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Economie

L'Eurogroupe vole au secours de l'Espagne

Texte par Dépêche

Dernière modification : 10/07/2012

Les pays de la zone euro se sont mis d'accord sur les modalités de leur aide à Madrid, avec un premier versement de 30 milliards d'euros à la fin du mois. Les banques espagnoles pourront recevoir en tout jusqu'à 100 milliards d'euros.

AFP - Les ministres des Finances de la zone euro ont réussi dans la nuit de lundi à mardi à mettre au point un plan d'aide à l'Espagne qui devrait se traduire dès la fin du mois par un versement de 30 milliards d'euros à Madrid.

Ils ont aussi réglé un casse-tête qui traînait depuis deux mois, en procédant à une série de nominations, dont la reconduction à son poste de leur chef de file, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.



"Nous sommes parvenus à un accord politique sur un projet de mémorandum" concernant l'aide aux banques espagnoles, a annoncé M. Juncker à l'issue de neuf heures de réunion à Bruxelles.

Le but est de "formaliser l'accord dans la seconde partie du mois, ce qui permettra un versement de 30 milliards d'euros d'ici la fin du mois", a-t-il ajouté. Une nouvelle réunion de l'Eurogroupe aura lieu à cette fin le 20 juillet. La maturité des prêts à l'Espagne pourra aller "jusqu'à 15 ans", mais sera en moyenne de "12 ans et demi", a précisé le président de l'Eurogroupe.

La zone euro a mis sur la table une enveloppe pouvant atteindre 100 milliards d'euros pour les banques espagnoles, mais le montant final dépendra des besoins effectifs calculés établissement par établissement.

L'aide se fera sous conditions, à la fois sur le secteur financier dans son ensemble et pour chaque banque. Parmi ces conditions, "une régulation forte concernant la limitation des salaires des dirigeants" des banques, a précisé le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

D'autre part, la zone euro est d'accord pour que l'Espagne soit autorisée à ne ramener son déficit public à 3% du PIB qu'en 2014 au lieu de 2013, en raison des difficultés économiques du pays.

Le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn a précisé qu'en échange, Madrid devrait présenter d'ici la fin du mois un plan d'ajustement pour 2013 et 2014. L'objectif est désormais de parvenir à un déficit public de 6,3% cette année, 4,5% en 2013 et 2,8% en 2014, a-t-il détaillé.

Les ministres des Finances des 17 ont pris une autre décision très attendue en décidant de renommer M. Juncker pour un nouveau mandat théorique de deux ans et demi à la tête de l'Eurogroupe. Mais l'intéressé a lui-même précisé qu'il partirait "bien avant ce terme", au plus tard "au début de l'an prochain".

La question de sa succession ne trouvait pas de solution depuis plusieurs mois. Wolfgang Schäuble était officiellement candidat à ce poste stratégique, mais la France y était hostile et poussait pour une prolongation du mandat de Jean-Claude Juncker.

L'affaire n'est pas réglée pour autant. Interrogé sur une hypothèse qui a circulé dans la presse, selon laquelle la présidence de l'Eurogroupe, après M. Juncker, serait confiée d'abord à Wolfgang Schäuble puis à Pierre Moscovici, ce dernier a assuré ne pas être "demandeur". M. Schäuble, à qui on demandait s'il était toujours intéressé par le poste, s'est borné à renvoyer la balle aux chefs d'Etat et de gouvernement.

Les ministres des Finances ont aussi proposé de nommer un autre Luxembourgeois, Yves Mersch, au sein du directoire de la Banque centrale européenne (BCE). Ce choix doit être entériné formellement mardi par les ministres des Finances de l'ensemble des vingt-sept pays de l'Union européenne.

Ils ont enfin désigné l'Allemand Klaus Regling, patron actuel du fonds de secours temporaire de la zone euro, pour prendre la tête du futur fonds permanent, le MES.

Les ministres devaient aussi commencer à traduire en actes les décisions du sommet des 28 et 29 juin, notamment la supervision bancaire intégrée afin d'ouvrir la voie à la recapitalisation directe des banques par le MES.

La Commission devrait présenter "des propositions d'ici début septembre sur une supervision des banques passant par la Banque centrale européenne, de manière à ce que le projet soit prêt d'ici la fin de l'année", a précisé M. Rehn.

C'est un "calendrier ambitieux mais réaliste", a commenté M. Moscovici, expliquant que cela permettrait "de traiter la racine de la crise en cassant la boucle qui se crée entre crise bancaire et crise souveraine".

La France souhaite en outre que la recapitalisation directe soit rétroactive et puisse bénéficier aux banques espagnoles.

Cette recapitalisation directe ne nécessitera pas de garantie de la part des Etats, ont assuré M. Juncker et M. Rehn, levant des ambiguïtés apparues ces jours derniers.

L'examen des finances de la Grèce et les besoins de Chypre pour aider ses banques étaient également au programme de cette réunion particulièrement chargée, mais les décisions ont été reportées à plus tard.
 

Première publication : 10/07/2012

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