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Afrique

Le congrès du PJD déroule le tapis rouge au Hamas palestinien

©

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 15/07/2012

Le PJD, Parti de la Justice et du Développement, formation islamiste qui a remporté les élections législatives du 25 novembre 2011, tient ce week-end son 7e congrès à Rabat, au Maroc. Le leader du Hamas Khaled Mechaal y a été ovationné.

Le Maroc prétend avoir pris le tournant des printemps arabes en faisant l'économie d’une révolution. Comme en Tunisie et en Égypte, (pour la Libye, on réserve encore son jugement), sur les traces de la Turquie, les islamistes y sont désormais au pouvoir. Si ce n’est qu’ici, le changement s’est négocié en douceur avec l’assentiment du "Mahzen", le palais royal, qui a supervisé l’adoption d’une nouvelle constitution censée accorder une valeur démocratique à la dernière consultation électorale, qui a donné une majorité relative au Parti de la Justice et du Développement (PJD). Celui-ci dirige désormais un gouvernement de coalition qui va des conservateurs de l’Istiqlal aux communistes du PPS.

Khaled Mechaal, chef du Bureau Politique du Hamas (milieu) aux côtés de Saaddine el Othmani, ministre marocain des affaires étrangères (droite) lors du dîner en l’honneur des invités étrangers du PJD.

Comme le veut la Constitution, le PJD tient congrès ce week-end à Rabat, devant environ 3 000 congressistes désignés par la base et en présence de plusieurs dizaines de représentants étrangers, notamment de partis "frères" de la mouvance islamiste.

Le Congrès devrait entériner la reconduction au poste de secrétaire général du sortant Abdelilah Benkirane, désormais "chef du gouvernement" de sa majesté Mohamed VI - à moins d’une surprise, car le PJD s’est doté d’un processus de sélection des candidats par un conseil national, lui-même élu par les délégués. Un système "islamique", mais non moins démocratique, qui fait la fierté des militants : ici on ne se présente pas, on est proposé, avant d’être éventuellement élu. L’humilité est, en toute circonstance, la qualité principale requise de tout bon musulman, de la base au sommet.

Mechaal super star

Mais la vedette de ce congrès s’appelle Khaled Mechaal, chef du Bureau politique du Hamas, qui a quitté récemment son exil de Damas, avec armes et bagages, pour ne pas manquer lui aussi le tournant démocratique à l’œuvre dans le monde arabe.

Mechaal, qui se déplace avec une noria de gardes du corps et de collaborateurs, a remporté un indéniable succès personnel et populaire à Rabat, signant autographes et acceptant de bonne grâce d’interminables séances de pose devant les téléphones portables des militants et surtout d’ailleurs des militantes du PJD.

Orateur brillant, il a, comme il y a quelques jours à Tunis, encouragé les Marocains à ne pas oublier la cause palestinienne, qui n’avait jusqu’ici jamais été prioritaire dans un pays arabe relativement ouvert à l’égard d’Israël.

Comme à Tunis, Khaled Mechaal, que les services israéliens ont obstinément cherché à éliminer, a pu vérifier la validité de sa stratégie : en lâchant la Syrie pour épouser le mouvement à l’œuvre dans cette partie du monde, il compte bien que le Hamas - toujours considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne - bénéficie de la nouvelle respectabilité dont commencent à jouir ces islamistes modérés : PJD marocain bien sûr, AKP turc (AKP signifie Parti de la Justice et du développement !), Ennahda tunisien, et même Frères musulmans égyptiens, le parti dont le Hamas, solidement arrimé à Gaza, souhaite le plus se rapprocher afin de créer un rapport de force géopolitique pour faire pression sur les pays occidentaux et isoler Israël.

Le PJD, désormais au pouvoir, ne craint-il pas que cet affichage ne nuise aux alliances occidentales du royaume ? Saaddine el-Othmani, numéro 2 du parti et ministre des Affaires étrangères repousse calmement l’objection car, dit-il "les États-Unis et les Européens se demandent eux-mêmes comment engager le dialogue avec le Hamas."

"Mourir en martyre pour la Palestine"

Loin de ces calculs, la cause palestinienne est bien l’ingrédient de choix de l’engouement populaire dont est l’objet le PJD. La salle est pavoisée aux couleurs de la Palestine et, encore émue par la "standing ovation" réservée à Mechaal, Nada, 24 ans et militante du PJD depuis 3 ans, nous avoue sa disponibilité à "mourir en martyre pour la Palestine."

Autres atouts : une réelle démocratie interne et la proximité des dirigeants avec le peuple (on n’avait jamais vu jusqu’ici au Maroc des ministres se promener dans les rues sans la protection de leur limousine ou de leurs gardes du corps), la lutte contre la corruption (mot d’ordre numéro un : le PJD a reversé à l’État, de sa subvention de campagne électorale non dépensée, environ 2 millions d’euros).

Et bien sûr, le respect du souverain. Mohamed VI qui, selon Abdelilah Benkirane, tient peut-être son pouvoir en héritage, mais à la différence des tyrans comme Assad, lui, "aime son peuple qui le lui rend bien."

Mais l’exercice du pouvoir sera le véritable test pour ces islamistes modérés (et souriants comme à peu près tous au Maroc) qui ont dû annoncer récemment une hausse des taxes sur l’essence de 20 %. Comme dans toute bonne vieille démocratie parlementaire, les députés de la majorité viennent de lancer une fronde contre un gouvernement accusé de les traiter comme des godillots.

 

Première publication : 15/07/2012

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