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Afrique

Le nord du Mali en proie à une grave crise alimentaire

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Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 26/06/2012

Le Nord-Mali est confronté à une grave crise alimentaire provoquée par la sécheresse, qu'aggrave l'occupation de la région par divers groupes islamistes et indépendantistes. Une situation jugée alarmante par les ONG.

Pas d’eau courante, plus d’électricité, des denrées alimentaires épuisées… La crise alimentaire qui règne dans le nord du Mali - ainsi que dans toute la région du Sahel - s’aggrave, conséquence, notamment, du conflit armé et de l’occupation du territoire par les indépendantistes touareg et des groupes islamistes radicaux depuis plus de trois mois. Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), plus de trois millions de personnes y sont confrontées.

Zone aux mains des groupes indépendantistes et islamistes au Mali

Depuis 2011, les récoltes sont pauvres, mises à mal par la sécheresse, les crues insuffisantes et les invasions dévastatrices de criquets. À ces fléaux se sont ajoutés les saccages et les destructions provoqués par les rebelles. "Les pillages […] ont également touché les stocks des récoltes destinées à la consommation, à la vente et à la constitution de greniers de semences", affirme dans un communiqué la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger. Les violences ont, en outre, entraîné des déplacements massifs de populations à l’intérieur même du pays ainsi que dans le Sahel mauritanien, burkinabè et nigérien, des régions elles-aussi touchées par la pénurie de nourriture. "La combinaison de la crise alimentaire et du conflit armé a des conséquences alarmantes pour la population", résume la Croix-Rouge.

Ansar Dine interdit la présence des ONG

Les habitants du Nord-Mali sont confrontés à des problèmes d’approvisionnement en produits de première nécessité. "Dans le nord du pays, où beaucoup de banques, d'écoles, d'hôpitaux et de commerces ont été pillés et détruits, les stocks de nourriture ne cessent de se réduire, ce qui contribue à faire monter les prix", notait l’ONG de défense des droits de l’Homme Amnesty international, fin mai, en faisant le bilan de cinq mois de crise dans le pays. "La situation ne peut que s’aggraver si des mesures énergiques ne sont pas prises", met en garde Mamadou Traore, le secrétaire général de la Croix-Rouge malienne.

Mais l’accès des organisations humanitaires aux zones touchées par la crise alimentaire est rendu difficile par la situation sécuritaire précaire. Ansar Dine ("Défenseurs de l’islam", en arabe), l’un des groupes de rebelles islamistes du nord du Mali, interdit par exemple l’accès des ONG aux zones qu’il contrôle. Le groupe récolte les cargaisons d’aide alimentaire aux frontières qu’il a instaurées autour de ses territoires et se charge de la distribuer elle-même. Selon plusieurs médias, la nourriture ne serait distribuée qu’aux personnes qui auraient fait allégeance à Ansar Dine. "Un chantage alimentaire", commente ainsi le journaliste burkinabè Séni Dabo sur le site Slate.fr.

Pénurie de gasoil dans les centrales

Cependant, selon l’AFP, quatre membres du Croissant-Rouge du Qatar seraient parvenus à entrer, le week-end dernier, dans certaines zones, sous la protection du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). "Nous sommes venus à Gao (nord-est) pour évaluer les besoins des populations en matière de santé et de fourniture en eau et en électricité. Nous allons repartir très bientôt et revenir avec le nécessaire", a affirmé l’un d’eux, joint au téléphone par l’AFP.

Risque d'enrôlement d'enfants-soldats

Les ONG s’inquiètent également de nombreuses fermetures de classe dans le nord du Mali. "Beaucoup d’établissements scolaires ont été saccagés et les instituteurs ont dû partir. Dans cette situation, l’un des risques majeurs est l’enrôlement des enfants dans les groupes armés", prévient le CICR.

À Kidal (nord-ouest), la population vit depuis deux mois sans eau courante ni électricité. À Gao, les réserves de gasoil de la centrale sont sur le point de s’épuiser, mais le responsable de l’établissement a reçu l’assurance d’un approvisionnement rapide de la part des humanitaires qataris. À Tombouctou en revanche, la situation reste préoccupante. Mercredi matin, la centrale cessera de fonctionner par manque de carburant. Les réserves apportées par le CICR il y a un mois sont désormais quasiment épuisées. "Si on ne reçoit pas d’approvisionnement, mercredi à 4 heures du matin, on va être obligé d’arrêter la centrale, témoigne le responsable de la centrale, interrogé par RFI. Je suis paniqué."

Première publication : 26/06/2012

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