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Moyen-orient

"Assad ne pourrait pas rester au pouvoir sans contrôler Damas"

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 17/07/2012

Après 16 mois de révolte en Syrie, la capitale syrienne est à son tour le théâtre d'affrontements entre rebelles et soldats du régime. Khattar Abou Diab, chercheur en géopolitique, livre à FRANCE 24 son analyse sur la "bataille de Damas".

Pour la première fois depuis le début du conflit syrien en mars 2011, Damas s’enflamme. Les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) affirment avoir pris le contrôle de deux quartiers de la banlieue proche de la capitale syrienne et de violents combats sont engagés un peu partout aux abords de la ville.

Analyse de Khattar Abou Diab, chercheur en géopolitique et professeur à l’Université de Paris-Sud.

France 24 : Si les rebelles réussissent à prendre le contrôle de Damas, comment va réagir Bachar al-Assad ?

Khattar Abou Diab : Assad ne pourrait pas rester au pouvoir sans contrôler Damas. Ce n’est pas possible. Le scénario que je redoute, c’est qu’il se replie vers le littoral du nord de la Syrie, vers Jabal al-Alaoui, "la montagne alaouite" en arabe, une région majoritairement alaouite [religion du président syrien, minoritaire dans le pays, ndlr], et qu’il déclare l’indépendance de la région. Ce n’est pas impossible : Assad a une conception très clanique du pouvoir. Ce scénario d’une scission engendrerait une guerre civile atroce.

F24 : Comment expliquez-vous le soulèvement tardif de la capitale ?

K. A. D. :
Le pouvoir syrien est dominé par un homme, plus largement par un noyau familial, de confession alaouite. Pour gouverner, Hafez al-Assad [ancien président syrien et père de Bachar] s’est appuyé sur la bourgeoisie sunnite. Une partie de cette bourgeoisie et de la communauté alaouite, principalement installée à Damas et Alep, a largement tiré profit de cette alliance. C’est ce qui explique le silence relatif de ces deux villes depuis le début de la révolte.

F24 : Qu’est-ce qui a changé la donne ?

K. A. D. :
Principalement l’arrivée de réfugiés et de rebelles fuyant la répression du régime à Douma [ville située à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale]. Quand les combattants de Douma se sont repliés vers l’intérieur de Damas, ça a effrayé le gouvernement. Il a eu peur qu’ils préparent un front contre le pouvoir mais aussi de perdre le contrôle du camp palestinien, situé près du quartier al-Tadamone. C’est d’ailleurs le pouvoir, et non la rébellion, qui a commencé les hostilités dans la capitale.

F24 : Croyez-vous en une victoire des rebelles ?

K. A. D. :
Je pense qu’on n’est pas à la veille de la chute de Damas. Sans la défection de hauts officiers alaouites de l’armée syrienne, je ne crois pas qu’il y ait de victoire possible. Ce sont eux qui détiennent les clés d’une éventuelle victoire. Si ces officiers alaouites souhaitent que leur pays reste uni, ils doivent faire dissidence.

L’autre clé de la victoire, c’est le peuple. Dans toute guerre, même face à un déploiement considérable de force, c’est, à moyen terme, la volonté populaire qui finit par l’emporter. Le pouvoir pourrait tenir mais ne pourrait pas se maintenir. Et, aujourd’hui, on voit une partie de la population de Damas sortir pour soutenir la rébellion.

 

Première publication : 17/07/2012

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