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FRANCE

Jean-Marc Ayrault refuse l'austérité mais promet la responsabilité budgétaire

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 04/07/2012

Le Premier ministre a passé son grand oral, ce mardi, devant les députés. Au cours d’un discours fleuve, il a décrit les grands axes de sa politique pour faire face à la crise, sans s’éloigner des promesses de campagne faites par François Hollande.

"Effort", "mobilisation", "redressement des finances"… Pendant plus d’une heure et demie, le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a présenté les grands axes de la politique que mènera son gouvernement au cours des cinq ans à venir. Un discours long et sobre dans lequel, si le mot rigueur n’a été prononcé qu’une seule fois - et pour en récuser la pertinence -, la crise et les nombreux défis auxquels le pays doit faire face ont largement dominé.

"Le poids de la dette est devenu écrasant"

"Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaires. [...] Mais je refuse l'austérité", a tonné le chef du gouvernement devant les députés de l’Assemblée nationale. Tantôt hué, tantôt applaudi, Jean-Marc Ayrault a lancé un appel à la "mobilisation de tous" pour que la France, "affaiblie économiquement, dégradée socialement, divisée politiquement, abîmée moralement", retrouve "confiance en [son] destin".

La situation économique de l’Hexagone est préoccupante, a-t-il rappelé. "Depuis 2007, la dette publique a augmenté de 600 milliards d’euros. Elle atteint aujourd’hui 1 800 milliards. Le poids de cette dette est devenu écrasant", a-t-il assuré, taclant au passage le dernier gouvernement Fillon qui a "opportunément retardé des plans sociaux et fait courir le risque du chômage à plusieurs dizaines de familles supplémentaires".

La dette en ligne de mire

Sur un ton volontaire, bien que parfois hésitant, Jean-Marc Ayrault s’est fermement engagé à redresser les finances publiques en promettant notamment d’alléger la dette de la France. "C’est un enjeu de souveraineté nationale, a-t-il affirmé. Une France endettée, c’est une France dépendante vis-à-vis des marchés financiers et des agences de notation".

Pour réduire l’endettement, le Premier ministre ne s’est pas éloigné des promesses faites par François Hollande pendant la campagne présidentielle et s'est engagé à réformer la fiscalité. "La maîtrise des dépenses publiques est obligatoire mais pas suffisante", a-t-il dit. Dans la ligne de mire du gouvernement se trouvent "ceux qui ont été jusqu’à présent exonérés de l’effort collectif". En clair : les très hauts revenus. Les personnes dont les salaires excèdent un million d’euros par an verront désormais leur part d’imposition s’élever à 75 %.

Jean-Marc Ayrault a également promis de revenir sur l’allègement "incompréhensible" de l’impôt sur la fortune et d’enterrer le bouclier fiscal mis en place sous l’ère Sarkozy. Finie également l’exonération des heures supplémentaires dans les entreprises de plus de 20 salariés. "Nous mettrons à contribution les grandes entreprises bancaires et pétrolières", a ajouté le Premier ministre, sous les applaudissements des députés.

Ayrault compte choyer les PME

Martelant ses engagements de justice et d’efficacité dans la conduite des réformes à venir, Ayrault a assuré les entreprises, et notamment les PME, de son soutien. "J’estime les chefs d’entreprise et je les connais bien, mais je ne les confonds pas avec des parachutistes dorés et des spéculateurs sans scrupule", a-t-il lancé avant d’assurer que "les PME feront l’objet d’un soutien déterminé. Elles ne peuvent pas supporter les mêmes taux d’imposition que les multinationales".

Afin de garantir le financement des projets de ces entreprises "qui aident la France en créant des emplois", le Premier ministre a annoncé la création d’une banque d’investissement nationale avant la fin de l’année. L’organisme ne devrait pas avoir d'activités spéculatives, a-t-il poursuivi.

Dans la même volonté de relancer l’emploi, le chef du gouvernement s’est engagé à "rompre avec la désindustrialisation de notre pays" en lançant un "plan de reconquête industrielle". Le gouvernement compte "redonner à la France une compétitivité", notamment dans le domaine des nouvelles technologies. La réindustrialisation de la France sera d’ailleurs au cœur d’une grande conférence sociale qui se tiendra en juillet, au cours de laquelle sera présenté un plan pour la filière automobile.

Réactions au discours de Jean-Marc Ayrault

Citant à plusieurs reprises l’audit de la Cour des comptes rendu public le 2 juillet, exhortant le gouvernement à réduire les dépenses de l’État, Ayrault a sommé tous les ministères - à l’exception de ceux de la Jeunesse, de la Justice et de l’Intérieur - de maîtriser leurs dépenses. Il n’a cependant pas suivi les recommandations de la Cour, déroulées dans le même document, en faveur de la baisse du nombre de fonctionnaires. Le Premier ministre s’est ainsi engagé à recruter 1 000 professeurs des écoles dès la rentrée prochaine et a réaffirmé sa volonté d’augmenter les effectifs de l’Éducation nationale de 60 000 professeurs au cours du quinquennat de François Hollande. Il a également promis des postes supplémentaires dans la justice, la police et la gendarmerie. "J’adresse à tous les fonctionnaires mon total soutien, et un message de respect et de confiance".
 


Les engagements sociaux de Jean-Marc Ayrault
 

  • Mariage et adoption des couples homosexuels : "Au premier semestre 2013, le droit au mariage et à l’adoption sera ouvert à tous les couples, sans discrimination". L’annonce de Jean-Marc Ayrault – une promesse faite par François Hollande au cours de la campagne présidentielle – a été accueillie par des sifflements dans les rangs de l’opposition et des applaudissements dans ceux de la majorité.
  • Immigration : "La lutte contre l’immigration irrégulière et les filières de travail clandestin sera menée avec fermeté", a assuré le Premier ministre, ajoutant cependant que "sous François Hollande, aucun enfant ni aucune famille ne sera placé en centre de détention".
     
  • Droit de vote des étrangers : "Le gouvernement proposera l'ouverture du droit de vote pour les élections municipales aux étrangers résidant en situation régulière depuis au moins cinq ans sur notre territoire".
     
  • Logement : 500 000 logements, dont 150 000 HLM, seront construits chaque année, a promis le chef du gouvernement. Les communes ne respectant pas la loi sur le logement social verront leurs pénalités multipliées par cinq.
     
  • Banlieues et zones périurbaines : Jean-Marc Ayrault s’est engagé à renforcer les infrastructures, améliorer les transports et les services publics dans les quartiers difficiles, mais également dans les zones périurbaines où, selon le Premier ministre, "les Français ont les conditions de vie les plus dures".


 

Première publication : 03/07/2012

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