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FRANCE

À Aulnay-sous-Bois, les salariés de PSA redoutent un "désastre"

©

Texte par Ben MCPARTLAND

Dernière modification : 06/07/2012

La possible fermeture de l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) serait un coup dur pour ses 3 300 salariés. Elle le serait aussi pour tout le département, déjà handicapé par un taux de chômage proche de 17 %.

"Désastre". C’est le premier mot qui vient à la bouche des quelque 3 300 salariés de l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-Bois, dépités à l’idée que leur site de travail soit condamné, dans un futur proche, à fermer ses portes.

Leur crainte n’a rien d’illusoire depuis que Denis Martin, directeur industriel de PSA, a émis la possibilité, le 28 juin dernier, d'une fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois - l'un des plus gros employeurs de Seine-Saint-Denis. Il faut dire que la santé économique du premier constructeur automobile français est désastreuse, ce malgré plusieurs plans d'économie mis en place depuis 2009. PSA n'arrive pas à redresser la barre et souffre de la chute des ventes en Europe, son principal marché. Si, en 2004, 418 000 véhicules sortaient de l’usine aulnaysienne chaque année, la production s'établit aujourd’hui à 195 500 unités

"Il y a des gars ici qui sont en train de devenir fou", confie Jawad Kaddourri, salarié du site, à France 24. "Ils prennent des médicaments pour dormir. Ils sont terrorisés à l’idée de perdre leur emploi, leur maison. Plus personne ne rit ici ; tout le monde a peur."

"Nous n’abandonnerons pas, nous nous battrons jusqu’à la fin"

Une peur née de la diffusion, par la CGT le jeudi 9 juin 2011, d’une note confidentielle de la direction de PSA prévoyant notamment la fermeture des sites d'Aulnay-sous-Bois courant 2014 et de Sevelnord (Nord) en 2015. Le groupe a tenté depuis de calmer les esprits, évoquant "un document préparatoire daté d’il y a près d’un an" et qui n’était "en aucun cas un relevé de décisions."

Mais les syndicats n’en croient pas un mot. Pour eux, ce plan de la direction est bel et bien d’actualité et il avait simplement été mis entre parenthèse pendant la présidentielle. Alors, à l’approche de deux réunions extraordinaires, organisées les 12 et 25 juillet par la direction - au cours desquelles le sort du site d’Aulnay devrait être scellé -, les syndicats montent au créneau. "Nous n’abandonnerons pas, nous nous battrons jusqu’au bout", insiste Farid Mouedin, salarié de 32 ans.

La plupart d’entre eux réfutent l’argument des "mauvais chiffres" de l’entreprise. "Il n’y a pas de raison valable pour fermer le site", explique Patrice Zahn, syndicaliste CGT, 17 ans de carrière à Aulnay à son actif. "Le groupe a longtemps eu une activité prospère. Il y a deux ans, ils ont battu des records de vente. Aujourd’hui, ils veulent juste maximiser leurs profits." Selon lui, la grogne sociale n’en est qu’à ses débuts. "La colère monte. Mettre la clé sous la porte serait un désastre pour nous et pour la région. Certains travaillent ici depuis des décennies, ils ne retrouveront jamais autre chose, surtout en plein crise économique."

Aulnay-sous-Bois sur une poudrière ?

Les syndicats rappellent en effet que la santé économique du département dépend, en partie, de l’activité du site. Ils s’alarment aussi des conséquences indirectes que pourrait provoquer la fermeture de l’usine sur le commerce et le tissu social.

"De nombreux étrangers viennent travailler sur ce site. Des bâtiments spéciaux ont été aménagés pour les accueillir. Certains ne savent rien faire d’autre. Que vont-ils faire ici ? Où vont-ils trouver un autre emploi ? L’impact sera catastrophique dans tout le département", s’alarme Sherazede Homm, fonctionnaire chargée de la jeunesse à la mairie d’Aulnay.

Une inquiétude d’autant plus criante que la situation économique de la ville est des plus précaires. Le taux de chômage aulnaysien grimpe à 16,8% - presque 7% de plus que la moyenne nationale.

Alors, aux plus haut sommets de l’État, on s’active pour trouver des solutions et exhorter le groupe PSA à clarifier la situation. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et celui du Travail, Michel Sapin, pressent tous deux le patron de PSA Peugeot Citroën de donner "son analyse de la situation réelle" du groupe. "Où sont ses forces, où sont ses faiblesses et à partir de là, quelles sont les restructurations vraiment nécessaires, celles qui permettent de sauvegarder, à terme, l'emploi et l'entreprise ?" a notamment demandé Michel Sapin sur l’antenne de BFM TV, cette semaine. Des questions restées pour le moment sans réponse.

Première publication : 06/07/2012

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