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Moyen-orient

Les représailles de la famille Mokdad ou "l'effondrement de l’État libanais"

Vidéo par Julien SAUVAGET

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 17/08/2012

Des ressortissants syriens ont été enlevés au Liban par une famille chiite libanaise, après le rapt de l’un de ses membres à Damas. Pour l’ex-député Samir Frangié, "le Liban accepte la règle du jeu dictée par Damas".

Une version actualisée de l’adage millénaire "oeil pour œil, dent pour dent" est actuellement en vogue au Liban, où la loi du Talion rime désormais avec "otages contre otages". Le clan familial chiite des Mokdad a opéré, ces derniers jours, plusieurs enlèvements de ressortissants syriens au Liban ainsi que d’un citoyen turc, en représailles du rapt d’Hassan Mokdad, l’un de ses membres, le 13 août, à Damas. "La branche armée" de cette famille, originaire de la Bekaa (ouest du Liban), affirme notamment détenir une vingtaine d’otages syriens décrits comme membres ou sympathisants de l’ASL, qu’elle tient pour responsable de l’enlèvement de leur proche. Ceux-ci ne seront libérés, affirme la famille Mokdad, qu’en échange d’Hassan Mokdad. "Si un mal quelconque est fait à Hassan, notre première victime sera l'(otage) turc", a même menacé Maher al-Mokdad devant les médias libanais.


Les autorités libanaises n’ont entamé aucune démarche pour mettre fin aux agissements des Mokdad, pas même pour libérer les captifs. "Ce n'est pas la bonne manière de résoudre l'enlèvement d'un ressortissant libanais en Syrie", a déclaré dans un communiqué, le Premier ministre libanais, Nagib Mikati.
 
Mercredi, des commerces appartenant à des Syriens vivant au Liban ont été vandalisés et des ouvriers chassés de leur travail par des chiites armés, qui affirmaient agir pour obtenir la libération de proches enlevés en Syrie. Une nouvelle fois, la crise syrienne s’invite au Liban, un pays divisé entre partisans du régime du président Bachar al-Assad et soutiens au soulèvement syrien. Sollicité par FRANCE 24, l’intellectuel et ancien député membre de l’opposition Samir Frangié livre son point de vue sur la situation.
 
  
Que représente la famille Mokdad au Liban, comment se fait-il qu’elle soit dotée d’une "branche armée" ?
 
Samir Frangié : La famille Mokdad, à l’instar de plusieurs familles claniques ou tribales de la Bekaa, s’est transformée en groupe mafieux au fil des années, en profitant de l’absence de l’Etat dans cette région. Ses rentrées financières pour le moins illégales mais tolérées par les autorités (certains experts libanais font état d’activités liées au trafic de drogue et au racket, NDLR), lui ont permis de se doter de moyens considérables, tels que des armes moyennes qui lui servent à défier tout un pays. Avec les enlèvements de ressortissants étrangers à la vue et au su de tous, puisqu’ils donnent des entretiens en direct à la télévision, cette défiance publique a pris une ampleur inégalée.
 
Justement cette famille semble agir en toute impunité, sans aucune réaction des autorités. Comment l’expliquez-vous ?
 
S.F : Finalement, les agissements de la famille Mokdad illustrent l’effondrement de l’Etat libanais. Nous sommes en train d’assister à la fin d’une période et d’un Etat qui a décidé d’accepter la règle du jeu dictée par le régime syrien qui veut que l’Etat libanais ne soit qu’un état gestionnaire et rien d’autre. Damas veut garder sa main mise sur le pays du Cèdre. Par conséquent, le gouvernement libanais est incapable de prendre des décisions. Le résultat est pitoyable puisque les ministres libanais en sont réduits à négocier avec des ravisseurs. Cette situation chaotique, directement liée aux évènements en Syrie, est une menace directe pour la sécurité des citoyens et du pays. Enfin, elle hypothèque l’économie libanaise qui souffre de cette instabilité car elle fait fuir les investisseurs et les touristes.
 
Cette famille chiite est-elle en relation avec des partis politiques libanais tels que le Hezbollah?
 
S.F : Cette famille chiite est implicitement soutenue par le parti Amal et le Hezbollah, dans le sens où ces deux principales forces politiques chiites du pays les laissent faire. D’une part, parce qu'ils sont incapables de les contrôler, et d’autre part, parce qu'ils ne veulent ni perdre cette clientèle politique - la famille compte de nombreux sympathisants du Hezbollah - ni se la mettre à dos. Enfin, cela démontre que le Hezbollah a perdu de son influence, au sein même de ses bastions tel que la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth où opèrent les Mokdad, depuis que le régime syrien est en crise.

Première publication : 16/08/2012

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