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Afrique

Alexandrie entre joie et déception

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Pauline GARAUDE

Dernière modification : 24/06/2012

Dans les rues d’Alexandrie, après l’annonce de la victoire de Morsi, les klaxons ont vite retenti sur le bord de mer et autour de la mosquée Ibrahim. Plus discrets, les visages déconfits étaient, eux aussi, nombreux.

"Morsi, Morsi !" La clameur ne s’est pas fait attendre. Surtout après l’interminable

Les vendeurs de drapeaux sont pris d'assaut.

discours de Farouk Sultan, président de la Commission électorale, qui a lu toutes les irrégularités répertoriées pendant le second tour de l’élection présidentielle, les 16 et 17 juin.

D’emblée, les Egyptiens regroupés près de la mosquée Ibrahim – la "Place Tahrir" d’Alexandrie – ont sauté de joie. Les vendeurs de drapeaux ont été pris d’assaut. Les enfants sur les épaules de leur père ou sur le toit des voitures faisaient le V de la victoire. "Ça y est ! C’est la page sombre de l’ère Moubarak qui se tourne enfin !" lance un jeune qui a voté Morsi pour ne pas donner une voix à Chafik, ce  "feloul" de l’ancien régime.

Hamra, étudiante en anglais commercial, vêtue d’un jean slim et d’un voile, a le visage barré par un immense sourire. "J’ai voté pour un candidat libéral au premier tour. Mais je ne suis pas inquiète de voir les Frères accéder à la présidence. C’est une erreur de diaboliser Morsi. Il ne nous obligera pas à porter le niqab, il ne faut pas croire tout ce que les médias racontent sur lui. S’il suit l’Islam véritable, il peut apporter la démocratie. S’il se plante, on redescendra dans la rue et à Tahrir".

Les abords de la mosquée Ibrahim, la "Place Tahrir" d'Alexandrie.

Son ami, qui la tient par l’épaule et porte un élégant costume noir, s’empresse d’ajouter : "Il ne faut pas prendre Morsi et tous ses électeurs pour des islamistes ! Regardez qui est là, sous vos yeux, dans la rue ! Est-ce que vous voyez uniquement des barbes longues et des femmes en niqab ? Non ! C’est la société égyptienne. La même qui était à Tahrir l’an dernier" fait-il remarquer, pointant la foule du doigt.

Abdel, blackberry dans une main et drapeau égyptien dans l’autre, esquisse un léger sourire. Sans plus. "Au moins Chafik n’est pas passé. Maintenant, j’attends de voir ce que va faire Morsi. Il a promis un gouvernement de coalition et a déjà contacté des leaders libéraux comme Sabahi et El Baradei. Ce qui me fait peur, ce sont les salafistes extrémistes qui pourraient être dans son gouvernement". Sa voix et son regard inquiets en disent long.

Alors que la fête envahit les rues à vue d’œil, d’autres Egyptiens affichent une mine dépitée. Comme Saïd, à la terrasse d’un café populaire. "À l’annonce de Morsi, j’ai posé mon tablier et je suis sorti. J’ai eu besoin de prendre l’air. Je ne peux pas croire ce qui se passe," lâche le cuisinier d’un grand hôtel. "Le tourisme va complètement chuter. C’est la deuxième ressource économique du pays. Mais j’essaie de me

"Le tourisme va complètement chuter," s'inquiète Saïd, cuisinier d'un grand hôtel d'Alexandrie.

rassurer. Je me dis que les Frères n’oseront pas trop s’attaquer au tourisme et faire fuir les étrangers en imposant la charia, car ils ont besoin de cette manne financière. Inch’allah !" soupire-t-il, en tirant nerveusement sur sa cigarette. Assise à la table d’à côté, Kamra, au maquillage outrancier et tee-shirt près du corps, est pendue au téléphone. "C’est horrible ! L’Égypte aujourd’hui est tombée. Non, je ne veux pas d’une Égypte islamiste. D’ailleurs, j’ai de la famille en Allemagne, je compte partir du pays au plus vite, et revenir quand il y aura une démocratie," jure-t-elle. Au bout du fil, un ami chrétien s’inquiète lui aussi. "Pourvu qu’ils ne nous imposent pas leur modèle islamiste ! Pourvu qu’ils fassent preuve d’ouverture. Je m‘inquiète de leur aptitude à diriger un pays, alors que cela fait 30 ans qu’ils ont été mis à l’écart de la scène politique. Heureusement, Morsi est un président sans pouvoir. C’est toujours l’armée qui tient les verrous du pays. C’est ce qui nous sauve."


Première publication : 24/06/2012

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