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Afrique

L'Assemblée égyptienne se réunit malgré sa dissolution le mois dernier

Vidéo par Anthony SAINT-LÉGER

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 10/07/2012

Alors qu'elle avait été dissoute par l'armée, l'Assemblée du peuple s'est brièvement concertée mardi après un décret du président Morsi ordonnant son rétablissement. Une réunion qui vient attiser les tensions entre militaires et Frères musulmans.

Le bras de fer continue entre le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et le nouveau président élu Mohamed Morsi. Ce mardi 10 juillet, l’Assemblée du peuple, la chambre basse du parlement égyptien dissoute le mois dernier par l’armée, s’est réunie au Caire, après un décret du président islamiste Mohamed Morsi ordonnant son rétablissement. Et ce, en dépit de la décision de la Haute Cour constitutionelle qui avait déclaré l'Assemblée invalide, le 14 juin.

"Nous sommes tous dans le même bateau"

"Ce dont nous discutons aujourd'hui, c’est du mécanisme d’application du jugement de la Haute Cour constitutionnelle (HCC)", s'est justifié le président de l’Assemblée dissoute, Saad al-Katatni, à l'ouverture de la session. "Le Parlement connaît très bien ses droits et ses devoirs, il n'intervient pas dans les affaires du pouvoir judiciaire et ne commente pas les jugements de la justice", a-t-il ajouté

Et pourtant, en s’appuyant sur ce décret présidentiel - décidé le 8 juillet et ordonnant de rétablir l’Assemblée du peuple - le Frère musulman Saad al-Katatni a non seulement ignoré la décision de la Haute Cour constitutionnelle, mais s’est également empressé d’inviter les députés à reprendre leurs travaux dès ce mardi.

Les libéraux boycottent cette session parlementaire

Pour Sonia Dridi, correspondante de FRANCE 24 au Caire, "cette réunion est clairement un défi lancé à l’encontre des militaires (…) Les islamistes estiment que l’armée a toujours la mainmise sur le pouvoir et ils ne l’acceptent pas". Il faut dire qu’après la dissolution de l'Assemblée, les militaires ont, de facto, récupéré le pouvoir législatif, provoquant la colère de tous ceux qui souhaitaient les voir sortir de la politique.

Plusieurs parlementaires libéraux ont toutefois refusé, ce mardi, de se rendre au Parlement devant lequel des dizaines de manifestants – en majorité des Frères musulmans – s’étaient rassemblés. "Ils ont boycotté cette session. Ils estiment que le décret de Mohamed Morsi va à l’encontre de l’État de droit", explique Sonia Dridi. C’est le cas du député Aboulezz al-Hariri, un ancien marxiste et farouche détracteur des Frères musulmans. "La décision de Morsi est un coup d’état constitutionnel, car le président n’a pas le droit d’annuler des décisions de justice émanant, de surcroît, de la plus haute cour du pays, même Hosni Moubarak ne s’était pas permis de le faire", argumente-t-il sur l’antenne de FRANCE 24. Et d’ajouter : "Je ne me rendrai pas à l’Assemblée puisqu’elle a été dissoute, et par conséquent je ne suis plus député, mais un citoyen comme les autres".

Annulation du décret présidentiel ?

La Haute Cour constitutionnelle, qui avait invalidé un tiers des 498 sièges du Parlement le 14 juin en raison d'un vice juridique dans la loi électorale, a en effet rejeté lundi le décret présidentiel ordonnant de rétablir le Parlement arguant du fait que tous "ses jugements [étaient] contraignants pour toutes les institutions de l’État". En clair, ce rappel à l'ordre adressé au nouveau président pourrait se traduire dans la journée par l'annulation du décret.

En défiant à la fois l’autorité de l’armée et celle de la Cour constitutionnelle, le président Morsi et les Frères musulmans ont provoqué un "choc dans la classe politique", susceptible de plonger le pays dans "une grave crise", jugeait lundi matin la majorité des quotidiens locaux. "Le pays est divisé sur la question. Certains analystes égyptiens estiment que le président est dans son droit et qu’il a agi conformément à ses prérogatives, tandis que d’autres estiment qu’il a porté atteinte à la légalité et outrepassé ses pouvoirs", note Tamer Ezzedine, correspondant de FRANCE 24 en Égypte.

Interrogé au téléphone par FRANCE 24, Sarouat Badaoui, professeur de droit constitutionnel à l’Université du Caire, approuve l'initiative de Mohamed Morsi. "Le président a le droit de convoquer l'Assemblée du peuple, car cette dernière ne peut être dissoute par une décision de justice, elle ne peut l’être que par le chef de l’État lui-même", explique-t-il. Et de poursuivre : "La Cour constitutionnelle ne prend pas de décision mais rend des jugements qui s’imposent à tous, y compris au président et à l’armée, mais elle ne peut en aucun cas provoquer la dissolution d’une assemblée".

Un compromis ou le chaos

Contacté par FRANCE 24, une source proche des Frères musulmans explique de son côté que le président Morsi ne conteste pas "l’avis" de la Cour, mais la dissolution ordonnée par l’armée. Toutefois, elle tient à signaler que la juridiction est soumise aux desiderata des militaires, puisque tous les juges qui la composent ont été nommés sous Moubarak.

"L’armée a invalidé les législatives remportées par les Frères musulmans car ils pressentaient la victoire de Morsi à la présidentielle. Ils n’acceptent pas de voir leurs rivaux historiques, ceux qu’ils ont toujours combattu, accéder aux commandes de l’Égypte" développe la même source. Selon elle, la confrérie a attendu de remporter la présidentielle pour jouir de la légitimité du suffrage universel avant d’engager un bras de fer que ni les Frères ni les militaires ne peuvent accepter de perdre. "Ce qui va, une fois de plus, déboucher sur un compromis entre les deux camps. Sinon cela sera le chaos", conclut-il.

 

Première publication : 10/07/2012

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