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Economie

La délocalisation de centres d'appels du Stif embarrasse le gouvernement

Vidéo par France 2

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 28/07/2012

L'autorité organisatrice des transports en Île-de-France a décidé de délocaliser ses plateformes téléphoniques au Maroc, menaçant 80 emplois en France. Un choix embarrassant pour le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

À la suite d’un appel d’offres, le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon en sa qualité de président de la Région Île-de-France, a indiqué que ses services téléphoniques d’assistance clientèle seraient transférer à un sous-traitant installé au Maroc.

À partir du 1er mars 2013, tous les appels destinés à l’Agence solidarité transport, qui renseigne les bénéficiaires de la CMU et du RSA sur leurs tarifications et droits spécifiques, seront pris en charge par des téléopérateurs marocains. Détenu depuis 2006 par la société Webhelp, le marché aurait été repris, selon des sources FRANCE 24 exclusives, par Atos Origin, deuxième société française de services en ingénierie informatique, dirigée depuis 2008 par l’ex-ministre de l’Économie, Thierry Breton (2005-2007). Également ancien patron de Bull et Thomson, Thierry Breton est connu pour être un adepte du "cost killing",  technique de réduction drastique des coûts qui permet d'améliorer la productivité des entreprises. 
 
Jean-Paul Huchon a jusqu’à ce samedi 28 juillet pour changer d’avis sur l’attribution de ce marché public discrètement signé en conseil d’administration du Stif le 11 juillet. La délocalisation, si elle a lieu, devrait se traduire par la suppression de 80 emplois en France.
 
Une affaire qui tombe mal pour Montebourg
 
Une semaine après la charge violente d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, contre les délocalisations des centres d’appel à l’étranger, l’annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Informé depuis le 11 juillet par une lettre signée de la main de Jean-Paul Huchon qui lui indiquait que le Stif "n’a pas eu le choix", le ministre était jusqu'à maintenant resté discret sur le sujet qui risquait de faire tâche en pleine affaire PSA Peugeot Citroën, qui a annoncé le 12 juillet un plan drastique de réduction de ses effectifs.
 
"Le Stif n'a eu d'autre choix que d'attribuer le marché à une entreprise dont le centre de traitement et d'appels est situé au Maroc évidemment moins-disante que sa concurrente dont le centre de gestion est implanté sur le territoire français", avait souligné Jean-Paul Huchon, dans un courrier dont l’AFP a obtenu une copie.
 
Vendredi matin, Aranud Montebourg est finalement sorti de son silence. Interviewé sur Europe 1, il a demandé à Jean-Paul Huchon de "reconsidérer sa décision  en remettant l’appel d’offres sur le métier". Le ministre souhaite rapatrier certains centres d’appels marocains en France. "Nous nous battons pour relocaliser les emplois, ce n'est pas pour qu'on les délocalise", a-il ajouté.
 
Cette attribution n’a en tout cas pas mis longtemps à semer le trouble au sein du gouvernement. Vendredi, François Hollande a affirmé que les "règles [avaient] été respectés" par le Stif et a rejeté la "surenchère protectionniste." Le chef de l’État a néanmoins précisé que tout devait être fait pour favoriser l’emploi en France. De son côté, Jean-Paul Huchon a notifié par communiqué qu’il "étudiera toutes les voies légales".
 
"Le code des marchés publics a été respecté"
 
La déclaration du chef de l’État n’a fait que conforter le Stif. Contacté par France 24, il "ne nie pas que cela pose un problème politique, mais le code du marché public a été respecté". Dans un communiqué diffusé vendredi, il a précisé que "la rédaction actuelle du code des marchés publics, issue des directives européennes, ne permet pas de favoriser l’exécution de prestations sur le territoire national voire européen". 
 
Aucune entrave au code des marchés publics, certes, mais la pilule a du mal à passer pour Webhelp, la société qui a perdu le marché. Si Jean-Paul Huchon ne revient pas sur sa décision d’ici samedi, "nous n’aurons pas d’autre choix que de faire un plan de sauvegarde de l’emploi", a indiqué Philippe Jousset, co-président de Webhelp, au quotidien Le Parisien. "Le premier critère (du Stif) pour sélectionner le dossier, c'est le prix”, rappelle-t-il avant d'ajouter qu'au Maroc un centre d’appels coûte environ deux fois moins cher qu’en France : 14 euros pour une heure de centre d’appels au Maroc, contre 28 euros dans l'Hexagone.
 
Webhelp possède deux centres téléphoniques employant 80 personnes, situés à Saint-Avold (Moselle) et Fontenay-le-Comte (Vendée), deux villes de moins de 20 000 habitants. La "société est le plus gros employeur de ces villes", selon son patron, qui estime que "des critères d’intérêt général, tel que la sauvegarde de l’emploi, devraient être pris en compte".
 
Si Arnaud Montebourg, qui a indiqué qu'il recevra Jean-Paul Huchon pour "étudier  avec lui les évolutions du code des marchés publics nécessaires pour mieux prendre en compte les conditions de localisation", les règles européennes ne peuvent être si facilement changées. Une contrainte difficile à gérer pour le gouvernement, confronté à une vague de plans de suppressions d'emplois, qui ont contribué à amener le chômage français à son plus haut niveau depuis août 1999.

Première publication : 27/07/2012

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