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FRANCE

"En France, la paupérisation des étudiants est une évidence"

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 21/08/2012

Confrontés à la hausse du coût de la vie, les étudiants peinent à financer leurs études, dénoncent l'Unef et la Fage. Les deux organisations étudiantes réclament une action rapide du gouvernement et rappellent à Hollande ses engagements de campagne.

François Hollande, qui a fait de la jeunesse sa priorité de campagne, est attendu à la rentrée par des syndicats étudiants très remontés. Selon l'Unef, première organisation étudiante, le coût de la vie étudiante a augmenté en 2012 de 3,7 %, soit le double de l'inflation.

"Les jeunes subissent l’appauvrissement des familles"

La question de la paupérisation des étudiants ne se pose plus pour Thibaut Servant, vice-président de la Fage (Fédération des associations étudiantes), "c’est une évidence". Selon ce chargé des questions sociales de la Fage, en parallèle de la crise économique se profile une crise estudiantine si le gouvernement ne prend pas rapidement les mesures nécessaires.

Plusieurs facteurs expliquent la précarité des étudiants. Tout d'abord, "les jeunes subissent l’appauvrissement des familles. Le budget qu’elle pouvait encore fournir il y a quelques années aux enfants s’est réduit comme peau de chagrin au fur et à mesure de la crise" , assure Thibaut Servant à FRANCE 24.

Les étudiants font, de plus, les frais de la flambée des prix. Le coût de la vie étudiante a augmenté de 50 % en 10 ans. À cela s’ajoute la difficulté croissante que rencontrent les étudiants à décrocher un job d’été. Les petits boulots autrefois réservés aux étudiants sont aujourd’hui de plus en plus prisés des salariés au chômage.

La crise du logement étudiant

C’est sur le premier poste de dépense, c'est-à-dire le logement, que les étudiants cherchent à réaliser le plus d’économies. Seulement 7 % des étudiants bénéficient d’un logement social proposé par le Crous. Tous les autres doivent faire face à l’envolée des prix des habitats de petite surface. La hausse des loyers s’explique par la forte demande mais également par le phénomène de relocation. "Pour ne pas avoir à payer les loyers d’été, les étudiants quittent leur logement ce qui permet aux propriétaires d’augmenter le loyer à chaque renouvellement de bail", explique à FRANCE 24 Bernard Schricke, directeur action France du Secours catholique. Par ailleurs, les syndicats étudiants, à l’instar de l’Unef, ne cessent de critiquer la lenteur des politiques successives en matière de logement. Le syndicat réclame à ce titre un plan immédiat d’accélération des constructions permettant de rattraper les retards accumulés.

Alors que la colocation remporte toujours un franc succès, d’autres optent pour des formules d’hébergement contre services. "Ces échanges de bons procédés sont de plus en plus répandus, assure Thibaut Servant. C’est une bonne solution mais gare aux arnaques. On trouve de plus en plus de petites annonces suspectes où l’annonceur souhaite spécifiquement des étudiantes ou encore des personnes diplômées dans le domaine de la santé."

"Le cliché de l’étudiant qui ne se nourrit que de pâtes n’est pas qu’un cliché"

C’est ensuite sur l’alimentation, le deuxième poste de dépense, que les étudiants doivent se serrer la ceinture. "Le cliché de l’étudiant qui ne se nourrit que de pâtes n’est pas qu’un cliché, c’est une réalité", regrette le vice-président de la Fage. L’Observatoire de la vie étudiante (OVE) a mis en évidence dans une enquête datée de 2010 que 30 % des étudiants sautaient au moins trois petit-déjeuners dans la semaine, faute d’argent. Constat plus alarmant, les associations caritatives ont constaté une hausse constante du nombre de jeunes parmi leurs bénéficiaires. "De plus en plus d’étudiants fréquentent nos délégations locales. Du coup, nous essayons de rapprocher nos points de distribution des étudiants", affirme Bernard Schricke.

Les étudiants travaillent davantage qu’avant

Alors qu’ils étaient 48 % à déclarer une activité salariée en 2006, les étudiants sont aujourd’hui 73 % à recevoir une feuille de paie. Les syndicats étudiants ont constaté que les étudiants se tournaient davantage vers de véritables métiers qu’ils exercent en marge de leurs études. Il n’est plus seulement question de petits jobs étudiants mais de véritables emplois décrochés à l’issue de stages ou d’emplois non-qualifiés trouvés dans les secteurs du tourisme, des services et de la restauration. Une tendance qui a des conséquences directes sur la réussite universitaire. "On observe qu’un emploi nuit à la réussite d’un étudiant à partir du moment où il exerce son activité à mi-temps", affirme Thibaut Servant. Un phénomène qui conduit à terme à davantage défavoriser les étudiants les plus pauvres.

Et la culture ?

La culture n’échappe pas aux restrictions estudiantines. Depuis 2008, la Fage a relevé une baisse de fréquentation des établissements culturels comme le théâtre, l’opéra ou certaines expositions devenus trop onéreux pour leurs modestes bourses. "Il ne s’agit pas d’un manque d’intérêt des nouvelles générations d’étudiants car à chaque fois que l’on met en place un passeport culturel, il rencontre un vif succès auprès des étudiants", explique Thibaut Sevant.

Dans ce contexte de précarisation, la Fage et les syndicats universitaires mettent en garde les pouvoirs publics contre les risques de dérives possibles. Selon Thibaut Sevant, "la révolte des étudiants québécois pourrait bien servir d’exemple aux étudiants français".

Première publication : 21/08/2012

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