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Afrique

Quels sont les groupes armés qui sévissent dans l'est de la RDC ?

Vidéo par Alexander TURNBULL

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 08/08/2012

Un sommet est organisé, ce mardi, en Ouganda pour tenter d'enrayer la violence que font régner de nombreuses factions dans l’est de la RD Congo. Tour d'horizon des groupes armés qui s'affrontent dans la région.

Les chefs d’État de la région des Grands Lacs (RD Congo, Congo-Brazzaville, Rwanda, Ouganda, Angola, Kenya, Soudan, Burundi, Centrafrique, Tanzanie, Zambie) se réunissent, ce mardi, à Kampala, la capitale ougandaise, pour tenter de mettre sur pied une "force neutre" chargée "d'éradiquer " les groupes armés actifs qui sévissent, depuis plusieurs années, dans l'est de la RD Congo (RDC).

Les explications du directeur d'International Crisis Group pour l'Afrique centrale, Thierry Vircoulon

Le président de la RDC, Joseph Kabila, et son homologue rwandais, Paul Kagame, principaux acteurs - et rivaux - de ce sommet crucial censé mettre un terme à l’instabilité en RDC, s’accusent mutuellement de soutenir les nombreuses factions qui s’affrontent depuis plusieurs années dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, ainsi que dans le district de l’Ituri, au détriment de la population congolaise, première victime de ces combats. Qui sont exactement ces groupes armés ? État des lieux.

  • Le M-23

Apparu au mois d'avril dernier, le M-23 (Mouvement du 23-Mars) est principalement composé de membres de l'ex-rébellion pro-tutsie du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, arrêté au Rwanda en janvier 2009, qui réclament officiellement l'application d'un accord de paix signé le 23 mars de cette année-là avec les autorités de Kinshasa.

Ces derniers estiment, en effet, que le gouvernement congolais n'en a pas respecté les termes, parmi lesquels l'intégration des ex-rebelles dans l'armée régulière congolaise (les Forces armées de RD Congo, FARDC), la reconnaissance de leur grade et l'"intégration politique des membres du CNDP au sein du gouvernement central" en échange de la fin des hostilités.

La RDC et certains experts de l'ONU accusent aujourd'hui le Rwanda et l'Ouganda de soutenir le M-23, ce que les deux pays nient formellement. Depuis plusieurs mois, le mouvement menace d'envahir Goma (la capitale de la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC).

  • Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)

Ce mouvement, fondé en 2000, regroupe des rebelles rwandais hutus affirmant défendre les intérêts des Hutus réfugiés en RDC à la suite du génocide de 1994. Selon la plupart des observateurs, une partie de ses membres, issus de l’Armée de libération du Rwanda, est néanmoins impliquée dans l'extermination des Tutsis.

En signe d’apaisement, Joseph Kabila, le président congolais - dont le pays a régulièrement été accusé par Kigali de les avoir soutenus -, a autorisé en 2009 les troupes rwandaises à pénétrer sur le sol congolais pour traquer les FDLR. Une initiative qui n’a cependant jamais permis d’apaiser les relations entre les deux pays, le Rwanda n’ayant jamais cessé d’accuser Kinshasa de continuer à soutenir les rebelles.

Selon plusieurs rapports de l’ONU, les viols de masse, massacres et autres atrocités commis par les rebelles du FDLR, mais aussi par les troupes gouvernementales, sont monnaie courante dans la région.

  • Les milices Maï Maï

Présents notamment dans le Nord et le Sud Kivu, les groupes armés Maï Maï (littéralement "eau eau"), divisés en plusieurs milices (Patriotes résistants congolais, Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain…), sont des combattants formés et dirigés par des seigneurs de guerre, des chefs tribaux traditionnels, des chefs de village, ou des leaders politiques locaux.

L’origine de leur formation reste floue mais on attribue leur apparition à l’instabilité de l'est de la RDC qui amena les habitants des villages de la région à se constituer en milices pour se protéger. Selon une légende soigneusement entretenue par ces guerriers, les Maï Maï auraient la capacité, grâce à un rituel magique, d'être invulnérables aux armes à feu...

  • L’Armée de résistance du Seigneur (LRA)

L'Armée de résistance du Seigneur (LRA) a été fondée à la fin des années 1980 par Joseph Kony, dans le nord de l’Ouganda. L’objectif du mouvement était alors d’instaurer dans le pays un régime théocratique chrétien fondé sur les 10 commandements bibliques.

Mais en 2005, les assauts de l’armée ougandaise, conjugués à l'accord de paix signé entre les deux Soudan et l'émission d'un mandat d'arrêt de la CPI à l'encontre de Joseph Kony affaiblissent considérablement la LRA. Le mouvement décide alors de se replier, notamment, dans le nord de la RDC, et plus particulièrement dans le parc national de la Garamba (voir carte ci-dessous).

Caché dans la forêt, ces miliciens terrorisent la population locale depuis des années. Ils auraient notamment recours à la mutilation des lèvres et des oreilles pour terrifier les habitants de la région.

  • Les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC)

La condamnation, le 11 juillet dernier, à 14 ans de prison de Thomas Lubanga par la CPI - première condamnation prononcée par la juridiction - pour avoir enrôlé des enfants soldats entre septembre 2002 et août 2003, a de nouveau braqué les projecteurs sur les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC).

Branche militaire de l’Union patriotique congolaise (UPC), ce groupe est accusé de meurtres, de viols et exactions en tout genre dans la province de l’Ituri. L'arrestation et la condamnation de son chef par la CPI a fortement réduit l'influence du mouvement

  • La Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI)

Depuis le mois de mai 2012, les membres du FRPI sont à la tête d’une coalition de quatre groupes armés rassemblés sous le nom de "Cogai". La plupart de leurs chefs sont des déserteurs des FARDC. Actifs dans la région de l’Ituri, cette faction, dirigée par le colonel Cobra Matata - élevé au rang de général par ses pairs - demande notamment au gouvernement congolais une amnistie en faveur de tous les miliciens opérant en Ituri, ainsi que la transformation du district en province congolaise.

Depuis 2009, deux anciens leaders du FRPI, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo, sont poursuivis pour crimes de guerre par la CPI. Les deux hommes sont notamment accusés d’avoir commandité le massacre du village de Bogoro, où plus de 200 civils avaient été tués en quelques heures.

Première publication : 07/08/2012

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