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Moyen-orient

Kofi Annan, échecs et mat en Syrie

©

Vidéo par Christophe DANSETTE

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 04/08/2012

En jetant l’éponge, le médiateur de l’ONU met en lumière non pas un échec personnel à mettre un terme au bain de sang en Syrie, mais plus largement la défaite d’une diplomatie en perte de vitesse.

Il avait beau y croire, la bataille était perdue d’avance. Visiblement un peu secoué, la voix légèrement tremblante, Kofi Annan a annoncé jeudi qu’il renonçait au poste de médiateur international pour la Syrie, cinq mois après avoir été nommé. Un échec personnel pour l’ancien secrétaire général de l’ONU mais plus largement une défaite pour la diplomatie onusienne, totalement dépassée et phagocytée par son fonctionnement.

"J'ai fait de mon mieux", a déclaré Kofi Annan lors d'une conférence de presse, jeudi à Genève. "La militarisation croissante sur le terrain et le manque évident d'unité au sein du Conseil de sécurité ont fondamentalement changé les circonstances pour l'exercice effectif de mon rôle", a regretté l'ancien chef de l'ONU.

La mission de Kofi Annan était surnommée la "mission impossible"

La dernière mission du Ghanéen de 74 ans, pourtant rompu à l’exercice de la négociation, se solde donc avec un brin d’amertume. Kofi Annan ne s’attendait sans doute pas quitter la scène internationale par la petite porte.

Une longue carrière onusienne

Son parcours à l’ONU débute en 1962. A cette date, il commence à travailler au sein de l’administration, auprès de l’Organisation mondiale de la santé. Jusqu’en 1997, date de sa nomination au poste de Secrétaire des Nations unies, il enchaîne les postes à Genève, Addis-Abeba, New York. Ses bons offices sont mis à contribution pour résoudre plusieurs situations politiquement délicates. Presque toujours en vain. Car la liste des échecs diplomatiques de Kofi Annan est longue.

Entre 1992 et 1995, le chef des opérations de maintien de la paix assiste, impuissant, à la débâcle somalienne, rappelle Frédéric Eckhard, porte-parole de Kofi Annan pendant huit ans, dans une biographie publiée en 2009, "Monsieur Kofi Annan".

"J’aurais dû faire plus pour tirer la sonnette d’alarme"

En 1994, le secrétariat général de l’ONU ne parvient pas à empêcher le génocide rwandais. En cent jours, 800 000 personnes, principalement de la minorité tutsie, meurent alors sous le regard d'une communauté internationale inerte. Principal reproche fait à Kofi Annan ? Ne pas avoir pris en compte le télégramme du général Roméo Dallaire, le commandant des forces de maintien de la paix qui l’alertait sur des caches d’armes hutus. "Je crois que je faisais de mon mieux à l’époque", a reconnu Kofi Annan des années plus tard, rappelle le First Post. “Mais, après le génocide, j’ai compris que j’aurais pu et j’aurais dû faire plus pour tirer la sonnette d’alarme et obtenir des soutiens”.

En 1995, nouvelle hécatombe mais en Bosnie cette fois : le massacre de Srebrenica. Plus de 8 000 hommes, femmes et enfants bosniaques sont exécutés par l’armée serbe, à quelques encablures d’un camp de réfugiés installé par les Nations unies dans une Yougouslavie en guerre.

"Le pire moment a été la guerre en Irak"

Si ces désastres ont eu raison de Boutros Boutros-Ghali, alors Secrétaire général des

Les réactions face à la démission de Kofi Annan

Le régime syrien a exprimé ses "regrets" après cette démission et accusé les "Etats qui cherchent à déstabiliser la Syrie" d'avoir "entravé" la mission de M. Annan, en allusion à l'Occident, à la Turquie et aux pays du Golfe critiques du régime.

Le président russe Vladimir Poutine l'a aussi jugée "très regrettable", mais Washington a accusé la Chine et la Russie d'être responsables de sa démission.

La Chine a elle "regretté" la démission de M. Annan et assuré que Pékin allait continuer de "travailler à une solution politique" au conflit

Paris a estimé que cette décision "illustre l'impasse dramatique du conflit" et la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton a demandé la nomination urgente d'un successeur à M. Annan. (AFP)

Nations unies, ils permettent à Kofi Annan de lui succéder en 1996. Soutenu par l’administration du président américain Bill Clinton, Kofi Annan tente de régler pacifiquement la question irakienne en se rendant à Bagdad en 1998. Il fait alors promettre à Saddam Hussein d’ouvrir tous les sites suspectés d’abriter des armes de destruction massive aux inspecteurs de l’Unscom, la commission spéciale du désarmement de l'ONU. En vain.

