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Moyen-orient

Avion abattu : Ankara menace Damas de représailles

Texte par Dépêche

Dernière modification : 26/06/2012

Ankara, qui a obtenu que l'Otan se réunisse ce mardi à Bruxelles suite à la destruction d'un avion de combat turc par Damas le 22 juin, a menacé son voisin de représailles concernant ses exportations d'électricité vers la Syrie.

AFP - La Turquie a accusé lundi la Syrie d'avoir commis un acte "hostile au plus haut point" après la destruction de l'un de ses avions de combat, faisant craindre une escalade de la crise entre les deux voisins, à la veille d'une réunion de l'Otan.

Entretemps, le bilan des violences en Syrie s'alourdit sans cesse à mesure que s'intensifient les bombardements de l'armée contre les bastions rebelles, surtout à Homs (centre), avec 95 tués, dont 61 civils, 3 déserteurs et 31 soldats, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La guerre des mots s'est enflammée entre la Turquie et la Syrie dont les forces de défense aériennes ont abattu vendredi un avion de combat turc. Damas a affirmé que l'avion avait violé son espace aérien, alors qu'Ankara a dit que l'appareil était dans l'espace aérien international.

"Prendre pour cible un avion de cette façon, sans avertissement préalable, est un acte hostile au plus haut point", a affirmé le vice-Premier ministre turc et porte-parole du gouvernement Bülent Arinç à l'issue d'un conseil des ministres.

M. Arinç a aussi affirmé qu'un avion de sauvetage en mer turc avait essuyé des tirs syriens alors qu'il menait des recherches pour retrouver les pilotes du F-4 Phantom. "Notre état-major a appelé les autorités syriennes et ce harcèlement a immédiatement cessé".

Il a également menacé d'interrompre les exportations d'électricité de la Turquie vers la Syrie en représailles, même si cela pourrait affecter la population civile déjà affectée par plus de 15 mois de violences déclenchées par la répression du régime de la révolte populaire lancée le 15 mars 2011.

Damas a accusé auparavant Ankara de vouloir "attiser" la crise et mis en garde contre toute "agression" contre le territoire syrien. "L'avion militaire turc a violé l'espace syrien", selon les Affaires étrangères, en disant "ignorer" la nature de la cible abattue.

Plusieurs pays occidentaux se sont mobilisés dans cette crise, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton promettant de travailler avec Ankara sur une réaction appropriée face à cet acte "éhonté".

L'Otan tiendra mardi à Bruxelles une réunion à la demande de la Turquie qui a invoqué "l'article 4 du traité" de l’Alliance prévoyant que tout pays membre peut porter une question à l’attention du Conseil quand il estime que son intégrité territoriale ou sa sécurité est menacée.

Selon des experts spécialisés russes cités par l'agence d'Etat Ria Novosti, Le F-4 Phantom abattu testait la défense antiaérienne syrienne pour le compte de l'Otan et sa destruction a montré l'efficacité des systèmes russes dont est équipée la Syrie.

Nouvelle défection


Pour ajouter à la tension, un nouveau général syrien a fait défection en Turquie, portant à 13 le nombre de généraux syriens déserteurs dans ce pays jadis allié du régime du président Bachar al-Assad mais avec qui il a coupé les ponts pour protester contre sa répression de la contestation.

Le général non identifié est entré en Turquie en compagnie de deux colonels et de cinq autres officiers ainsi que 24 membres de leurs familles, soit un groupe de près de 200 personnes, selon une source diplomatique turque.

La Turquie héberge dans le sud plus de 33.000 réfugiés syriens, ainsi que la direction de l'Armée syrienne libre et les réunions du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition de l'opposition syrienne.

Les derniers jours ont été particulièrement sanglants en Syrie, avec des bilans proches d'une centaine de morts chaque jour, dont 91 morts dimanche, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

La situation semblait particulièrement difficile à Homs, où des habitants ont lancé un appel au secours relayé par le CNS: "Nous sommes la cible de bombardements continus et sans pitié, par des lance-roquettes, des hélicoptères militaires, des obus de mortier, des chars et des armes lourdes".

"Un crime des plus odieux se déroule sous vos yeux et vous n'aidez toujours pas les victimes. Ce qui se passe en Syrie, n'est pas un conflit politique mais un génocide, une purification ethnique", ont poursuivi les habitants, accusant le régime alaouite de viser les quartiers sunnites.

Dans la région de Homs, à Qousseir, un correspondant de l'AFP a rapporté que l'armée a lancé une violente attaque contre cette ville, soutenue par des hélicoptères.

Nouvelles sanctions


Face à l'escalade, l'UE a adopté de nouvelles sanctions contre le régime Assad, qui visent de nouvelles sociétés et administrations et étendent l'embargo sur les ventes d'armes.

Elles s'ajoutent à une quinzaine de trains de sanctions en un an. Mais ces mesures n'ont pas fait plier le régime qui continue de profiter des divisions internationales pour intensifier la répression qui, avec les combats, a fait plus de 15.000 morts en plus de 15 mois selon l'OSDH.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est un allié du régime Assad, a entamé en Israël une visite au Proche-Orient pour défendre la position de Moscou notamment sur la question syrienne. Il y a souligné que "les changements démocratiques devraient se dérouler de manière civilisée".

Depuis le début de la contestation populaire en Syrie, qui s'est militarisée face à la répression sanglante, Moscou bloque toute résolution de l'ONU condamnant le régime et refuse toute transition par la force.

Première publication : 26/06/2012

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