légitime de tous les Syriens".

Le CNS a été critiqué pour le manque de soutien financier et militaire apporté à l'ASL, au risque qu'elle se tourne vers des groupes jihadistes ou étrangers. Un journal koweïtien a d'ailleurs rapporté dimanche que des dizaines de Koweïtiens combattaient aux côtés de l'ASL, évoquant également la présence en Syrie d'importants groupes de combattants originaires d'Arabie saoudite, d'Algérie et du Pakistan.


Comme la "Bosnie des années 90"



Avec la recrudescence des violences, qui ont fait 60 morts dimanche et 111 la veille, le chef de la diplomatie britannique William Hague a comparé la situation en Syrie à celle de la Bosnie dans les années 1990, refusant d'exclure une intervention militaire.

"Je ne pense pas que nous puissions exclure quoi que ce soit", a-t-il dit sur Sky News. La Syrie "ressemble plus à la Bosnie des années 1990, en étant au bord d'une guerre civile intercommunautaire où des villages voisins s'attaquent et s'entretuent", a-t-il dit en référence à la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995).

Les violences en Syrie ont fait plus de 14.100 morts en près de 15 mois de révolte selon un nouveau bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Le bilan de samedi est l'un des plus lourds bilan quotidien depuis l'entrée en vigueur il y a près de deux mois d'un cessez-le-feu continuellement ignoré.

Des centaines de rebelles sont retranchés dans la région de Heffa, située dans la province de Lattaquié (nord-ouest) traditionnellement acquise au régime de Bachar al-Assad, selon l'OSDH.

Cette ville et les villages environnants, où près de 60 soldats et 46 civils et rebelles ont péri dans des combats depuis le 5 juin, étaient bombardés dimanche par l'armée pour le sixième jour consécutif.

"L'armée subit ses pires pertes actuellement à Heffa", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH. "Le littoral n'est plus une zone sûre et tout le pays est désormais impliqué dans la contestation".

Heffa est une zone majoritairement peuplée de sunnites au sein d'une province à majorité alaouite, confession du clan Assad au pouvoir.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a condamné dimanche "les massacres de civils" en Syrie, tandis que le président Shimon Peres a évoqué son "respect" pour les rebelles et souhaité leur victoire.

 


 

Première publication : 11/06/2012

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