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Economie

L'Europe du Sud impose sa volonté à l'Allemagne

©

Vidéo par Julie ALBET

Texte par Dépêche

Dernière modification : 30/06/2012

Lors du 20e Conseil européen organisé depuis le début de la crise de la zone euro, Rome et Madrid ont réussi à faire fléchir la chancelière Angela Merkel et ont obtenu un accord sur des mesures susceptibles de réduire le coût de leurs emprunts.

REUTERS - Italie/Espagne 2 - Allemagne 0 : l'Europe du Sud a en apparence doublement fait mentir jeudi et vendredi un vieil adage qui veut qu'en football comme sur la scène européenne, c'est souvent l'Allemagne qui finit par gagner.

Mais ce Conseil européen, le 20e depuis le début de la crise de l'euro en 2010, a peut-être fait franchir à l'Union européenne un pas décisif vers une forme de fédéralisme dont la chancelière Angela Merkel s'est faite l'avocate.

Les banques en difficulté pourront être recapitalisées

L'Italie et l'Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro mais malades de leur dette, ont obtenu sur un coup de bluff, et après une nuit de discussions à Bruxelles, un accord sur des mesures susceptibles de réduire le coût de leurs emprunts sur les marchés financiers.

Des mesures que la chancelière allemande, Angela Merkel, voyait jusqu'ici d'un mauvais oeil et qu'elle n'a acceptées qu'en échange de strictes conditions d'application.

Ironie de l'histoire : ce sont ces deux pays du sud de l'Europe qui iront en finale de l'euro de football, après que l'Italie eut "sorti" l'Allemagne 2-1 en demi-finale à Varsovie
pendant que les discussions battaient leur plein à Bruxelles.

L'Allemagne, championne d'une Europe du Nord vertueuse face à une Europe du Sud réputée moins rigoureuse, n'a en réalité pas vraiment le choix : la zone euro, où elle a accumulé 1.000 milliards d'euros d'excédents courants en 13 ans, représente près de 40% de ses exportations.

Laisser l'Italie et l'Espagne s'embourber dans la crise, avec les conséquences négatives que cela aurait pour l'ensemble de la zone, serait pour elle une très mauvaise affaire.

La chancelière est cependant repartie du Conseil européen avec des concessions importantes en poche, dont l'assurance que la Banque centrale européenne (BCE) jouera un rôle clef dans la supervision du secteur bancaire de la zone euro.

Elle a aussi obtenu que la mise sur pied de ce mécanisme de surveillance unique des banques de la zone euro soit un préalable à la possibilité de recapitaliser directement des banques via le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Royaume-Uni discret

La déclaration de la chancelière Angela Merkel
Quant à la possibilité pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le MES d'acheter de la dette souveraine sur les marchés primaire et secondaire pour faire baisser les taux, elle sera soumise à de strictes conditions, a-t-elle insisté vendredi matin à son arrivée au Conseil européen.

Angela Merkel a prévenu que les Européens avaient encore des "négociations très difficiles" devant eux : "Nous sommes dans une nouvelle ère. Ça ne prendra donc pas juste dix ans."

L'avenir dira si l'axe des pays du sud de l'Europe qui semble s'être esquissé avec la complicité du président français, François Hollande, face à une Allemagne arc-boutée sur son exigence de plus de contrôle et de discipline, est durable.

Pour la première fois depuis des années, la France semble sortie d'un strict tête-à-tête franco-allemand, qui a bien fonctionné pendant ces quatre dernières années de crise mais a aussi beaucoup irrité les partenaires de Paris et Berlin.

Alors que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, s'efforçait de ne rien faire qui puisse irriter Angela Merkel et nuire au bon fonctionnement du couple franco-allemand, François Hollande est ouvertement entré dans le jeu des chefs de gouvernement italien et espagnol, Mario Monti et Mariano Rajoy.

Ces derniers avaient menacé de ne pas signer le nouveau traité de croissance, approuvé jeudi par les Vingt-Sept de l'UE, sans décision sur la stabilisation des marchés. "Ils m'avaient prévenu de leur position (...) et je les comprends", a-t-il
expliqué. "Ils ne pouvaient pas donner un accord partiel."

Le président français a cependant assuré vendredi, pour ne pas insulter l'avenir, qu'il n'y avait ni vainqueur ni vaincu.

"Ce qui s'est passé, c'est un compromis, et Mme Merkel comme d'autres a participé à cette recherche", a-t-il dit. "Et c'est parce que la France et l'Allemagne ont été ensemble que nous y sommes parvenus."

Reste un partenaire inhabituellement discret, le Royaume-Uni, qui ne semble plus, au moins pour l'instant, être un facteur de blocage. Il pousserait même presque la zone euro, à laquelle il n'appartient pas, à aller le plus loin possible dans la voie de l'intégration, tant il a intérêt à ce qu'elle sorte de sa crise économique et financière.

"Il y aura d'autres étapes à franchir", a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron après le sommet. "Mais pour la première fois depuis longtemps, nous avons vu des décisions que les marchés considèreront, je pense, comme essayant d'être
en avance sur les événements."

Première publication : 30/06/2012

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