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Economie

Quand la rigueur se conjugue à gauche

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 25/06/2012

Le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, a confirmé lundi que l’État devait trouver entre sept et dix milliards d’euros. L’heure de la rigueur a donc sonné. Certains en appellent à une austérité de gauche. Un concept inédit.

Les modalités des mesures d’austérité devraient être à l’ordre du jour du séminaire budgétaire qui réunit le gouvernement Ayrault ce lundi 25 juin. La droite s’en frotte les mains et la gauche semble ne plus pouvoir l’éviter. Le gouvernement socialiste doit, comme l’a indiqué lundi le ministre français de l’Économie Pierre Moscovici, trouver entre 7 et 10 milliards d’euros qui manquent pour atteindre son objectif de déficit budgétaire. François Hollande a en, effet, affirmé pendant la campagne présidentielle qu’il ramènerait le déficit à 3% du PIB dès 2013.

La France s’apprêterait à connaître une “politique d'une brutalité inouïe" en matière de réduction des dépenses budgétaires avait averti, jeudi 21 juin, l’ancienne ministre UMP du Budget Valerie Pecresse. Elle faisait référence à des informations parues le même jour dans le Figaro qui détaillait la feuille de route gouvernementale des coupes budgétaires à venir. L’article évoquait une réduction importante des dépenses de l’État qui passerait, notamment, par une diminution supplémentaire du nombre de fonctionnaires.

Sans confirmer ou infirmer les informations du quotidien conservateur français, Michel Sapin, ministre français du Travail, a tenté de minimiser la portée des affirmations du Figaro. Il a souligné qu’il s’agissait simplement de la “traduction” des engagements électoraux de François Hollande.

La “parenthèse” de 83

Le gouvernement est, en outre, sous la pression du calendrier pour prouver que les propos du nouveau président n’étaient pas que des promesses en l’air. La Cour des comptes doit, en effet, remettre son audit sur le budget de l'État le 2 ou 3 juillet et dans la foulée, le gouvernement présentera le projet de loi de finances rectificative. Un texte qui devrait mélanger hausse des taxes et coupes budgétaires.

Un texte qui devrait aussi être, comme le souligne le quotidien Libération dans son édition du 22 juin, la traduction d’une “austérité de gauche”. “C’est un concept inédit car la gauche est traditionnellement associée à une augmentation des dépenses pour soutenir l’activité économique et pas à la rigueur”, remarque Pascal de Lima, économiste à Sciences-Po Paris. Même en 1983 lorsque le gouvernement de Pierre Mauroy avait dû serrer les vis budgétaires, le Président socialiste d’alors, François Mitterrand, avait parlé d’une “parenthèse” dans la politique économique socialiste.

En fait, depuis le début de la crise de la zone euro, aucun pays européen n’aurait, foi d’économistes, mis en pratique une rigueur de gauche. “Même les pays qui avaient des gouvernements socialistes, comme l’Espagne ou la Grèce, ont appliqué une austérité très classique et plutôt de droite”, note Mathieu Plane, spécialiste de l’économie française à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Coupe “de gauche” dans les dépenses ?

Comment alors distinguer une austérité “classique” de son homologue de gauche ? “Pour schématiser, la droite applique des plans de rigueur où 75% des économies sont réalisées grâce à des coupes budgétaires et 25% grâce à des hausses de taxes quand à gauche le rapport serait plutôt de 50%-50%”, juge Pascal de Lima. Au delà des questions de proportion, Mathieu Plane estime que la différence tient plutôt à ceux qui doivent fournir les efforts. “La droite aura tendance à faire payer tout le monde ce qui au final favorise les plus riches, tandis que la gauche aurait pour souçi d’éviter de creuser les inégalités”, analyse-t-il.

Conséquence : les taxes pour les plus hauts revenus devraient augmenter dès le mois de juillet. L’impôsition à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros par an et la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires iraient dans ce sens. “Il y a aussi un bon nombre de niches fiscales qui sont autant de cadeaux fiscaux aux riches sans avoir d’impact réel sur l’activité économique”, assure Mathieu Plane.

Reste à savoir comment effectuer des coupes “de gauche“ dans les dépenses sociales. Un exercice bien plus périlleux tant la grande majorité de l’argent versé par l’État sert bien souvent à soutenir les populations les plus fragiles. Si le gouvernement ne cible que les quelques aides - notamment dans l’immobilier ou le droit de succession - qui bénéficient aussi aux plus riches, “cette discrimination ne serait pas de nature à donner un sentiment de cohésion sociale”, averti Pascal de Lima.

Première publication : 25/06/2012

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