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Afrique

Visite de Fabius en Algérie : exorciser le passé et sauver le Mali

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est arrivé dimanche à Alger pour une visite de deux jours visant à renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. La crise au Mali devrait également être au cœur des discussions.

Le symbole est fort. Pour sa première visite dans un pays arabe en tant que chef de la diplomatie, Laurent Fabius a choisi une Algérie empêtrée dans un long hiver politique plutôt que les pays en pleine transition démocratique à la suite du printemps arabe.

Le ministre des Affaires étrangères français doit arriver dimanche 15 juillet à Alger pour rencontrer son homologue algérien, Mourad Medelci. Il verra, lundi, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, pour un entretien dont l’objectif affiché est de donner une nouvelle tonalité aux relations bilatérales entre les deux pays.

S’il s’agit de préparer la visite du président Hollande, prévue pour la fin de l’année, Laurent Fabius devrait aussi évoquer le sujet brûlant d’une intervention armée au Mali voisin.

"Nous, ce qu’on demande, c’est que tous les pays de la région travaillent ensemble et se mobilisent pour trouver une solution au problème du terrorisme", affirme un porte-parole du Quai d’Orsay contacté par FRANCE 24.

Dix jours après les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, Laurent Fabius est particulièrement attendu par les Algériens sur un autre dossier : le lourd contentieux historique hérité de l’occupation coloniale française (1830-1962).

Repentance et réconciliation

Dans un message envoyé à l’Élysée à l’occasion de la fête du 14-Juillet, le président Bouteflika a appelé son homologue français à "exorciser le passé" et à faire "un examen lucide et courageux" de la guerre d’Algérie afin de renforcer les relations entre les deux pays. Ces dernières étaient restées relativement distendues depuis l’échec du projet de traité d'amitié franco-algérien initié par Jacques Chirac en 2003.

Cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie

Alors que les mémoires sont encore à vifs chez ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie (1954-1962), les signes précurseurs d’une forme de repentance française se sont multipliés ces derniers mois.

Le plus récent fut la lettre envoyée par François Hollande à Abdelaziz Bouteflika au début du mois de juillet, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance algérienne, dans laquelle le nouveau président français affirmait qu’ il y avait désormais la "place pour un regard lucide et responsable" sur le lourd contentieux colonial entre les deux pays.

De l’autre côté du spectre politique français, c’est l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin qui a exhorté le gouvernement socialiste à assumer cette histoire "douloureuse" en envoyant des "signaux forts" pour relancer les relations entre l’Algérie et la France.

"J’ai la conviction que la clé d’une nouvelle politique arabe de la France, c’est une nouvelle relation de la France et de l’Algérie fondée sur une réconciliation historique comme nous l’avons fait avec l’Allemagne", écrivait l’ancien Premier ministre dans une tribune publiée par "Le Monde" à la veille des festivités algériennes.

"Afghanisation" du Sahel

La mémoire des crimes commis pendant le conflit franco-algérien pourrait revenir d’autant plus facilement aux autorités françaises, qu’elles ont besoin de la coopération d’Alger pour faire face à une poussée islamiste sans précédent dans le Sahel.

Le nord du Mali – un territoire grand comme deux fois la France – a été conquis par un mouvement rebelle touareg appuyé par le groupe islamiste Ansar Dine en mars dernier, à la faveur d’un coup d’État militaire à Bamako.

Une intervention militaire extérieure est envisagée de plus en plus sérieusement depuis que les groupes islamistes, alliés à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), ont chassé les rebelles touareg et renforcé leur emprise sur les grandes villes du nord malien.

La possibilité et les modalités d’une telle opération militaire seront donc au menu des discussions entre Laurent Fabius et les responsables algériens, Paris comme Alger redoutant une prolifération djihadiste et une forme d’"afghanisation" du nord Mali.

Vers une intervention militaire?

L’enjeu pour Laurent Fabius consiste à convaincre l’Algérie, puissance militaire régionale, d’accepter une intervention militaire internationale à ses portes. Il y a un peu plus d’un an, Alger s’était opposé à une intervention occidentale en Libye en affirmant que la chute de Kadhafi déstabiliserait l’ensemble de la région – une prédiction devenue réalité au grand dam du Mali voisin.

Consciente de son image d’ancienne puissance coloniale, la France avance ses pions avec prudence afin de ménager les susceptibilités des pays de la région. Laurent Fabius a ainsi déclaré que toute "utilisation de la force" devrait être menée par des troupes africaines bénéficiant d’un soutien logistique international. L’éventuelle implication des forces spéciales françaises du COS, basées à Ougadougou au Burkina Faso voisin, reste taboue pour le moment.

Quant à l’Algérie, elle est longtemps restée arc-boutée sur ses positions, prônant une solution politique basée sur le "dialogue" entre tous les acteurs de la crise malienne. Si Paris et Alger parviennent à accorder leurs violons durant cette visite, Laurent Fabius pourra s’enorgueillir d’avoir posé un jalon important pour en finir avec ce que l’actuel chef de la diplomatie française a appelé le "Sahélistan".


 

Première publication : 15/07/2012

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