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Afrique

Qui est le nouveau président Mohammed Morsi ?

Texte par Dépêche

Dernière modification : 25/06/2012

Proclamé président ce dimanche par la commission électorale, Mohamed Morsi est considéré par certains comme le candidat de rechange des Frères musulmans. Retour sur le parcours de cet islamiste devenu président.

REUTERS - Mohamed Morsi, devenu dimanche le premier président égyptien à ne pas être issu de l'armée, seize mois après la chute d'Hosni Moubarak, n'aurait pas dû être le candidat des Frères musulmans.

La confrérie musulmane, qui accède au pouvoir après 84 ans de militantisme, souvent clandestin, avait initialement choisi comme représentant l'homme d'affaires Khaïrat al Chater, dont la candidature a été invalidée en avril, en raison de deux condamnations à des peines de prison à l'époque d'Hosni Moubarak, qui n'avaient pas été effacées de son casier judiciaire.

Candidat "de rechange" inscrit par le parti Liberté et justice (PLJ) qui anticipait une telle décision, Mohamed Morsi, qui a lui-même effectué de courtes peines de prison sous Hosni Moubarak, s'était retrouvé en première ligne.

L'ingénieur de 60 ans, élu au second tour contre Ahmed Chafik, dernier Premier ministre d'Hosni Moubarak, a tenté tout au long de sa campagne d'échapper à son image de "roue de secours" des Frères musulmans et de développer son image de
compétence sur les dossiers techniques.

Après une enfance dans un village de la province rurale de Charkiya, Mohamed Morsi a effectué ses études d'ingénieur en Californie. Deux de ses cinq enfants ont d'ailleurs la nationalité américaine.

"Au nom de la Charia"

Avant le premier tour, il s'est surtout tourné vers les électeurs conservateurs, multipliant les références à Dieu, au Coran et à Mahomet, et promettant à plusieurs reprises de mettre en place la loi islamique.

"C'est au nom de la charia que des hommes (...) ont été jetés en prison", a-t-il dit lors d'un meeting, en référence à la répression de l'ère Moubarak. "Leur sang et leurs existences pèsent maintenant sur nos épaules."

Mohamed Morsi a toutefois tempéré ses propos sur la charia, déjà citée dans la Constitution égyptienne, éludant par exemple une question sur le port du bikini sur les plages touristiques de la mer Rouge, qu'il a présenté comme un sujet "très marginal"
destiné à être examiné par des spécialistes du secteur.

Cette campagne conservatrice a notamment eu pour objectif de courtiser les mouvements salafistes, qui offrent une vision de l'islam plus orthodoxe que celles des Frères musulmans et qui n'ont pas réussi à présenter de candidat autorisé.

Le principal parti salafiste, al Nour, a cependant soutenu Abdel Moneim Aboul Fotouh, un dissident centriste des Frères, qui s'est finalement classé quatrième.

A l'issue du premier tour, Ahmed Chafik, considéré comme le candidat de l'armée, est devenu l'unique adversaire de Mohamed Morsi, qui a alors libéralisé son discours et s'est présenté comme le défenseur de "la révolution du 25 janvier".

"Nous faisons face à un moment décisif de notre histoire, nous devons mettre fin à la farce de l'ancien régime", a déclaré Mohamed Morsi lors de l'un de ses derniers entretiens télévisés avant le second tour. "Nous ne pouvons pas permettre le retour
de l'ancien régime."

Ralliement tardif

Sa crédibilité a néanmoins été mise en doute par d'anciens révolutionnaires et il n'a presque pas engrangé de soutiens hors des formations islamistes, à l'exception notable du "mouvement du 6 avril".

Bien que les Frères musulmans aient été pendant des décennies le plus visible mouvement d'opposition à Hosni Moubarak, ils ne se sont pas immédiatement ralliés à la révolution, principalement animée par des mouvements laïcs et libéraux.

Mohamed Morsi s'est efforcé de calmer les craintes quant à une arrivée au pouvoir des islamistes, en assurant au cours de la campagne du second tour que son gouvernement protégerait la liberté de la presse et les droits de la minorité chrétienne qui représente un dixième de la population égyptienne.

Il a également cherché à rassurer l'armée qui gouverne l'Égypte depuis la chute d'Hosni Moubarak, à travers le Conseil suprême des forces armées (CSFA).

Mohamed Morsi s'est engagé à nommer son ministre de la Défense en accord avec les militaires, et à conserver à l'armée un rôle "protecteur", lors de la nécessaire restructuration du ministère de l'Intérieur, portant encore la marque de l'ère Moubarak.

Cela n'a pas empêché le CSFA de dissoudre le parlement dominé par les islamistes, juste avant le second tour, et de s'arroger le pouvoir législatif, ce qui a considérablement réduit les pouvoirs du futur président.

C'est finalement Mohamed Morsi qui occupe ce poste et se voit confronté à la question de la véritable marge de manoeuvre d'un président islamiste, quelques semaines après avoir cité la peur du jugement dernier comme raison de sa candidature.

"Nous avons peur que Dieu nous demande, le jour de rendre des comptes: 'Qu'avez-vous fait quand vous avez vu que le pays avait besoin de sacrifices et d'efforts?'", avait-il déclaré.
 

Première publication : 24/06/2012

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