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L'ENTRETIEN

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Dernière modification : 01/08/2012

Teddy Riner, quintuple champion du monde de judo

Xavier Chemisseur reçoit Teddy Riner, judoka médaillé de bronze aux JO de Pékin en 2008 dans la catégorie +100kg et grand espoir français des JO de Londres 2012. Il revient sur sa préparation et sa perception des jeux, un "paradis pour les sportifs".

C'est un judoka hors norme. Un champion XXL. Un grand sourire posé sur un corps de géant. Un palmarès incroyable, à seulement 23 ans. Du haut de ses 2m04, Teddy Riner s'est imposé comme l'un des plus grands noms du judo. Un roi des tatamis dans la reine des catégories, les "lourds", comprenez les plus de 100 kilos. Dès ses premiers pas chez les séniors, Riner a imposé sa marque en remportant le titre mondial après avoir éteint, en demi-finale, la star de l'époque, le Japonais Kosei Inoue.

Nous sommes en 2007, c'est le début d'une avalanche de succès qui fait de lui l'un des plus grands sportifs de son époque : cinq titres mondiaux - un record - accompagnés de deux titres européens.

Aujourd'hui, seule manque à son palmarès la plus belle des médailles : l'or olympique. Alors, autant dire que la date du 3 août prochain est soigneusement marquée dans son agenda. En une journée, sa carrière peut prendre une toute autre dimension : "J'ai hâte que ça commence, ça fait quatre ans que je me prépare, glisse-t-il plein de gourmandise en exclusivité sur FRANCE 24. On m'en parle tout le temps. Moi-même, j'y pense, j'en rêve, j'en cauchemarde, et ça commence à peser. J'ai pensé à tous les scénarios possibles. Je l'ai vue, revue cette journée... Il y a beaucoup de scénarios possibles : la victoire comme la défaite. Tout se joue sur une journée : une catégorie par jour, ça va très très vite : dix minutes entre chaque combat. Tout peut arriver : les autres, en face, auront aussi faim que moi..."

Cinq fois champion du monde

Teddy Riner parle en connaissance de cause. Il était déjà l'un des plus grands espoirs de médaille à Pékin, il y a quatre ans. Mais un "non-combat" au troisième tour de la compétition avait ruiné en quelques minutes ses rêves les plus fous.

Ce jour-là, le Guadeloupéen retrouve un Ouzbek, Abdullo Tangriev. Les deux hommes se connaissent, mais l'adversaire du Français, en refusant le combat, se joue des pronostics et remporte le quart de finale. Riner connaît la plus lourde défaite de sa carrière, la première à ce niveau de compétition. Un souvenir encore douloureux mais qui lui a permis de poursuivre sa progression : "On ne peut pas parler d'échec. J'étais encore junior, alors j'étais à la fois content de ramener une médaille et déçu de rater la médaille d'or. Mais ça m'a permis d'apprendre et de me construire, d'évoluer, d'apprendre de mes erreurs, de tous mes défauts de jeunesse".

Le Français se remet très vite en question. Enchaînant trois victoires, il parvient toutefois à obtenir une médaille, à la faveur des repêchages. Le bronze, quand l'or lui tendait les bras...

Depuis quatre ans, Teddy le confirme, il ne vit que pour les JO, que par eux : "Les Jeux, ça dépasse une Coupe du monde, ça dépasse tout. C'est le paradis des sportifs et là, en plus, il y a moyen d'aller chercher une médaille d'or. Je suis cinq fois champion du monde, mais cette médaille c'est un rêve, une consécration, l'aboutissement de tout un travail. Après, il n'y a rien..."

"Objectif or"

L'or olympique, une obsession. Cette médaille ferait de lui l'égal de David Douillet, élu judoka du siècle l'an dernier. Un exemple, comme tant d'autres, qui l'ont fait rêver, enfant, devant son poste de télévision : "Il y a des souvenirs de gamin, des flashes qui me reviennent, David Douillet qui exulte, Marie-Josée Pérec en train de franchir la ligne d'arrivée... Tous ces champions qui ont eu la larme à l'œil, qui ont vibré autour des Jeux olympiques et qui ont donné à des jeunes comme moi l'envie de se dépasser".

À 23 ans, Riner a déjà tout connu : les titres mondiaux, les honneurs, les sollicitations et les contrats publicitaires. Récemment, une biographie lui a été consacrée. Il est même devenu héros d'une bande dessinée sobrement intitulée "Objectif or".

Mais, pour atteindre cet objectif, le champion n'a pas le droit à l'erreur : il lui faut quatre victoires, au minimum, pour pouvoir laisser éclater sa joie sur les tatamis. Cette fois, Abdullo Tangriev ne sera pas là pour l'empêcher de réaliser son rêve : l'Ouzbek a écopé de deux ans de suspension pour usage de cannabis, le mois dernier.

Attention en revanche à ne pas se laisser déconcentrer : en arrivant à Londres, le géant s'est aperçu qu'il avait oublié de mettre dans sa valise l'un des deux kimonos officiels demandés pour la compétition. Chaque judoka doit, en effet, disposer d'un kimono blanc et d'un kimono bleu pour combattre. Le bleu manquait à l'appel à 48 heures de la cérémonie d'ouverture, si bien que sa mère a dû contacter la fédération et lui envoyer dans la foulée...

Pour Teddy, en effet, le prochain défi après les Jeux, c’est de trouver un appartement et s'installer chez lui, pour de bon. Car, pour l'heure, il habite toujours chez ses parents.

Par Xavier CHEMISSEUR

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