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FRANCE

François Hollande lance un énième débat sur l'euthanasie

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 18/07/2012

Conformément à une promesse faite pendant sa campagne, le président français a chargé un spécialiste, le professeur de médecine Didier Sicard, de mener une mission de réflexion sur "la fin de vie".

Ces 20 dernières années, en France, nombre de rapports et de missions de réflexion sur la fin de vie ont été commandés par les gouvernements successifs. Signe que le débat reste d’actualité, François Hollande a confié, mardi 17 juillet, au professeur Didier Sicard le soin de mener une mission sur cette question. Au cours de sa campagne, le président français avait promis que "toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychologique insupportable et qui ne peut être apaisée, puisse demander dans des conditions précises et strictes à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité".

L’euthanasie, un tabou

Pas une fois François Hollande n’a prononcé le mot "euthanasie". Et ne l'a pas davantage dit mardi, lors de la conférence de presse donnée à l’issue d’une visite dans une maison médicale dédiée à la fin de vie et aux soins palliatifs. "Peut-on aller plus loin dans les cas exceptionnels où l’abstention thérapeutique ne suffit pas à soulager les patients aux prises avec une douleur irréversible et qui appelle un acte médical assumé au terme d’une décision partagée et réfléchie ?" s’est-il interrogé, paraphrasant le mot honni, mais ne parvenant pas à éviter la polémique.

L'euthanasie tolérée en Suisse

Jean-Luc Romero, président de l’Association du droit à mourir dans la dignité (ADMD), a regretté le choix d’une "énième mission relative à la fin de vie", se disant favorable à une consultation populaire sur la question. "Qu’il fasse un référendum ! Qu'il demande leur avis aux Français", s’est emporté ce fervent partisan du droit à l’euthanasie. Inversement, l’Alliance Vita pour le droit à la vie s’est, elle, inquiétée de "la dangereuse ambiguïté du chef de l’État" sur le sujet, tout en saluant la "prise de conscience de l’insuffisance des soins palliatifs" en France.

"Donner la parole aux Français"

Le professeur Didier Sicard, praticien réputé, a pour sa part assuré au journal La Croix qu’il souhaitait organiser "quatre ou cinq débats en province, un à Paris avec la volonté de donner la parole aux Français". "On connaît la position des 'sachants' mais pas forcément celle des Français, amenés à s’exprimer dans un cadre relativement large", a poursuivi le professeur, par ailleurs président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Pour l’heure, en France, seule la loi Léonetti réglemente la question du droit des malades et de la fin de vie. Adoptée en 2005, elle a proscrit l’acharnement thérapeutique et instauré le droit au "laisser mourir", qui permet au patient, dans des cas précis, de cesser son traitement et de soulager la douleur par des sédatifs, au risque d’entraîner la mort. Mais depuis son vote, spécialistes et médecins ne cessent de dénoncer les difficultés d’application de cette loi, en raison du manque de structure et de personnel formé.

À ce jour, la justice s’est montrée relativement clémente face aux affaires d’euthanasie. Dans la plupart des cas, les personnes qui ont aidé - par compassion - des malades à mourir, ont, au pire, été condamnées à de courtes peines de prison avec sursis.

Ces dix dernières années, deux affaires ont particulièrement ému l’opinion publique française. En 2003, Vincent Humbert, jeune homme devenu aveugle, muet et tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, meurt, aidé par sa mère, Marie Humbert, et le médecin de la famille, le docteur Frédéric Chaussoy. La mise en examen des deux derniers, qui aboutira à un non-lieu, suscite un vif émoi dans l’Hexagone. Quelques mois plus tard, le président d'alors, Jacques Chirac, charge Jean Leonetti, médecin et député, d’effectuer une mission parlementaire sur l’accompagnement de la fin de vie. Elle aboutit au vote de la loi Leonetti en 2005.

Le combat de Chantal Sébire

En 2008, le combat de Chantal Sébire relance le débat sur l’euthanasie. Cette enseignante de 53 ans est atteinte d’une tumeur rare et incurable déformant son visage et occasionnant d’atroces souffrances. Elle perd peu à peu l’odorat, le goût et la vue. Elle écrit au chef de l’État d’alors, Nicolas Sarkozy, et entame une action en justice pour obtenir le "droit de mourir dans la dignité". Sa demande est rejetée par un tribunal de Dijon, qui, en vertu de la loi Leonetti, ne lui accorde le droit qu’à des soins palliatifs. Chantal Sébire est retrouvée morte deux jours plus tard à son domicile, après avoir absorbé une forte dose de barbituriques.

En Europe, rares sont les pays qui ont légalisé l’euthanasie active. La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg se sont dotées de lois allant dans ce sens. En Suisse, l’aide au suicide est légale dès lors qu’elle est autorisée par un médecin. En revanche, en Grèce, Roumanie, Pologne et Irlande, toute forme d’aide à la mort est passible de lourdes peines de prison. Ailleurs en Europe, si l’euthanasie est interdite stricto sensu, des formes diverses d’aide à la mort sont autorisées, notamment l’arrêt de l’acharnement thérapeutique.

 

Première publication : 18/07/2012

  • FRANCE

    Le Sénat rejette la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie

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