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Afrique

En France, les partisans de Laurent Gbagbo demandent justice

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 26/07/2012

Alors que le président Alassane Ouattara doit être reçu par François Hollande, les partisans du camp Gbagbo demandent à la France de saisir la Cour pénale internationale pour enquêter sur les crimes qui continuent d’être perpétrés à l’ouest du pays.

L'intervention de la force française Licorne avait été décisive pour mettre un terme à la crise postélectorale, qui avait fait  quelque 3 000 morts entre décembre 2010 et avril 2011, et permettre l'installation au pouvoir d'Alassane Ouattara, élu face à Laurent Gbagbo.

Tandis que le président ivoirien doit être reçu, jeudi, pour la première fois par François Hollande, pour évoquer - entre autres -  les relations étroites et tumultueuses entre la France et la Côte d’Ivoire, ce sont justement ces violences que les Ivoiriens de France partisans du président déchu souhaiteraient voir arriver sur la table diplomatique.
Le président ivoirien Alassane Ouattara a rencontré jeudi matin le président François Hollande, à l'Élysée. L'avenir des relations entre les deux pays et la crise au Mali ont été au cœur des discussions.


Selon eux, de nouvelles relations entre les deux pays ne peuvent se construire sur des crimes impunis : "Les intérêts de la France en Côte d’Ivoire restent ce qu’ils sont. Mais la collusion entre les autorités françaises et le gouvernement d’Alassane Ouattara doit cesser. François Hollande a promis le changement, cela doit inclure sa politique internationale", a déclaré à FRANCE 24 Toussaint Allain, ancien conseiller de Laurent Gbagbo.
 
"Il faut que la France saisisse la CPI"
 
Des ressortissants franco-ivoiriens originaires de Duékoué, réunis au sein de l’association Ardefe, demandent à la France de saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour qu'elle enquête sur les crimes commis à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Le 29 mars 2011 notamment, un millier de personnes ont été tuées à Duékoué, selon l’Onuci, lors d’un assaut mené par les forces pro-Ouattara.

"Notre but est de faire en sorte que les massacres s’arrêtent et que la France saisisse la CPI pour enquêter sur les crimes commis par les deux bords. Si la justice est hémiplégique, le pays ne pourra pas se reconstruire", estime Basile Besnard, avocat de l’Ardefe, qui a envoyé sa requête au ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, mardi 23 juillet.

Une enquête de la CPI a pourtant déjà été lancée le 3 octobre dernier. Alassane Ouattara, qui avait plaidé lors de son investiture pour la mise en place d’une "commission vérité et reconciliation", avait demandé à Luis Moreno Ocampo, alors procureur de la CPI, de "mener des enquêtes indépendantes et impartiales sur les crimes les plus graves commis depuis le 28 novembre 2010 [date du second tour de l’élection présidentielle, ndlr] sur l’ensemble du territoire ivoirien".

Une justice à deux vitesses ? 
 
En faisant appel à la CPI, il espérait échapper aux critiques l'accusant d'imposer une justice de vainqueur, comme le rappelait le 8 juillet sur l’antenne de RFI Guillaume Soro, ancien Premier ministre de Ouattara et actuel président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire : "Pour ne pas, justement, être accusé d’avoir une justice des vainqueurs, nous avons fait appel à la Cour pénale internationale, […] on ne peut pas soupçonner la CPI d’être complaisante ou de choisir... Jusqu’à présent, la CPI a été appelée à venir faire des investigations en Côte d’Ivoire. La CPI n’a, à ma connaissance, émis que quatre mandats [d'arrêt, ndlr]".

Quatre mandats, tous émis contre le camp Gbagbo. Soupçonné de crime contre l’humanité, Laurent Gbagbo a lui-même été arrêté puis incarcéré en novembre 2011 à La Haye ;  il doit comparaître le 13 août devant la CPI pour la confirmation des charges qui pèsent contre lui. Plus de 176 de ses partisans ont également été inculpés. Mais selon un communiqué du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme (HCDH), en date du 24 juillet, aucun partisan de l'actuel président, Alassane Ouattara, n'a été arrêté.
 
"Alassane Ouattara a promis la justice pour tous mais en fait c’était pour tous les pro-Gbagbo ! Ouattara n’a pas le même sens de la justice que le commun des mortels. Il est dans une politique de vengeance et non de réconciliation. Sa justice est celle des vainqueurs. Pourquoi la CPI ne met pas Ouattara devant ses responsabilités ?", s’insurge Toussaint Alain.

Les méthodes de la CPI mises en causes

Pascal Turlan, conseiller du procureur de la CPI, balaye ces accusations, estimant que  "parmi les allégations de crimes, certains incombent au camp Gbagbo, d’autres au camp Ouattara". Pour preuve de bonne foi, la chambre préliminaire de la CPI a autorisé, en février 2012, le bureau du procureur à élargir son enquête aux crimes commis avant le 28 novembre 2010, afin d'inclure ceux qui ont été perpétrés en Côte d'Ivoire depuis 2002 - comme demandé par les partisans de Laurent Gbagbo.

Mais c’est moins l’impartialité de la CPI qui pose question que ses méthodes : elle a en effet décidé de procéder par étapes successives pour ses enquêtes, se penchant d’abord sur le camp Gbagbo, avant d’enquêter sur les crimes perpétrés par les forces pro-Ouattara. "Cette décision de la CPI n’a fait que renforcer le sentiment d’une justice des vainqueurs. Aussi longtemps que la justice restera unilatérale, les plaies communautaires profondes dans le pays seront ravivées", écrit dans un communiqué du 19 juillet Matt Wells, chercheur pour l'ONG Human Rights Watch. Maître Basile Besnard met de son côté l’accent sur la perte de temps : "Pendant que l’on enquête sur le camp Gbagbo – ce qui est très bien – les exactions se poursuivent", poursuit l’avocat.

Au moins sept personnes, selon l'ONU, ont été tuées le 20 juillet dans le camp de déplacés de Nahibly; un chiffre porté à neuf selon des sources locales et à plus de 200 selon les partisans de Laurent Gbagbo. Le camp, sous surveillance de l’ONU, a été détruit en représailles à la mort de cinq personnes dans un quartier malinké de la ville voisine de Duékoué. Un crime imputable aux forces d’Alassane Ouattara selon Toussaint Alain ; aux divisions ethniques et religieuses selon Alassane Ouattara. La justice devra trancher. Et vite.

Première publication : 25/07/2012

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