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Asie - pacifique

Un militaire afghan condamné à mort pour le meurtre des cinq soldats français

Texte par Dépêche

Dernière modification : 17/07/2012

Le militaire afghan qui a tué en janvier cinq soldats français dans la région de la Kapisa a été condamné à mort. L'attaque avait déclenché la décision du retrait anticipé des troupes françaises d'Afghanistan.

AFP - Le militaire afghan qui avait tué cinq soldats français dans une base militaire au nord-est de Kaboul a été condamné à mort, a annoncé mardi le ministère afghan de la Défense, six mois après cet incident qui avait poussé Paris à anticiper son retrait d'Afghanistan.

Le 20 janvier dernier, Abdul Sabor, 21 ans au moment des faits, avait ouvert le feu sur un groupe de formateurs français qui faisaient un footing, sans arme ni protection, à Gwam, en Kapisa, une province très infiltrée par la rébellion des talibans et placée à l'époque sous la responsabilité de l'armée française.

Quatre soldats français avaient été tués sur le coup et 15 autres blessés. Un cinquième était mort de ses blessures dans les semaines suivantes.

Dernier 14 juillet pour les soldats français en Afghanistan

Le soldat afghan a été condamné à mort par un tribunal militaire de la prison de Pul-i-Charki, près de Kaboul, a annoncé mardi à l'AFP le général Mohammad Zahir Azimi, porte-parole du ministère de la Défense, sans plus de détails. Selon une source judiciaire à Paris, il a été condamné à la pendaison.

Les exécutions de peine capitale sont toutefois rares en Afghanistan, dont le gouvernement est porté à bout de bras par des donateurs occidentaux qui les ont pour beaucoup abolies chez eux. Les deux dernières datent de juin 2011.

L'incident de Gwam avait provoqué la colère du président français de l'époque, Nicolas Sarkozy, qui l'avait jugé "inacceptable".

Quelques jours plus tard, il avait annoncé que les forces françaises combattant en Afghanistan seraient retirées du pays à fin 2013, au lieu de fin 2014 comme prévu pour l'ensemble de la force internationale de l'Otan (Isaf), sous la bannière de laquelle sont déployés les soldats français.

Son successeur François Hollande a depuis avancé à la fin 2012 le retrait des forces combattantes françaises, soient 2.000 sur un total d'environ 3.500 actuellement. Le rapatriement total du reste du contingent et du matériel doit suivre courant 2013.

La responsabilité de la Kapisa, dont les soldats français avaient la responsabilité depuis 2008, a été transférée le 4 juillet aux forces de sécurité afghanes. Une partie du contingent français reste toutefois déployée sur place.

Le meurtre des cinq Français était l'une des premières de ces attaques contre les troupes de l'Otan commises par des militaires et policiers afghans, de l'année 2012. Depuis lors, une vingtaine de soldats étrangers ont péri dans des circonstances similaires.

Dans un premier temps, l'ancien ministre de la Défense français Gérard Longuet avait attribué l'assaut à un "taliban infiltré", ce qu'aucune source afghane n'avait confirmé à l'AFP. Le président afghan Hamid Karzaï avait lui qualifié l'acte d'"isolé et individuel", sans jamais impliquer les talibans.

Ces mêmes rebelles, généralement très prompts à revendiquer toute attaque contre l'Otan, s'étaient contentés de saluer le geste d'un "soldat afghan patriote" et "courageux" qui avait su garder "la foi en l'honneur afghan et islamique".

La multiplication récente des attaques venant d'éléments des forces de sécurité afghanes complique la tâche de l'Otan, qui depuis des années forme à marche forcée les soldats et policiers afghans avec l'objectif de les voir assurer eux-mêmes la sécurité du pays à partir de la fin 2014.

Diverses révélations sur la personnalité d'Abdul Sabor ont aussi mis en lumière la quasi-impossibilité pour un Etat fragile comme l'Afghanistan d'effectuer une recrutement sécurisé de ses propres militaires et policiers.

Faute de disposer d'une carte d'identité, le tueur avait ainsi corrompu une première fois un recruteur, à hauteur de huit euros, pour se faire enrôler en 2011.

Puis il avait déserté après huit mois de service pour aller dans le nord-ouest du Pakistan, un des repaires des talibans, avant de se faire réintégrer dans l'armée en payant 12 euros au même recruteur.

Sabor était également connu pour sa violence. Selon une source policière, sa famille avait notamment porté plainte contre lui "parce qu'il avait attaqué son oncle à la hache".

Un temps interné à Kaboul, Abdul Sabor "se frappait et frappait les autres, ne laissant personne l'approcher", avait raconté son père Mohammad Noor au site américain McClatchy. Ce qui ne l'avait pas empêché d'être engagé à deux reprises.

Première publication : 17/07/2012

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