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EUROPE

Syriza détrône le Pasok comme pilier de l'opposition

©

Texte par Yann BUXEDA

Dernière modification : 19/06/2012

Sorti morcelé des législatives du 6 mai, le paysage politique grec a retrouvé sa configuration traditionnelle bipartite, au soir du 17 juin. Même si, à gauche, le Pasok a laissé la place aux radicaux de Syriza face à la droite conservatrice.

Dimanche, un peu plus d'un mois après avoir plongé dans un bourbier politique, la Grèce pourrait avoir posé les jalons d’une sortie de crise. Si elle n'est encore ni économique ni financière, elle est, tout au moins, politique.

En mai dernier, les 9 millions d’électeurs grecs avaient, en effet, plébiscité les extrêmes et entraîné le morcellement du paysage politique traditionnel. Après cinq semaines de tergiversations, les législatives du 17 juin ont, elles, en partie clarifié la situation. Si le bipartisme historique Nouvelle Démocratie (ND, droite)-Pasok (le Parti socialiste grec) qui dominait la vie politique depuis la chute du régime des colonels, en 1974, n’est plus, la polarisation est toutefois revenu à l'ordre du jour.

En flirtant avec 30 % des suffrages (29,66 %), la ND confirme qu’en dépit de la situation du pays, elle reste une force politique majeure. Pour Ilios Yannakakis, historien et spécialiste de la Grèce, "par ce vote, les Grecs ont redonné confiance aux forces politiques traditionnelles du pays". Pour la ND, en progression de plus de 11 points en un mois, l’analyse ne souffre aucune contestation.

Le Pasok hors jeu

En revanche, c’est le second acteur majeur de la vie politique locale qui a changé de visage. Le Pasok s’est effectivement vu confirmer par les urnes qu’il était, pour le moment, hors jeu (il a enregistré un score de 13,2 % dimanche après avoir été crédité de 12,46 % des voix le 6 mai), laissant le champ libre à Syriza, une formation plus radicale vers laquelle les forces de gauche se sont massivement tournées et qui fait désormais office de véritable contre-pouvoir.

De 16,78 % en mai, la gauche radicale est, en effet, passée à 26,89 % des suffrages. Un plébiscite qu’Ilios Yannakakis analyse ainsi : "Syriza est une force nouvelle, qui représente cette nouvelle donne sociale et politique. La grande force de Syriza, c’est que c’est le premier parti qui, depuis la chute des colonels, rompt avec le clientélisme".

Pas de révolte des masses

Pour autant, ce dernier estime que le "vote" Syriza n’est en rien un mouvement qui puise sa source au bas de l’échelle sociale. "Le phénomène est issu des couches plutôt favorisées de la Grèce. Il ne s'agit absolument pas d'un vote des Grecs pauvres. C’est celui de franges plus aisées, notamment les fonctionnaires, qui ont peur pour leur avenir et rêvent d'un ‘grand soir’", décrypte-t-il.

Au final, Syriza na pas remporté le scrutin mais a réalisé une percée historique. Et se retrouve dans une position qui devrait lui permettre d’asseoir cette nouvelle influence. Pour Ilios Yannakakis, "le rôle de Syriza sera de faire pression sur le gouvernement de coalition pour qu’il durcisse les négociations avec l’Europe. Au Parlement, il portera la revendication d’un assouplissement des mesures d’austérité décidées par Bruxelles et adoubées par les forces politiques traditionnelles".

Avec 71 des 300 sièges du Parlement, il disposera d’une large tribune pour peser sur l’action du prochain gouvernement.

Première publication : 19/06/2012

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