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Amériques

Tests ADN : le condamné à mort Hank Skinner obtient gain de cause

©

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 21/06/2012

L’Américain Hank Skinner, condamné à mort en 1995 pour des crimes qu’il nie avoir commis, a obtenu que la justice américaine pratique des tests ADN, réclamés de longue date, sur des pièces récoltées par la police sur la scène des crimes.

À quatre reprises, Hank Skinner, condamné à la peine capitale au Texas, a échappé in extremis à la mort. La première fois remonte à février 2010. La justice américaine avait alors suspendu la procédure trente-cinq minutes avant l’heure programmée de son exécution. Le même scénario s’est reproduit en mars 2010, puis en novembre 2011. La semaine dernière, il a peut être vécu son ultime sueur froide dans ce couloir de la mort qu’il arpente depuis 17 ans. Cette fois, l’ordre de suspension émis par la justice est arrivé juste à temps : il se trouvait à moins de trois mètres de la salle d’exécution.

Hank Skinner, un américain de 50 ans, a été condamné en 1995 à la peine de mort pour trois crimes qu’il nie avoir commis. Il a obtenu la semaine dernière ce que la justice américaine lui refusait depuis plus de 10 ans : une série de tests ADN sur des éléments récoltés sur les lieux des crim

Sandrine Ageorges-Skinner, épouse du condamné

es. Ouvrant ainsi un nouveau chapitre à cette affaire riche en rebondissements, la cour d’appel du Texas a ordonné l’analyse d’une quarantaine de prélèvements, dont le couteau maculé de sang retrouvé sur la scène des crimes sur lequel se trouvent plusieurs empreintes digitales. Ces éléments n’ont jusqu’à présent jamais été analysés et, à en croire Hank Skinner et la défense, ils pourraient innocenter le condamné.

"Hank a une détermination et une énergie de survie extraordinaire, a déclaré jeudi Sandrine Ageorges-Skinner, épouse du prisonnier, sur l’antenne de FRANCE 24. Il a la chance d’avoir une équipe de défense exceptionnelle qui n’a jamais rien lâché et qui ne lâchera jamais rien. […]C’est ce qui lui a sauvé la vie". Sandrine Ageorges-Skinner, une Française, fervente militante pour l’abolition de la peine de mort, a accompagné Hank Skinner tout au long de son combat. Ils ont échangé de longues lettres pendant cinq ans avant de se rencontrer, à travers la vitre du parloir, en 2000. Ils ont finit par se marier, par procuration, en octobre 2008.

Une enquête à charge


Le long calvaire d’Hank Skinner commence le 31 décembre 1993. Une femme, Twila Busby et ses deux fils, Randy et Scooters, sont retrouvés morts, dans une marre de sang. Twila, compagne d’Hank à l’époque, a été étranglée, poignardée et son crâne fracassé. Hank Skinner se trouvait alors dans la maison, dans un état proche du coma provoqué par l’absorption accidentelle de codéine à laquelle il est sévèrement allergique, et d’une forte dose d’alcool. Dès le début, la police le désigne suspect numéro un. Au bout de deux ans de procédure, il est condamné à la peine capitale. La défense dénonce une enquête baclée. Immédiatement, les associations en faveur de l’abolition de la peine de mort se saisissent du dossier et mettent en cause la partialité de l’enquête. Cinq ans plus tard, une équipe d’étudiants en journalisme d’une université dans l’Illinois et leur professeur rédigent deux contre-enquêtes, accablantes pour le système judiciaire.

Ces enquêtes, tout comme les avocats du condamné, mettent en avant plusieurs éléments troublants. Au moment de son arrestation notamment, environ une heure après les crimes, Hank Skinner est toujours sonné par le cocktail de codéine et d’alcool, ce qui discrédite la thèse de la police, selon laquelle il serait le meurtrier. Il ne peut pas se déplacer seul : les policiers doivent le soutenir pour qu’il ne tombe pas, comme le prouve un cliché pris à son arrivée au commissariat. Toujours selon les travaux effectués par les étudiants, l’enquête de police omet également de souligner que le suspect numéro un est sérieusement blessé à la main, une blessure le rendant physiquement incapable d’étrangler quelqu’un. La police oublie aussi de s’intéresser à l’oncle de Twila, un homme imposant, qui s’était, selon plusieurs témoins, montré particulièrement agressif à l’égard de la jeune femme au cours de la soirée, et l’avait déjà violée par le passé. Une trace de botte de la taille 48 près du corps de Twila a été relevée. Hank chausse du 43 et ne possédait pas de bottes…

"Les enquêteurs ont sélectionné les seules pièces qui pouvaient me faire apparaître comme le coupable", assure Hank Skinner, interrogé en 2007 depuis sa prison. Il peut désormais se réjouir, tous les éléments seront donc passés au crible. Tous, ou presque. Une veste trouvée sur les lieux des meurtres a disparu. "Un sujet de grande préoccupation", a déclaré Rob Owen, l’avocat du condamné. "Il apparaît qu'aucune analyse ADN ne sera menée sur ce qui est peut-être l'élément matériel clé ramassé par la police sur la scène du crime, à savoir une veste coupe-vent d'homme tachée de sang et de transpiration trouvée près du corps", a-t-il poursuivi avant d’ajouter : "Depuis le premier jour de son combat pour des tests ADN, M. Skinner insiste pour que cette veste soit testée car elle pourrait avoir été portée par l'agresseur". Selon un témoin, ce manteau était porté par l’oncle de la jeune femme le soir de sa mort…

Première publication : 21/06/2012

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