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Afrique

"L’armée doit reconnaître la victoire de Morsi"

Vidéo par Gallagher FENWICK

Texte par Pauline GARAUDE

Dernière modification : 22/06/2012

Le nom du nouveau président égyptien devait être communiqué le 21 juin, mais la Commission électorale a repoussé sine die l’annonce des résultats. De nombreux Égyptiens attribuent ce report au refus de l’armée de céder le pouvoir. Reportage.

Dès jeudi matin, la place Tahrir s’est remplie, à vue d’œil, de supporters des Frères Musulmans. Sur le terre-plein central de la place, Ahmed dort encore sous une tente improvisée, le drapeau vert de La confrérie flanqué sur le visage pour se protéger de la chaleur. Il ouvre un œil et dit : "On est plus de 500 à être venus du Nord-Sinaï en voiture. On veut que l’armée parte et nous donne notre président Morsi élu par le peuple". Son ami qui revient chargé de bouteilles d’eau ajoute d’un ton menaçant : "L’armée a reporté l’annonce des résultats pour faire pression sur nous. Mais ça ne marchera pas. Non seulement on veut qu’elle reconnaisse la victoire de Morsi, mais on veut un président avec des pouvoirs, pas une marionnette du Conseil suprême des Forces armées (CSFA). Le Parlement sorti des urnes doit lui aussi être restauré. On ne se laissera pas voler notre Révolution".

Pour les Frères, hors de question de se faire voler la victoire par le camp adverse, celui d’Ahmed Chafiq, candidat des militaires. Avec la dissolution du Parlement la semaine dernière par l’armée, ils s’estiment plus que jamais victimes d’un "coup d’État". Et sont prêts à défier l'armée.

Les deux camps revendiquent chacun la victoire. Si le candidat Mohammed Morsi est donné favori, rien n’est joué. Son rival Ahmed Chafiq serait en tête du scrutin dans la

Un scrutin sans violence mais des plaintes en série

capitale le Caire. Pour de nombreux d’Égyptiens, ce "feloul" de l’ancien régime de Moubarak ne veut pas accepter sa défaite. Et c’est pour cela que l’annonce des résultats est reportée sine die. "L’armée refuse de perdre ces élections et va trouver n’importe quel prétexte pour truquer les résultats. Tout cela n’est qu’une énième supercherie. On n’est pas dupes !" s’énerve un professeur de philosophie, qui porte un regard critique sur les évènements de ces derniers jours. "En une semaine, regardez comme tout s’est accéléré! L’armée a dissous le Parlement, a dit qu’elle rédigerait elle même la Constitution avant de nouvelles législatives. Puis elle annonce la dégradation subite de la santé de Moubarak qui est, elle aussi, un coup monté pour détourner l’attention des Égyptiens. Tout arrive en même temps ! C’est très clair : il s’agit d’un jeu !"

Si la rue reste indifférente au coma de l’ancien raïs, on entend dire, jusque dans la presse nationale et internationale, que cela arrive à un "moment stratégique" et que "c’est sans doute lié au report des résultats". "Beaucoup considèrent que cette rumeur est propagée par les militaires. On ignore quelle est la vérité, mais le fait que les gens croient en des rumeurs ou en viennent à douter de tout est en soit un fait social notable "souligne Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et actuellement au Caire.

Pour le Dr Mohammed Kadri Said, professeur du centre d’études politiques et stratégiques Al-Ahram du Caire, le report des résultats s’explique ainsi : "les deux camps s’accusent mutuellement de fraudes. Mauvais décompte de voix, électeurs soudoyés, falsification de bulletins… La commission examine actuellement 400 irrégularités. Le résultat devrait être annoncé dans quatre jours." "Pas plus tard" soupire-t-il. "La tension est déjà maximale et si les résultats tardent trop, cela va dresser les Égyptiens les uns contre les autres. On pourrait assister à des

affrontements et la situation deviendrait incontrôlable". Pour certains, c’est précisément ce que chercherait l’armée. "Si Morsi gagne, je pense que l’armée acceptera sa défaite. Mais si Chafiq gagne, ce sera le chaos. Les Frères ont juré qu’ils mèneront une bataille terrible s’ils perdent".

Doit-on craindre un embrasement en cas de victoire de Chafiq ? Pour cet expert égyptien, "l’armée mise sur le pourrissement de la situation et la démobilisation des révolutionnaires. Le CSFA est convaincu que les Frères n’oseront pas passer à l’acte et jouer la carte de la rue. Un moment décisif pourrait bien être la manifestation qui doit se tenir demain à l’appel des Frères après la prière".

Un rassemblement qui prend forme, d’heure en heure. La nuit est tombée sur le Caire. Des bus affrétés par la Confrérie déversent des flots de supporters. Les klaxons retentissent. Les voix s’égosillent en scandant « Dégage CSFA ! Donne nous notre président et tire toi".


 

Première publication : 21/06/2012

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