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EUROPE

À Moscou, les grandes puissances et Téhéran peinent à rapprocher leurs points de vue

Texte par Dépêche

Dernière modification : 19/06/2012

Le nouveau round de discussions qui s'est ouvert lundi à Moscou entre les grandes puissances et Téhéran sur la question nucléaire iranienne est mal engagé. À l'issue de la première journée, les parties se sont séparées sur un constat d'échec.

AFP - Les grandes puissances et l'Iran ne sont pas parvenues lundi à rapprocher leurs positions sur le nucléaire iranien au cours de pourparlers difficiles à Moscou, dans le cadre d'un nouveau cycle de négociations considéré comme la dernière chance de régler la crise par la voie diplomatique.

"La principale pierre d'achoppement est le fait que les positions des parties sont assez complexes et difficilement compatibles", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov à l'issue de la première journée de discussions.

Les grandes puissances du Groupe des "5+1" (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, plus l'Allemagne) ont repris lundi des négociations cruciales de deux jours avec l'Iran dans l'espoir que l'imminence d'un embargo pétrolier et les pressions de la Russie convaincront Téhéran de céder sur son programme nucléaire.

La délégation iranienne dirigée par Saïd Jalili et celle des grandes puissances sous la direction de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, se sont retrouvées dans la matinée dans un grand hôtel de la capitale russe.

Ali Bagheri, adjoint au négociateur iranien Saïd Jalili, a insisté au cours d'un point de presse sur "le droit absolu de la République islamique de l'Iran à l'enrichissement d'uranium".

"Les pourparlers ont été très sérieux et constructifs", a commenté M. Bagheri, soulignant que Mme Ashton avait promis de répondre mardi aux propositions iraniennes au cours des négociations qui doivent reprendre à 08H00 GMT.

"Nous avons promis les uns aux autres d'examiner nos positions réciproques. Beaucoup dépendra des appréciations qui seront faites" d'ici à mardi, a dit le porte-parole de la délégation européenne, Michael Mann.

Les Etats-Unis ont noté que la journée avait été marquée par un "échange de vues très clair et très direct sur les sujets fondamentaux qui sont en jeu".

"Les Iraniens sont revenus aujourd'hui (à la table des négociations) avec un certain nombre de réponses à ces inquiétudes. Le groupe des 5+1 leur a apporté une réponse unifiée en leur disant que c'est à l'Iran qu'il incombe de respecter ses obligations", a précisé à la presse un porte-parole de la Maison Blanche, Ben Rhodes, en marge du sommet du G20 à Los Cabos (Mexique).

En marge de ce sommet, le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama ont appelé Téhéran dans un communiqué commun, à respecter "pleinement" ses obligations et à "faire la preuve de la nature pacifique" de son programme nucléaire.

Avant même le début des discussions, M. Jalili les a qualifiées de "grand test pour voir si l'Occident" est contre que l'Iran fasse des "progrès" ou non.

Selon la délégation européenne, les grandes puissances maintiennent leurs exigences à l'égard de l'Iran : arrêter l'enrichissement d'uranium à 20% et échanger le stock d'uranium enrichi à 20% contre du combustible nucléaire dont Téhéran a besoin.

"Notre priorité consiste à ce que les Iraniens abordent la question des 20%", qui rapproche l'Iran du niveau d'enrichissement nécessaire à la fabrication de la bombe atomique (90%), a déclaré M. Mann.

En contrepartie, les 5+1 proposent un allègement des sanctions internationales - six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU dont quatre assorties de sanctions économiques - ainsi qu'une coopération dans plusieurs domaines nucléaires civils.

Au cours des deux précédents cycles de négociations, à Istanbul en avril, puis en mai à Bagdad, les parties s'étaient séparées sur le constat de leurs divergences, notamment sur l'enrichissement d'uranium à 20%.

Cette activité chère à l'Iran, soupçonné par les grandes puissances et Israël de vouloir se doter de l'arme atomique, est au coeur des discussions.

Un échec des négociations pourrait être lourd de conséquences dans la mesure où les Etats-Unis et l'Etat hébreu ont recommencé à évoquer l'éventualité d'une option militaire pour bloquer le programme nucléaire iranien, sur fond de menaces de nouvelles sanctions.

Les pourparlers de Moscou interviennent avant l'entrée en vigueur le 1er juillet d'un embargo pétrolier de l'Union européenne contre l'Iran, et du renforcement des sanctions des Etats-Unis, avec des restrictions imposées aux pays achetant du pétrole iranien.

Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a affirmé que l'Iran cesserait l'enrichissement d'uranium à 20% s'il recevait des grandes puissances la "garantie" qu'elles lui fourniraient le combustible nucléaire dont il a besoin.

A en croire le quotidien russe Kommersant de lundi, citant des sources diplomatiques, les grandes puissances vont proposer à l'Iran un compromis prévoyant que Téhéran réduise le niveau de l'enrichissement d'uranium dans son usine de Natanz à 3,5% ou 5%, contre 20% actuellement.

D'après ce compromis, Téhéran devrait aussi geler toutes ses activités d'enrichissement dans son usine souterraine de Fordo, voire fermer cette unité située dans le centre de l'Iran.

 

Première publication : 19/06/2012

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