"Je pense que le pire moment a été la guerre en Irak, que nous ne sommes pas parvenus, en tant qu'organisation, à éviter, et vraiment j'ai fait tout ce que j'ai pu pour tenter de voir si nous pouvions l'éviter", avait reconnu Kofi Annan quelques jours avant la fin de son mandat en 2006. Interrogé sur ses plus grands succès et sur les pires moments de son mandat, le secrétaire général de l’ONU avait également évoqué le programme "pétrole contre nourriture", rappelle le site Tunisia today.

Le traumatisme du programme "pétrole contre nourriture"

"Je pense que quand les historiens examineront mes résultats, ils estimeront que certes il y a eu des mauvaises gestions,et plusieurs membres du personnel de l'ONU ont été impliqués. Mais si scandale il y a, il a eu lieu (..) au sein des 2 200 entreprises qui ont passé des accords avec Saddam (Hussein) derrière notre dos. Et bien sûr, j'espère que les historiens verront autre chose de l'ONU que le seul programme pétrole-contre nourriture".

En 1996, ce programme onusien destiné à satisfaire les besoins humanitaires du peuple irakien, sous embargo après la première guerre du Golfe, a été dévoyé. Grâce à un vaste système de contrebande de pétrole et de pots de vin, Saddam Hussein a détourné près de 64 milliards de dollars, en arrosant au passage des sociétés étrangères mais aussi des fonctionnaires du programme. Le fils de Kofi Annan, Kojo, a d’ailleurs été soupçonné d’avoir utilisé des contacts de l’ONU à son profit.

Mais le bilan de son action n’est pas si négatif. Loin de là. En 2001, conjointement avec l’ONU, Kofi Annan a reçu le prix Nobel de la paix pour un monde mieux organisé et plus pacifique. Autre temps fort, le conflit au Kenya en 2007. Le secrétaire général de l’ONU parvient à mettre un terme à la spirale de la violence entre les différentes ethnies engendrée par l’élection présidentielle .

Une mission impossible en Syrie

En Syrie, la doctrine Annan n’a malheureusement pas pris. Loin d’être une question de personne, sa mission était vouée à l’échec. "Il était confronté à une division du Conseil de sécurité et à la défiance d’un interlocuteur privilégié depuis que l’opposition refuse de dialoguer avec lui", analyse sur France24 Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève.

"Il était prévisible qu’il jette l’éponge. Beaucoup de capitales européennes, dont Paris, avaient demandé à Kofi Annan de bien réfléchir et de travailler sa feuille de route. Elle a été acceptée alors qu’elle était floue, vague mais surtout après l’échec du premier plan de paix avec ses six points (le plan de paix prévoyait notamment une cessation des combats et une transition politique, NDLR ). Il n’a pas été appliqué par le régime syrien et Kofi Annan est allé au-delà avec sa feuille de route. Il a trop cru aux promesses de Bachar al-Assad. C’était le rêve de trop", insiste le politologue.

"Nous serons obligés de travailler en dehors du Conseil de sécurité"

Au-delà de l’échec de Kofi Annan, cette démission vient ternir un peu plus l’image de l’institution onusienne, déjà en perte de crédibilité. Créée pour empêcher les désaccords entre les États, l’ONU est aujourd’hui paralysée par des règles qui ne peuvent s’appliquer à des conflits internes aux pays. Depuis quinze mois, les veto russes et chinois empêchent toute résolution contraignante contre leur allié syrien.

"Il y a un véritable gouffre entre d’un côté, les positions des Russes et des Chinois qui ont décidé de soutenir jusqu’au bout le pouvoir de Bachar al-Assad et qui refusent toute pression même modérée sur le régime, et l’ensemble du Conseil de sécurité", regrette Gérard Araud, ambassadeur de France à l’ONU, interrogé par France24. "Nous serons obligés de travailler en dehors du Conseil de sécurité. Il faut organiser l’opposition pour qu’elle donne les garanties aux minorités, que le peuple syrien lui fasse confiance et qu’on commence la transition dans ce pays".

Une troisième voie dans laquelle les États-Unis se sont d’ores et déjà engagés. Barack Obama aurait signé une directive secrète autorisant les services secrets américains à aider les rebelles à renverser le régime.

Première publication : 03/08/2012

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