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EUROPE

Trois membres des Pussy Riot condamnées à deux ans de camp

©

Vidéo par France 3

Texte par Dépêche

Dernière modification : 18/08/2012

Les trois jeunes femmes membres du groupe punk Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camp pénitentiaire pour avoir chanté une "prière anti-Poutine" dans une église de Moscou. Le parquet avait requis trois ans d'emprisonnement à leur encontre.

AFP - Les trois jeunes femmes du groupe de punk rock russe Pussy Riot ont été condamnées vendredi à deux ans de camp chacune pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse", une peine qui a immédiatement été vivement critiquée à l'étranger.

Ce jugement sévère semble confirmer que le président russe Vladimir Poutine n'entend faire de concession ni à l'opposition ni aux Occidentaux inquiets de la reprise en mains du pays.

Pour plus d'informations, consultez le dossier spécial de RFI



Rapidement, Américains et Européens ont condamné le jugement. Le département d'Etat américain a dénoncé un verdict "disproportionné" et s'est dit "préoccupé" par "l'impact négatif sur la liberté d'expression en Russie".

Paris a également fustigé une sentence "particulièrement disproportionnée", notant toutefois que "la procédure n'est pas terminée, les voies de recours en Russie et à Strasbourg n'ayant pas été épuisées".

La chancelière allemande Angela Merkel a critiqué une peine de prison "démesurée" qui "n'est pas en harmonie avec les valeurs européennes d'Etat de droit et de démocratie pour lesquelles la Russie s'est prononcée en tant que membre du Conseil de l'Europe".



Auparavant, la chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton s'était déclarée "profondément déçue" par la sentence qu'elle avait aussi jugé "disproportionnée".

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, ont été condamnées pour avoir chanté en février une "prière punk" dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir.

Les jeunes femmes ont "violé l'ordre public" et "offensé les sentiments des croyants", sans exprimer de repentir, a déclaré la juge Marina Syrova, qui a mis l'accent sur le caractère "sacrilège" de l'intervention des Pussy Riot et sur leur "haine de la religion".

"C'est une honte ! C'est une injustice !", ont crié plusieurs personnes dans la salle du tribunal à l'annonce de la sentence, inférieure d'un an à ce qu'avait requis le procureur. Nadejda Tolokonnikova a souri en entendant sa condamnation.

La lecture du jugement a duré près de trois heures, la juge reprenant en grande partie les arguments avancés le 7 août dernier par le procureur.

Suscitant l'étonnement, le Patriarcat russe a publié un communiqué dans la soirée pour prôner la clémence envers les jeunes femmes.

"Nous demandons aux autorités de faire preuve de clémence envers les condamnées dans l'espoir qu'elles renonceront à toute répétition de ce genre de sacrilège", a indiqué un communiqué du Haut conseil de l'Eglise orthodoxe russe.

L'attitude intransigeante adoptée jusqu'alors par la hiérarchie orthodoxe dans l'affaire a écorné l'image de l'Eglise dans la société et troublé une partie des fidèles, y compris des prêtres, pour qui pardonner aux jeunes femmes aurait été plus conforme aux valeurs chrétiennes.

Nikolaï Polozov, l'un des avocats des Pussy Riot, a confirmé que les trois femmes feraient appel.

Le père d'Ekaterina Samoutsevitch a déclaré à l'AFP qu'il ne s'attendait pas à un "verdict aussi sévère".

Le blogueur anti-corruption Alexeï Navalny, un des chefs de file de l'opposition, a dénoncé un "anéantissement de la justice" et "un procès digne de l'Inquisition", selon Interfax.

Aux abords du tribunal, environ 400 manifestants ont crié "Honte!" et "Fascistes!". La police, qui avait déployé un important dispositif autour du bâtiment, a interpellé une soixantaine de partisans des Pussy Riot, dont le chef du Front de Gauche Sergueï Oudaltsov et l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov, emmenés dans des cars de police.

Face aux sympathisants des jeunes femmes, des manifestants orthodoxes et ultra-nationalistes ont aussi manifesté en soutien à l'Eglise orthodoxe.

Plusieurs rassemblements ont été organisés en Russie en soutien aux Pussy Riot, notamment à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), Ekaterinbourg (Oural) et Samara (Volga).

Les trois femmes ont aussi reçu de nombreuses marques de soutien du monde entier. Plusieurs artistes tels que Paul McCartney, Madonna, Sting et Yoko Ono, la veuve de John Lennon, avaient déjà exprimé ces dernières semaines leur solidarité.

Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs capitales européennes pour dénoncer le procès, de Paris à Bruxelles en passant par Londres ou Barcelone.

Le jugement intervient la semaine même où Vladimir Poutine, ex-agent du KGB, a passé le cap des cent jours depuis son retour au Kremlin pour un troisième mandat présidentiel, une période au cours de laquelle il a renforcé le contrôle de la société civile afin de répondre à un mouvement de protestation inédit à son encontre.

Selon un sondage de l'institut Levada, cité vendredi par le quotidien Vedomosti, la cote de popularité de M. Poutine est au plus bas depuis son arrivée à la tête de la Russie en 2000, avec seulement 48% de personnes satisfaites.

Dans une interview publiée vendredi par le journal Novaïa Gazeta, les Pussy Riot ont indiqué qu'elles ne demanderaient pas à M. Poutine de les gracier.

"C'est à lui de nous demander (...) de le gracier", a déclaré avec ironie Nadejda Tolokonnikova.
La désormais célèbre "prière anti-Poutine" dans la cathédrale du Christ-Sauveur, à Moscou

Première publication : 17/08/2012

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