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SPORT

Le Rwandais Niyonshuti, survivant du génocide, pédale pour oublier

Texte par Sylvain MORNET

Dernière modification : 12/08/2012

Porte-drapeau de la délégation rwandaise lors de la cérémonie d'ouverture, Adrien Niyonshuti est le premier cycliste tout terrain (VTT) à représenter le Rwanda aux JO. Il s'est classé 39e ce dimanche, sur la piste de Hadleigh Farm. Portrait.

À 25 ans, Adrien Niyonshuti était le porte-drapeau de la délégation rwandaise lors de ces JO de Londres. Il faut dire que, dans son pays, le Rwandais est une star. Et si, à Londres, celui-ci rêvait de remporter une médaille pour le Rwanda, son but était, avant tout, dit-il, de terminer parmi les 30 meilleurs. "Mon principal objectif est de placer le Rwanda sur la carte comme étant un pays de cyclistes qualifiés et non pas uniquement comme le pays du génocide", confie-t-il. Il n'aura manqué son but que de neuf places, en se classant 39e de l'épreuve de cross-country de VTT, ce dimanche.

Le pays des Mille Collines est un pays de cyclistes. Bien qu’il n’y ait pratiquement pas un centimètre de plat, le vélo est, pourtant, là-bas, un moyen de transport privilégié. C’est donc tout naturellement qu’Adrien Niyonshuti s’est initié au vélo, d'autant plus que le cyclisme l’aide à oublier un terrible passé : le génocide qui a déchiré son pays.

Sans cette activité, expliquait-il peu avant le début des Jeux, "les mauvais souvenirs reviennent". Ceux du massacre de plus de 800 000 Rwandais - en grande majorité Tutsis - entre avril et juillet 1994. Ses six frères figurent parmi les victimes...

"On va tous vous brûler vifs"

"Cours", lui a crié son père quand les tueurs sont arrivés. Alors âgé de 7 ans, Adrien Niyonshuti l'a suivi et s’est réfugié dans les bois, avant qu'ils ne soient accueillis par des amis hutus peu après. Leur cachette sera toutefois dévoilée au bout de quelques semaines. Armés de bidons d’essence, les miliciens hutus venus les arrêter forcèrent tout le monde à sortir, puis séparèrent les hommes, les femmes et les enfants afin de tuer chaque groupe un par un. C’est à ce moment-là qu’Adrien a entendu les mots qui résonnent encore dans sa mémoire. Des mots qui ne cessent de le hanter : "On va tous vous brûler vifs". Par chance, l’armée des Tutsis arrivera juste à temps pour les sauver.

Durant le Tour de Rwanda, qui se déroule chaque année, quand Niyonshuti passe devant la maison où, petit garçon, il s’est réfugié, les souvenirs ressurgissent : "Ils me reviennent à l’esprit : j’aimerais alors que ma famille puisse me voir, car elle ne m’a jamais vu sur mon vélo. Mais je me mets à pédaler et ils s’en vont". Libéré, pacifié, ce petit bout de terre d'Afrique de l'Est s'est reconstruit. Le cyclisme rwandais symbolise à lui seul ce renouveau. Le Tour du Rwanda est l'épreuve sportive la plus populaire du pays.

"Je voudrais qu'on s'intéresse enfin aux aspects positifs de mon pays"

Il y a cinq ans, Adrien Niyonshuti est engagé dans la "Team Rwanda", l’équipe cycliste nationale fondée par Jonathan Boyer qui fut, en 1981, le premier Américain à prendre part au Tour de France. Boyer a développé ses talents, si bien qu'aujourd’hui, Niyonshuti s’entraîne en Afrique du Sud, où il est membre de l'équipe cycliste professionnelle MTN Qhubeka. S’il pratique le cyclisme sur route, c’est dans la discipline du vélo tout-terrain (VTT), où il a représenté son pays aux Jeux olympiques de Londres. Un accessit décroché lors de l’African Mountain Bike Championship qui s’est déroulé en Afrique du Sud au mois de mai, où il s’est classé quatrième.

"Chaque fois qu'Adrien pédale, c'est l'Afrique qui roule avec lui, explique le président de la Fédération rwandaise de cyclisme, Aimable Bayingana. Notre continent est unanimement à son côté."

À l'issue des JO de Londres, Adrien Niyonshuti, lui, ne souhaite qu’une chose : "Je voudrais qu'à travers ces Jeux olympiques, on parle de mon pays comme d'un grand pays de sport et de cyclisme. Je dirais même d'un grand pays tout court ! La première association d'idées avec le Rwanda est, en effet, le génocide. Mais les faits remontent à 18 ans. Je voudrais donc qu'on s'intéresse enfin aux aspects positifs de mon pays."

Première publication : 12/08/2012

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