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Amériques

Avant la présidentielle, Obama veut faire renaître le rêve américain

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Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 18/08/2012

Avec l’entrée en vigueur d’un décret permettant à certains jeunes sans-papiers d’éviter l’expulsion et d’obtenir un permis de travail aux États-Unis, Obama a renoué avec une promesse datant de sa campagne de 2008.

“C’est super que le pays que je considère comme le mien m’accepte enfin,” exulte Nathaly Uribe. Cette Chilienne de 17 ans vit aux Etats-Unis depuis son enfance. Son "American Dream" à elle, confie-t-elle à l'Associated Press, serait de trouver un travail afin d’étudier la biochimie à l'université. Si son statut de clandestine ne lui avait, jusqu’à présent, pas facilité la tâche, un nouveau décret entré en vigueur le mercredi 15 août - le "Deferred Action for Childhood Arrivals Act" - pourrait bien lui permettre de concrétiser son rêve.

Annoncée en juin, la directive prévoit qu’un immigré clandestin âgé de 15 à 31 ans, arrivé sur le sol américain avant ses 16 ans, sans antécédents judiciaires et scolarisé, soit mis à l’abri de toute expulsion et puisse obtenir un permis de travail pour deux ans. Pouvant concerner jusqu’à 1,7 million de personnes, la mesure provoque l’enthousiasme aux quatre coins du pays.

Engouements des "Dreamers"

"Mon jour de chance est arrivé, je suis très excité. Désormais, j’ai un avenir," explose, dans les colonnes du Huffington Post, Marlon Morraz, 19 ans, originaire du Nicaragua.
Depuis le 15 août, des files de sans-papiers se forment aux abords des centres d’aide des grandes villes du pays. À Los Angeles, en Californie - l’État qui compte le plus grand nombre de sans-papiers -, l’ONG Chirla, qui milite pour le droit des immigrés, a mis gratuitement des avocats à disposition pour aider les personnes concernées à constituer leur dossier.

"Cela fait vingt ans que nous espérions une légalisation, et bien qu'elle soit seulement temporaire, c'est un soulagement", explique Jorge Cabrera, porte-parole de la Coalition, à l'AFP.

"La chose la plus censée à faire"

Parmi les centaines de clandestins qui se pressent aux portes de l’ONG, Marco, la vingtaine, est plein d’espoir. Arrivé du Mexique à 6 mois, il ne connaît rien d’autre que son pays d’accueil, dans lequel il a appris à vivre avec la crainte d’être expulsé. Sans compte en banque, sans assurance santé, ni sécurité sociale, le jeune homme est néanmoins diplômé en gestion d’une université américaine. Un diplôme qui lui est peu utile pour l’instant - étant donné qu’il n’a pas le droit de travailler.

En 2011, l’ambigüité de la situation des sans-papiers en matière d’emploi avait été relayée dans les médias après qu’un journaliste du Washington Post, José Antonio Vargas, avait révélé qu’il exerçait sa profession illégalement.

En annonçant la mesure, Barack Obama a indiqué qu’il ne s’agissait ni d’une "amnistie" ni d'une première étape vers la citoyenneté, mais de "la chose la plus censée à faire".

Une visée électoraliste

A trois mois de la présidentielle, la mesure tombe à pic pour séduire les Latinos. Sur les 11,5 millions de sans-papiers qui vivent aux Etats-Unis, trois quarts sont originaires du Mexique ou du reste de l'Amérique centrale, selon l'institut spécialisé MPI. En 2008, le candidat démocrate avait fait de la réforme de la loi sur l’immigration une promesse. Deux tiers des Latinos avaient voté pour lui.

Quatre ans plus tard, la déception est au rendez-vous. En 2011, le nombre d’expulsions a atteint un record, avec 400 000 personnes reconduites à la frontière. En outre, l’échec du "Dream Act" a été retentissant. Censé permettre l’accès à la nationalité américaine aux jeunes militaires ou diplômés de l'enseignement supérieur arrivés illégalement sur le territoire pendant leur enfance, le projet n’a pas réussi à passer l’étape du Congrès depuis 2010.

"Le timing de l’annonce est évident", commente Jim Cohen, spécialiste de l’immigration aux Etats-Unis et professeur à l’université Paris III, joint par FRANCE 24, "Obama parie sur les bénéfices concrets de cette mesure d’ici novembre."

Pour Marco, cela ne change rien. "Peut-être bien qu’Obama fait cela pour être réélu, mais j’y trouve mon compte. Si on est gagnants tous les deux, ça me convient," lance-t-il. Une joie qui pourrait être de courte durée, le décret étant valable pour deux ans.

Dans l’attente d’une mesure permanente

Adopté sans l’accord de la Cour suprême, le décret n’est qu’un substitut du Dream Act. Selon Jim Cohen, si Obama n’est pas réélu, les conséquences pourraient être catastrophiques. "Obama a pris un risque politique en décidant cette mesure, en contournant le Congrès et en s’appuyant sur l’autorité exécutive, analyse-t-il. Si Mitt Romney passe, les républicains risquent de ne pas reconduire la mesure dans deux ans."

Une perspective peu réjouissante pour Marco : "Maintenant que j’ai donné mon nom et mon adresse pour constituer mon dossier, j’ai officiellement dit que je suis sans-papiers. Que va-t-il va se passer si Obama n’est pas réélu ?"

Première publication : 17/08/2012

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