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Amériques

Paul Ryan, le joker fiscal de Mitt Romney

Texte par Charlotte BOITIAUX , Joseph BAMAT

Dernière modification : 15/08/2012

Le candidat républicain a choisi l’élu du Wisconsin Paul Ryan comme colistier. En optant pour le chantre du conservatisme fiscal, budgétaire et sociétal, Mitt Romney prend aussi le risque de déplaire à une frange d’électeurs indécis.

À 42 ans à peine, Paul Ryan, le colistier désigné par Mitt Romney le 11 août pour l’élection présidentielle de novembre, est l’un des Républicains les plus influents de la Chambre des Représentants. En le choisissant comme bras-droit dans la course à la Maison Blanche, le candidat républicain donne une orientation nette à sa campagne. Avec l’aide de ce jeune faucon, qui a pris la tête début 2011 de la commission du Budget, les deux hommes défendent à l’unisson un programme fiscal et budgétaire radical considéré par les démocrates comme particulièrement avantageux pour les plus aisés. Ils s’opposent par ailleurs à l’assurance maladie Medicare réservée aux retraités, à l’avortement et au mariage homosexuel. Autant de prises de positions qui ont fait de Paul Ryan la star montante au sein du Tea Party, la frange la plus conservatrice des Républicains.

Il faut dire que le parcours et la personnalité de ce pur "american product" a tout pour séduire le "Grand old party". Cet originaire de Janesville, une petite ville du Wisconsin où il vit avec sa femme et ses trois enfants, a grandi dans l’aisance grâce à la "Ryan Incorporation Centrale", une entreprise de génie civil familiale construisant sites industriels, complexes, golfs (…) et devenue aujourd’hui l’une des plus importantes sociétés des États-Unis. À cet héritage doré se greffe une dévotion religieuse intacte et une ligne idéologique ultralibérale, trois éléments qui en ont fait le chouchou des courants les plus traditionalistes du pays.

Mitt Romney, un candidat très fortuné

"Beau garçon, jeune et enthousiaste"

"Grâce à lui, Romney va pouvoir redynamiser ses troupes. Il apporte de l’enthousiasme, il est jeune, beau garçon et apprécié même par les gens qui n’approuvent pas ses idées", estime Karlyn Bowman, politologue du centre de recherche American Enterprise Institute (centre-droit), à Washington, contactée par FRANCE 24.

Nombreux ont été ceux à venir acclamer le premier discours du potentiel vice-président des États-Unis à Norfolk (Virginie), le week-end dernier. "Nous restaurerons la grandeur de ce pays […] Nous avons besoin d’un nouveau leadership pour retrouver croissance et prospérité économique", a lancé Paul Ryan aux militants républicains réunis sur "l’USS Wisconsin", un cuirassé qui a participé à la Seconde Guerre mondiale. "Notre devoir est de sauver le rêve américain pour nos enfants et nos petits-enfants", a-t-il ajouté.

"Robin des Bois à l’envers"

Du côté du camp démocrate, l’heure est à la contre-attaque. Les alliés de Barack Obama comptent bien décrédibiliser ce "Robin des bois à l’envers" en mettant le doigt sur l’ensemble de son programme drastique qui prévoit, entre autres, des exemptions d’impôts pour les millionnaires. Ils espèrent ainsi, en creux, emporter des États-clés comme la Floride où résident de nombreuses personnes âgées.

Ne perdant pas de vue les classes les plus populaires, les démocrates n’ont pas hésité à ressortir le dossier "Ryan Budget", un projet de loi datant d’avril 2011 déposé par le colistier républicain et qui prévoyait de minimiser les dépenses fédérales tout en remaniant drastiquement Medicare. Adopté par la Chambre basse – aux mains des Républicains – il fut, sans surprise, rejeté par le Sénat – aux mains des Démocrates.

"A côté de la plaque"

Et à chaque campagne, son lot de petites invectives. Lundi 13 août, de passage dans l’Iowa, cet État couvert de champ de maïs, Barack Obama ne s’est pas fait prier pour tacler le jeune faucon républicain. "Le meilleur moyen d'aider (les agriculteurs) est que le Congrès vote une loi agricole. J'ai entendu que (Paul Ryan) serait quelque part dans l'Iowa ces jours-ci. Et il fait partie de ces élus qui bloquent son adoption au Congrès", a-t-il déclaré.

Un exercice de dépréciation que maîtrise également David Axelrod, proche conseiller du président Obama. Selon lui, le plan de privatisation du système de protection sociale prôné par Ryan est "tellement à côté de la plaque que même George Bush l’a jugé irresponsable", a-t-il raillé sur la chaîne ABC. En ce qui concerne la politique internationale, le camp démocrate devrait également guetter la moindre gaffe du ticket Romney-Ryan après l’accumulation de bourdes du candidat républicain lors de sa tournée au Royaume-Uni, en Israël et en Pologne.

"Intelligent et bon orateur"

Pourtant, la campagne de déstabilisation menée par le camp du président sortant pourrait s’avérer plus compliquée que prévu. A la différence de Sarah Palin, qui avait ébloui par son incompétence en matière de politique extérieure, Paul Ryan "est intelligent, bon orateur, et il sait défendre ses opinions", estime Darrell M.West, directeur de la section géopolitique de la Brookings Institution (de centre-gauche) à Washington, contacté par FRANCE 24.

Autre atout de poids pour le camp républicain : la situation économique désastreuse du pays. Obama est confronté à un taux de chômage problématique (environ 8%) et à une croissance modeste. Les thèses économiques de Ryan pourraient donc se transformer en "dynamite politique" pour mobiliser l'électorat républicain.

Une ligne politique motivée par la foi

Reste à savoir comment les Américains recevront le discours de ce jeune faucon, rompu à l’exercice politique, sept fois élu à la Chambre, qui fut tour à tour assistant du sénateur conservateur du Kansas Sam Brownback puis du sénateur du Wisconsin Robert Kasten avant de soutenir l'ancien représentant de New York, un moment candidat à la vice-présidence, Jack Kemp.

Petit bémol toutefois : en dépit des positions radicales de ce conservateur qui se dit motivé par sa foi, une partie du clergé américain se dit effrayée par son discours. Les évêques américains estiment en effet que la ligne budgétaire de Ryan devrait davantage prôner la redistribution sociale et la protection des plus démunis. "Les propositions de coupes budgétaires proposées par les Républicains vont à l’encontre des enseignements du catholicisme", ont-ils écrit dans une lettre publique envoyée en mai au colistier.

Première publication : 14/08/2012

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