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FRANCE

Christiane Taubira, ministre de la Justice dans le viseur de la droite

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 08/08/2012

Depuis son entrée au gouvernement Ayrault, la nouvelle garde des Sceaux subit les attaques virulentes de l'ancienne majorité présidentielle. Christiane Taubira, qui souhaite mener une politique fidèle aux principes de la gauche, ne cille pas.

Christiane Taubira, 60 ans, économiste de profession, est considérée comme un électron libre dans le milieu politique. Elle a débuté sa carrière comme militante indépendantiste, avant de fonder en 1993 le parti Walwari ("éventail", dans une langue amérindienne), qu’elle préside depuis. Sa nomination à la chancellerie était l’une des surprises du premier gouvernement du quinquennat de François Hollande. Immédiatement sa personnalité concentre des attaques violentes de la droite, qui en fait un symbole de la naïveté et du "laxisme" supposé de la gauche. Pendant la campagne des législatives, Jean-François Coppé avait mis en garde les électeurs tentés par le vote FN en affirmant que "quand on vote Front national, on a la gauche qui passe" et "on a Taubira".

"Christiane Taubira n'est pas gentille, elle n'a rien d'angélique. Elle est dure, autoritaire", assure dans "Libération" l'historien Pascal Blanchard, ami de la ministre. C’est sans doute pour cela qu’elle a été nommée à la chancellerie, ministère mis à mal sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Depuis sa nomination, elle tente de regagner la confiance des magistrats et des avocats, sérieusement ébranlés par la réforme de la carte judiciaire entreprise par le précédent gouvernement, qui a réduit considérablement le nombre de juridictions.

Sous le feu de la critique

Mardi 7 août, dans une interview accordée à "Libération", Christiane Taubira déclare vouloir "sortir du fantasme des centres éducatifs fermés". Pourtant, le candidat François Hollande avait promis d’en doubler le nombre. Le secrétaire national de l'UMP, Philippe Juvin, a immédiatement appelé le président à "recadrer" la ministre, évoquant "une grave rechute de laxisme" de Christiane Taubira. L’extrême droite non plus n’est pas tendre avec la garde des Sceaux. Wallerand de Saint-Just, membre du bureau national du parti d'extrême droite dénonce "une sorte de fascination envers le délinquant et le criminel".

Depuis la nomination du gouvernement Ayrault, Christiane Taubira est devenue la cible principale de l’UMP. Peu après sa prise de fonctions, lorsqu’elle confirme l’intention du gouvernement de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, taxe Christiane Taubira d'"angélisme". Peu après, pendant la campagne des législatives, les attaques étaient si virulentes que Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, en venait à déplorer : "Avant même que Mme Taubira n'ouvre la bouche, l'UMP l'avait déjà attaquée". Et d’évoquer le souvenir de Robert Badinter, ministre de la Justice de François Mitterrand, lui-même pris pour cible politique dès sa prise de fonctions, en 1981, pour sa volonté d'abolir la peine de mort.

"Une volonté de fer"

Ce qui chagrine sans doute à droite, c’est la volonté de Christiane Taubira de détricoter une bonne partie de l’héritage sarkozyste en matière pénale : la création de tribunaux correctionnels pour les mineurs de 16 à 18 ans et l’introduction d'un jury populaire, toujours en correctionnelle, opération jugée coûteuse et chronophage pour les magistrats. La ministre entend, en outre, restaurer le principe de l’individualisation des peines et lutter contre la surpopulation carcérale. Au mois d’avril, les prisons françaises comptaient 67 161 détenus pour environ 57 000 places. En cause : les peines plancher qui contribueraient à remplir les cellules de petits délinquants. Dans ses déclarations, la garde des Sceaux relativise donc l’intérêt des courtes peines de prison. Le ministère de la Justice peaufine un projet de circulaire développant les mesures alternatives à l’emprisonnement.

Quand elle n’encaisse pas les coups sans broncher, Christiane Taubira répond sèchement, par exemple sur son blog : "Ce tapage (…) se veut intimidant mais ne saurait occulter l'essentiel." "Ils peuvent toujours la taper, ces cons, elle est inébranlable!", confiait Bernard Tapie à L'"Express". "Elle a une volonté de fer et des convictions qu'elle défend en se battant", expliquait-il en mai. L'actuelle ministre de la Justice fut la colistière de l'homme d'affaires et ancien ministre aux élections européennes de 1994.

Novice sur les questions de justice, Christiane Taubira s’appuie sur son caractère. Ce qui lui a valu quelques différends avec sa ministre déléguée, Delphine Batho, elle aussi forte tête. À l'occasion du premier remaniement ministériel, cette dernière a été réorientée vers le ministère de l'Écologie. Interrogée par "Libération", ce mardi, sur le démantèlement des camps de roms, elle renvoie prestement la question vers Manuel Valls, son collègue de l'Intérieur. La Guyanaise est entrée à la chancellerie en conservant son franc parler. Une femme à poigne qui veut marquer son passage au ministère de la Justice en menant sur le terrain sécuritaire une politique fidèle aux principes de la gauche, sans céder aux pressions de la droite. Cette dernière ayant remporté les deux précédents scrutins présidentiels sur les questions de sécurité.

 

Première publication : 07/08/2012

  • FRANCE

    Christiane Taubira, garde des Sceaux "indépendante"

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