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Moyen-orient

Lakhdar Brahimi reprend le flambeau du dossier syrien

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 17/08/2012

L'Algérien Lakhdar Brahimi, nommé au poste d'émissaire international pour la Syrie, a accordé une interview exclusive à FRANCE 24. Habitué des missions diplomatiques délicates, il succède à Kofi Annan.

Son nom circulait depuis plusieurs jours, l'annonce est désormais officielle : Lakhdar Brahimi a accepté le poste de médiateur international pour la Syrie à la suite de Kofi Annan.

L’ex-ministre algérien des Affaires étrangères est un homme rompu aux missions de médiation délicates aux quatre coins du monde. Bien avant sa nomination, Lakhdar Brahimi avait déjà esquissé sa feuille de route sur la Syrie, le 10 août, dans un communiqué commun avec le groupe des "Elders" (Anciens) - auquel il appartient -,et qui réunit des personnalités œuvrant en faveur du règlement des conflits dans le monde. L'ancien président américain Jimmy Carter, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu et l'ancien président finlandais et Nobel de la paix Martti Ahtisaari en font partie, notamment.

"Le Conseil de sécurité de l’ONU et les États de la région doivent s’unir pour permettre une transition politique dès que possible. [...] Des millions de Syriens réclament la paix à grands cris. Les grandes puissances ne peuvent plus rester divisées et ignorer ainsi cette demande pressante", affirme le communiqué.

Un diplomate expérimenté

Âgé de 78 ans, Lakhdar Brahimi a été ministre des Affaires étrangères de son pays entre 1991 et 1993, fonction dans laquelle il contribua à l'élaboration de l'accord de Taëf, qui a mis fin à la guerre civile au Liban. Sa longue carrière de diplomate onusien l’a amené à travailler en Haïti, en Afrique du Sud post-apartheid, en République démocratique du Congo ou encore au Liberia.

Lakhdar Brahimi est habitué aux missions de médiation internationales difficiles pour le compte de l'ONU. Il a notamment été représentant de l'organisation en Afghanistan de 1997 à 1999, puis de 2001 à 2004 après le départ des Taliban, ainsi qu'en Irak après l'invasion de 2003. De tels états de service plaidaient en sa faveur, d’autant plus qu’il est arabe et que le régime en place à Damas n’a pas les a priori négatifs qu’il pouvait avoir à l'égard de Kofi Annan. Dès qu’il a été pressenti, le diplomate algérien aurait pris contact avec le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, qu’il avait déjà côtoyé dans des négociations par le passé.

Alors que les armes ne se sont pas tues depuis 17 mois et que la mission des Nations Unies dans le pays prend définitivement fin le 19 août, Lakhdar Brahimi a exigé l’appui formel du Conseil de sécurité de l'ONU avant d’accepter la difficile mission de réanimer un processus de paix syrien quasiment impossible.

Sa mission : convaincre Russes et Chinois

Toutes les tentatives de la communauté internationale pour mettre fin aux violences se sont heurtées aux désaccords marqués entre les cinq membres permanents du Conseil. Ces derniers disposent chacun d’un droit de veto. Les Russes et les Chinois en ont déjà fait usage à trois reprises.

Depuis plusieurs mois, Moscou n'a cessé de confirmer son soutien indéfectible au régime de Damas dans sa lutte contre les "terroristes". La présence confirmée de djihadistes étrangers sert depuis plusieurs mois d’argument à Bachar al-Assad pour refuser toute ingérence occidentale. La Chine, elle aussi, est hostile à l'islamisme (la province chinoise du Xinjiang jouxte l'Afghanistan) et s'aligne sur les positions russes. Les deux pays ont en commun l’impression de s'être fait manœuvrer par les Occidentaux, notamment les Français et les Britanniques, en mars 2011, au moment du vote de la résolution destinée à protéger les populations civiles en Libye. Leur vote positif avait déclenché les frappes aériennes qui ont abouti à la chute de Mouammar Kadhafi.

Reste qu'il semble aujourd'hui bien difficile d'imaginer les Russes et les Chinois changer de position sur la Syrie. Mercredi 15 août, alors qu'un émissaire de Bachar al-Assad était attendu à Pékin, le Quotidien du peuple, journal du Parti communiste chinois, a reproché aux Occidentaux d'être responsables de l'échec de la mission de Kofi Annan. Le même jour, le ministre russe des Affaires étrangères a appelé les pays occidentaux à ne pas "saboter" l'accord de Genève. Ce texte, adopté le 30 juin, par le Groupe d'action sur la Syrie, constitué par Kofi Annan, fixe le principe d'une transition en Syrie. Mais le document ne contient aucun appel à Bachar al-Assad à renoncer au pouvoir, ce que les Occidentaux exigent.

Sans le soutien des Russes et des Chinois, la mission de Lakhdar Brahimi risque d'être vaine. Le possible futur médiateur de l’ONU en Syrie souhaite trouver une solution entre les Syriens, insistant sur la nationalité pour exclure les djihadistes de la sortie de crise : "Les Syriens doivent s’unir en tant que nation pour trouver une solution. C’est la seule manière de garantir qu'ils pourront vivre ensemble en paix, dans une société fondée non pas sur la peur des représailles mais sur la tolérance".

Du côté des forces loyalistes, Lakhdar Brahimi pourrait être la "dernière chance" ; il est plus complexe de connaître l’avis des forces rebelles, divisées. Quoi qu'il en soit cependant, il paraît bien difficile, à ce jour, de croire à une solution négociée dans le pays alors que les violences auraient fait plus de 23 000 morts en 17 mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

Première publication : 16/08/2012

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