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FRANCE

Cécile Duflot sifflée à l'Assemblée ou la chronique d'un sexisme ordinaire

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 19/07/2012

La ministre du Logement a été chahutée mardi à l'Assemblée en raison de sa robe à fleurs. Alors que Cécile Duflot s’apprêtait à prendre la parole, des exclamations se sont élevées des bancs du Palais-Bourbon.

Le machisme vit encore de belles heures, à en croire l’étonnante saynète qui s’est déroulée mardi 17 juillet en plein hémicycle de l"Assemblée. Alors que la ministre du Logement s’avance vers le micro afin de prendre la parole pour débattre d’un projet d’architecture du Grand Paris, Cécile Duflot est accueillie par les sifflets de certains députés de l’opposition. Visiblement consternée, la ministre n’en est pas moins décontenancée. Attrapant le micro d’une main, elle lance, en guise d’incipit : "Mesdames et messieurs les députés… Mais surtout messieurs visiblement".

L’épisode est d’autant plus regrettable que Cécile Duflot - déjà critiquée pour avoir porté un jean lors du premier Conseil des ministres du gouvernement Ayrault - n’échappait en rien aux règles de bienséance. La robe, passée à la loupe, ne laisse deviner aucun décolleté, tombe sous les genoux et ne dévoile même pas les épaules de la ministre. Malgré cette décence vestimentaire, le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, a dû intervenir pour réclamer le retour au calme.

"Simples sifflets"

Se défendant de toute misogynie, le député-maire UMP de Levallois, Patrick Balkany, justifie son attitude par sa grande "admiration" pour la gente féminine. "Nous n'avons pas hué ni sifflé Cécile Duflot, nous avons admiré", explique-t-il au "Figaro", assurant que "tout le monde était étonné de la voir en robe". Et de poursuivre : "D'ailleurs, peut-être avait-elle mis cette robe pour ne pas qu’on écoute ce qu’elle avait à dire".

Une justification reprise par son confrère Jacques Myard, député UMP des Yvelines. "Enfin, on peut regarder une femme avec intérêt sans que ce soit du machisme", martèle l’élu, estimant dans "l’Express" qu’il ne s’agit que de "simples sifflets" en hommage "à la beauté de cette femme".

Dans les années 1970, Michèle Aliot-Marie déjà avait fait les frais des railleries de ses confrères, lorsqu’elle arriva jambes couvertes à l’Assemblée nationale. Il est vrai que le port du pantalon pour les femmes à l'Assemblée - même s’il est largement banalisé dans la société - n’est officiellement autorisé que depuis 1980. À l'époque, ne perdant pas son sang froid, la députée avait répliqué à l'huissier qui tentait de l'empêcher d'entrer dans l'Hémicycle : "Si mon pantalon vous dérange tant que ça, je me propose de l’enlever dans la seconde".

Première publication : 19/07/2012

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