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EUROPE

Paul Watson, le "pirate" en cavale

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 13/08/2012

Interpol a émis mardi 7 août une "notice rouge" contre Paul Watson, militant écologiste canadien fondateur de l’ONG Sea Shepherd et ancien de Greenpeace. Portrait d’un engagé des mers.

Mardi 7 août, Interpol a émis une "notice rouge" (voir encadré) concernant Paul Watson, président-fondateur de l’ONG Sea Shepherd. L’organisation internationale de police criminelle relaye ainsi un mandat d'arrêt du Costa Rica. L’activiste écologiste canadien est accusé d'avoir mis en danger un équipage de bateau lors d'une opération contre la chasse aux requins en 2002 dans les eaux costariciennes.

Qu’est-ce qu’une "notice rouge" ?

Ce document ne constitue pas un mandat d’arrêt international. C’est une demande de la part d’Interpol adressée aux pays membres. Ils doivent déterminer s’ils sont en mesure de détenir ou arrêter une personne de façon à ce que le pays demandeur (ici le Costa Rica) puisse requérir son extradition. Interpol n’est toutefois pas en mesure de demander aux États membres d’arrêter une personne visée par une "notice rouge".

Arrêté le 13 mai 2012 à l'aéroport de Francfort, Paul Watson a été remis en liberté quelques jours plus tard après le versement d’une caution de 250 000 euros. Depuis le 22 juillet, il ne s’est pas présenté au commissariat pour son contrôle quotidien obligatoire en attendant la décision de la cour d'appel. Son mandataire a indiqué qu'il avait quitté l'Allemagne, sans préciser sa destination. Paul Watson s'est exprimé sur le site Internet de Sea Sheperd : "Je suis en ce moment dans un endroit de la planète où je me sens à l'aise et en sécurité, loin des magouilles des dirigeants qui ont fermé les yeux sur l'exploitation de nos océans."

De Greenpeace à Sea Shepherd

Né le 2 décembre 1950 à Toronto, Paul Watson rejoint les gardes-côtes canadiens à l’âge de 18 ans, effectue une parenthèse dans la marine marchande, puis s’engage dans une vie de militantisme. Dès 1971, il fait partie de l’association qui deviendra Greenpeace. Selon sa biographie, c’est en 1975 que la vie de Paul Watson bascule. Au cours d’une campagne contre les baleiniers soviétiques, son regard croise celui d’un cachalot harponné. Il fait dès lors le vœu de défendre sa vie durant les créatures marines.

En 1977, il est exclu du comité de direction de Greenpeace avec lequel il est en profond désaccord. L’ONG est selon lui devenue une grosse machine administrative qui soigne son image et récolte des fonds. Aux méthodes modérées de l’organisation, il préfère la confrontation directe sur le terrain avec les "prédateurs" de la vie marine. Pour mener ce combat, il fonde la Sea Shepherd Conservation Society (les "Bergers de la mer") qui s’offre son premier navire dès 1978.

L’organisation de Paul Watson se fait remarquer par des méthodes que ses membres estiment à la mesure des enjeux. Elle s’en prend notamment aux braconniers chasseurs de baleines, dauphins, requins, phoques et thons rouge, par exemple en coulant leurs bateaux à quai. Sea Shepherd déclare vouloir faire appliquer les articles 20 à 23 de la Charte mondiale de la nature des Nations unies, qui stipule qu’il est du devoir de tous de protéger la nature, dans les limites de juridiction nationale (et au-delà).

La prise de risque des membres de Sea Shepherd est évidente : avant de participer à une campagne à bord d’un des bateaux de l’ONG, ils sont tenus de signer une charte indiquant qu’ils sont prêts à "risquer leur vie" pour sauver des créatures marines. Et pourtant, lorsqu’ils vont "au contact", leurs armes principales ne sont rien d’autres que des canons à eau, des boules puantes ou du beurre ranci.

Seul face aux lobbies

"Quand j’ai rencontré Paul Watson pour la première fois, au cours d’une conférence à Paris en 2005, j’ai découvert un homme qui disait ce que je pensais sur la défense des océans. Son discours était hyper juste et pas du tout extrémiste, contrairement à ce que l’on peut lire", explique Lamya Essemlali, maintenant présidente de la branche française de Sea Shepherd. Elle a participé à 7 campagnes de l’ONG, côtoyant de près Paul Watson qu’elle qualifie de "bon vivant", "maîtrisant ce qu’il fait" et "très humble". En mai 2012, elle a publié "Entretien avec un pirate" où le capitaine explique son engagement.

Lamya Essemlali rappelle que jamais aucun membre de Sea Shepherd n’a été condamné. L’organisation déclare ne jamais avoir blessé personne. Si bien que dans un entretien à l’AFP en mai en Allemagne, Paul Watson disait trouver inhabituel qu’une demande d’extradition puisse être émise "pour une affaire relativement mineure, quand personne n’a été blessé et aucun dommage causé". Pour sa défense, Paul Watson s’appuie sur les images d’un documentaire filmé au moment des faits au Costa Rica en 2002. L'équipage du bateau de pêche costaricien visé accuse l’organisation d’avoir voulu les tuer.  L’activiste juge les accusations "factices", rappelant que le jet du canon à eau ne menaçait pas de couler le navire. "Le meilleur moyen de durer pour Sea Shepherd, c’est de ne pas franchir la ligne rouge pour ne pas mettre la clé sous la porte", explique Lamya Essemlali.

Sea Shepherd a réagi mercredi à l’annonce d’Interpol, en dénonçant une "bataille aux motivations politiques", selon l’expression de Susan Hartland, directrice administrative de l’organisation. Le Costa Rica et l'Allemagne sont "les jouets du Japon qui veut réduire au silence Sea Shepherd", estime Paul Watson qui craint d’être extradé vers le Japon s’il était remis aux autorités costariciennes. En effet, par leurs actions, le capitaine Paul Watson et son équipage d'irréductibles sont parvenus à faire restreindre les quotas de pêche faisant perdre plusieurs millions de dollars aux flottes baleinières du Japon, de la Norvège et de l'Islande. "Même si certains critiquent notre action qu'ils jugent trop radicale, nous ne sommes pas des écoterroristes. Les écoterroristes, ce sont plutôt les grosses entreprises et les États qui terrorisent la planète et ses habitants", déclarait le capitaine lors d’une conférence à l'université de Jussieu à Paris en juin 2008.

Entré dans le viseur de puissants lobbies, Paul Watson a pris le large. "Paul se définit comme un pirate mais un pirate de la compassion contre les pirates de la cupidité", résume Lamya Essemlali qui s’interroge sur ce que deviendrait l’ONG sans la figure charismatique de son fondateur. "Sea Shepherd est difficilement dissociable de Paul Watson, c’est un atout et une faiblesse", explique-t-elle avant de se rassurer : "Tant qu’il sera capable de mettre un pied devant l’autre, Paul Watson se battra. Son combat, c’est sa vie, c’est ce qu’il est." Et d’annoncer que le capitaine ne restera pas éternellement caché dans une caverne.

Première publication : 08/08/2012

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