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Asie - pacifique

"Les Rohingyas sont les Roms de l'Asie"

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 21/06/2012

Depuis le début du mois de juin, plus de 80 personnes sont mortes dans des affrontements entre bouddhistes et musulmans en Birmanie. Parmi ces derniers, les Rohingyas, l'une des minorités les plus persécutées de la planète, selon l’ONU.

Le viol et le meurtre d'une femme bouddhiste par des musulmans, au début du mois de juin dans l'ouest du pays, a déclenché une vague d'affrontements entre les deux communautés. "L'agression de la bouddhiste a servi d’étincelle, mais le combustible était déjà présent", commente David Camroux, chercheur à Sciences po-Ceri (Centre d’études et de recherches internationales), selon qui la recrudescence des violences communautaires en Birmanie est le résultat d’une situation explosive entre les différentes ethnies.

Ces violences, qui ont fait plus de 80 morts et des dizaines de milliers de déplacés dans les deux camps, ont débouché sur la proclamation, le 10 juin, de l’état d’urgence, dans l’État de Rakhine, par le gouvernement.

Des divisions profondes

Dans cette mosaïque ethnique au cœur de l’Asie du Sud, une communauté sort du lot : les Rohingyas. Établis dans l’État d’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie, ces quelque 800 000 musulmans apparaissent comme les parias d’une société en proie aux divisions.

Privés de droits, exilés ou réfugiés en Birmanie, ces apatrides ne sont pas non plus acceptés dans leur pays d'origine le Bangladesh. Ceux qui se sont risqués à traverser la mer en bateau pour rejoindre les côtes bangladaises ont systématiquement été repoussés. Pourtant, au royaume de Myanmar, ils sont surnommés péjorativement les "Bengalis".

"Les Rohingyas sont les Roms de l’Asie, leurs droits sont bafoués par tout le monde," commente David Camroux.

Dans un pays où la communauté bouddhiste est largement majoritaire [89 % de la population contre 4 % de musulmans], le sentiment antimusulman est répandu. Au cours de la colonisation britannique [qui a pris fin en 1948], les divisions au sein de la population ont été exacerbées. "Les Birmans ont été très marqués par la présence des colons. La stratégie de ces derniers était de diviser pour mieux régner, ils ont ainsi opposé les ethnies entre elles. Puis, après l’indépendance, les penchants nationalistes des Birmans ont été renforcés. Aujourd’hui, le sentiment xénophobe est important en Birmanie", analyse David Camroux.

Au milieu d’une multitude d’ethnies (parmi lesquelles les Shans, les Arakans, les Karènes ou encore les Kachins), seuls les Rohingyas ne sont pas représentés au parlement. "Ils n’ont pas de leader et vivent dans une grande pauvreté," ajoute le chercheur. Auparavant autorisés à être des citoyens birmans, les Rohingyas ont été déchus de leur nationalité par une loi promulguée en 1982 par le dictateur Ne Win.

Les oubliés de la communauté internationale

Défi pour le gouvernement birman : trouver un modèle fédéral, gardant une unité nationale. Lors de son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix à Oslo, la dissidente birmane, Aung San Suu Kyi, figure de proue de l’opposition, a appelé à une réconciliation nationale. "Mais elle n’a pas tranché sur cette question, précise David Camrous, les Rohingyas sont les oubliés de la communauté internationale."

Bien qu’une accalmie dans les affrontements ait été observée par le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) le 21 juin, l'Organisation malaisienne des droits de l'Homme pour les Rohingyas s’est déclarée perplexe : "L'information dont nous disposons laisse penser que cela a en fait empiré et que les violences se sont accrues".

Première publication : 21/06/2012

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