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Moyen-orient

Caricature de Mahomet : "La censure du sacré est institutionnalisée"

©

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 26/06/2012

Un internaute tunisien a été condamné à sept ans et demi de prison, lundi, pour avoir publié des caricatures du prophète Mahomet sur sa page Facebook. Toujours sous anonymat, le célèbre caricaturiste Z revient sur cette affaire pour FRANCE 24.

La justice tunisienne a confirmé en appel, le 25 juin, la condamnation à sept ans et demi de prison du jeune tunisien Jabbeur Mejri, qui avait mis en ligne sur Facebook des caricatures du prophète Mahomet. Une décision qui a suscité la consternation de ses proches et de ses défenseurs, choqués par une "sanction démesurée". Le caricaturiste tunisien Z, qui, après avoir dénoncé sur son blog satirique "Debatunisie" le régime de Ben Ali, s’attaque désormais au nouveau pouvoir dominé par le parti islamiste Ennahda, revient sur cette affaire et livre son point de vue sur la caricature en Tunisie.

 
Une caricature signée "Z"
FRANCE 24 : Comment analysez-vous la condamnation prononcée par la justice tunisienne à l’encontre d’un internaute qui a publié sur Facebook des caricatures du prophète Mahomet ?
 
Z : Cette condamnation est aussi excessive que politique. Même si ce n’est pas un caricaturiste qui a été sanctionné pour son art, le signal envoyé par les élus islamistes est destiné à la profession et à tous les Tunisiens laïcs. Par ailleurs, cette condamnation constitue une attaque contre la liberté de conscience, pourtant inscrite dans notre Constitution. Les islamistes institutionnalisent la censure en ce qui concerne le sacré. Ils ont besoin de se présenter comme les garants du respect de la question religieuse en fixant les lignes rouges à ne pas franchir, pour affermir leur légitimité. Et la limite concerne la religion. Mais pour le caricaturiste que je suis, ce sujet est prioritaire. Protégé, certes, par l’anonymat, j’ai dessiné le Prophète et Dieu. J’ai été vilipendé pour l’avoir fait, mais j’assume cette position radicale qui choque beaucoup de Tunisiens, car je pense qu’il faut décriminaliser le blasphème. Ce n’est pas aux censeurs de juger s’il faut croire ou ne pas croire. Qui sont-ils pour fixer les règles du blasphème ?
 
Paradoxalement, cette condamnation coïncide avec l’annonce de l’organisation, à Tunis au mois de septembre, du premier festival arabe de la caricature. Qu’est ce que cela vous inspire ?
 
Z : Il faut attendre de voir quels seront les invités, il y a un risque que les caricaturistes soient triés sur le volet et que ne soient sélectionnés par les autorités que ceux qui ne sortent pas du rang. Il y a une certaine hypocrisie à placer le festival sous le signe du "Printemps arabe", car il s’agit d’une récupération politique de mauvais goût. Surtout quand ils utilisent la justice pour mater ceux qui ne partagent pas leur morale religieuse. Sous Ben Ali, la Tunisie accueillait des forums sur Internet, alors même que le régime appliquait une censure implacable sur la Toile et traquait les cyberactivistes tunisiens. L’Empire soviétique et l’Iran ont eux aussi organisé des évènements autour de la caricature, tout en réprimant les artistes de l’opposition.
 
 
Le premier festival arabe de la caricature, du 6 au 8 septembre à Tunis

Le premier festival arabe de la caricature se tiendra du 6 au 8 septembre à Tunis, a annoncé lundi à la presse le directeur de ce festival Wiem Mohamed Kord.

Ce festival qui sera placé sous le signe du "printemps des révolutions arabes", vise à "promouvoir les jeunes talents dans le domaine de l'art de la caricature", a précisé M. Kord, cité par l'agence officielle TAP.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas eu de changement en matière de liberté d’expression  en Tunisie depuis la révolution ?
 
Z : Mis à part le sacré, il faut reconnaître que la donne a changé en matière de liberté d’expression depuis la chute de la dictature de Ben Ali. Avant, je craignais réellement pour ma vie, même si je continue à recevoir aujourd’hui des menaces de mort, car j’étais activement recherché par les services du régime. Autre signe d’un changement positif : mon blog n’est plus censuré en Tunisie, et il est accessible aux internautes de mon pays. En outre, mes caricatures sont reprises par un quotidien tunisien ("Contre le pouvoir", ndlr) ce qui était inimaginable sous Ben Ali. Toutefois il faut rester sur ses gardes, cette liberté n’est peut-être que provisoire…

Retrouvez notre série "Les caricaturistes esquissent les révolutions arabes"

 

Première publication : 26/06/2012

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