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Afrique

Hommage à John Atta Mills, "l'incorruptible" de l'Afrique de l'Ouest

Vidéo par Noémie ROCHE

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 10/08/2012

Le Ghana rend hommage, pendant trois jours, à son ex-président, John Atta Mills, décédé le 24 juillet. Réputé pour son honnêteté et sa droiture, il est considéré comme l’artisan de la stabilité politique et démocratique du Ghana.

Pendant trois jours, le Ghana rend un dernier hommage à John Atta Mills, ex-président ghanéen, mort subitement le 24 juillet dernier. Il venait d’avoir 68 ans. Affectueusement surnommé "le prof" - il a occupé une chaire à l’Université d’Accra, la capitale, 25 années durant – John Atta Mills a su gagner le cœur des Ghanéens grâce à son calme, son honnêteté et son intégrité.

En 2008, à l’issue d’une bataille électorale acharnée face à Nana Akufo-Addo contre lequel il s’était incliné quatre ans auparavant,  il est élu de justesse à la tête du Ghana. John Atta Mills avait été désigné par son parti, le Congrès national démocratique (NCD), pour briguer un deuxième mandat à la tête du pays. Élu membre du bureau politique du NCD en 1990, date de son entrée en politique, John Atta Mills s’est peu à peu imposé en acteur majeur dans la maturation démocratique de son pays. Au point de faire du Ghana un exemple de stabilité dans une région durement marquée par les crises politiques.

"Il a eu une influence apaisante et stabilisante", estime Rod Alence, spécialiste du Ghana à l’Université du Witwatersrand, à Johannesbourg, interrogé par le New York Times dans son édition du 25 juillet dernier. "Il a particulièrement œuvré pour la consolidation démocratique du Ghana. Avoir quelqu’un comme Mills, qui ne s’est jamais illustré par son charisme, a été crucial dans la mise en place d’un système bipartite au Ghana. Maintenant, un système constitutionnel est installé". Cette stabilité démocratique a d’ailleurs valu au Ghana d’être, en 2009, le premier pays d’Afrique subsaharienne à accueillir le président américain Barack Obama…

Homme incorruptible

En 1996, John Atta Mills prend son véritable envol politique. Après s’être forgé une solide réputation d’homme incorruptible à la direction des impôts, le capitaine Jerry Rawlings, alors à la tête du pays, le nomme à la vice-présidence. John Atta Mills remplit sa mission, droit dans ses bottes, fidèle à lui-même. "Un jour de 1996, raconte son frère, Cadman Atta Mills, dans les colonnes de Jeune Afrique, John a reçu à la maison la visite d’un homme d’affaires qui voulait le féliciter pour son élection à la vice-présidence. Quand il est reparti, il a laissé une enveloppe sur la table base. Sur le coup, John n’a pas fait attention. Puis, il l’a vue. Dedans, il y avait 40 000 deutsche Mark. Tout de suite, il s’est affolé. Il a appelé son visiteur en lui disant : ‘vous avez oublié votre argent’. Celui-ci lui a répondu que c’était pour payer ses dettes de campagne. Alors, John lui a rétorqué : ‘mais c’est de la corruption que vous êtes en train de faire !’ et lui a fait remettre son enveloppe".

L’honnêteté est sa marque de fabrique. Son credo. Il se veut fidèle à ses mentors politiques : le Sud-africain Nelson Mandela, leader de la lutte pacifique contre l’apartheid ; le Tanzanien Julius Nyerere, figure du socialisme africain dont Mills admirait l’intégrité ; et Kwame Nkrumah, le père de la nation ghanéenne. John Atta Mills n’a pas cependant pas hérité du charisme de ses modèles et, selon ses adversaires, se montrait trop mou pour la présidence du Ghana. Pourtant, sa ferveur et son intégrité lui ont valu la reconnaissance de son peuple et des leaders mondiaux. Nombre de chefs d’États et de gouvernements, dont la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, se sont d’ailleurs déplacés pour assister à ses funérailles.

Les rues d’Accra, en deuil, portent également la marque de l’affection que portaient les Ghanéens à leur ancien président. Les hommages, véritables déclarations d’amour, s’étalent sur les murs : "John Atta Mills, nous nous souviendrons toujours de toi". Vendredi, de nombreux habitants d’Accra portaient un brassard noir. "J'ai vu bien des présidents, mais c'était le meilleur", affirme une octogénaire. "Il était d'une grande humilité. C'est le jour le plus triste de ma vie".

Première publication : 10/08/2012

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