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Moyen-orient

Barack Obama fait planer la menace d'une intervention militaire en Syrie

Vidéo par Stéphanie DE SILGUY

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 22/08/2012

Barack Obama a menacé d'intervenir militairement en Syrie si Damas faisait usage de son arsenal chimique. Coup de bluff du président américain ou réelle volonté d'en finir une fois pour toute avec Bachar al-Assad ? Le décryptage de FRANCE 24.

"Jusqu'ici, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement en Syrie, mais si nous commencions à voir des quantités d’armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation." La menace est claire et sans appel de la part du président américain Barack Obama qui a pour la première fois évoqué, lundi 20 août, l’éventualité d’une intervention militaire américaine en Syrie.

Damas a reconnu le 23 juillet dernier avoir en sa possession un arsenal d’armes

chimiques et a même menacé d’en faire usage en cas d’agression étrangère, mais jamais contre sa population.

Barack Obama avait jusqu’ici indiqué que le régime de Bachar al-Assad commettrait une "erreur tragique" et devrait rendre des comptes s’il les utilisait. Désormais, le président américain évoque une "ligne rouge" à ne pas franchir sous peine de "conséquences énormes".

Manœuvre électorale ou véritable menace ?

La réaction de Damas ne s’est pas faite attendre. En visite à Moscou, le vice-Premier ministre syrien Qadri Jami a estimé mardi 21 août qu’une "intervention militaire directe en Syrie est impossible parce que quiconque l'envisagerait [...] s'acheminerait vers une confrontation allant bien au-delà des frontières de la Syrie". Il a également qualifié les menaces du président américain de "propagande électorale" alors que se profile en novembre la présidentielle américaine.

Pour Anne Kraatz, historienne et spécialiste de la politique étrangère des États-Unis, le contexte électoral ne suffit pas à expliquer les propos de Barack Obama."Beaucoup de personnes aux États-Unis s’émeuvent, sincèrement ou hypocritement, de la situation humanitaire en Syrie et certains opposants d’Obama lui reprochent de ne pas en faire assez", explique-t-elle. "Obama s’est probablement aussi senti obligé de s’exprimer ainsi pour des raisons politiques, mais sans doute aussi de façon sincère", poursuit-elle.

L'historienne reconnaît que le message est désormais "plus ferme" et estime que cette "force de déclaration pourrait être motivée peut-être par des observations que les autorités américaines auraient faites sur le terrain, et qui auraient ravivé leur inquiétude".

Elle y voit par ailleurs un appel du pied à Moscou et Pékin qui, en opposant par trois fois leur veto à une résolution de l'ONU contraignant Damas, font un véritable blocage au Conseil de sécurité des Nations unies. "Hausser ainsi le ton est aussi un moyen pour Barack Obama de montrer aux Russes et aux Chinois qu’il serait temps de se montrer plus pressant vis-à-vis d’Assad", explique la spécialiste.

Crainte que les armes chimiques ne tombent entre de mauvaises mains

Pour le président américain, la question de l’arsenal chimique ne concerne toutefois "pas seulement [...] la Syrie, mais aussi nos proches alliés dans la région, dont Israël. Cela nous inquiète. Nous ne pouvons pas avoir une situation dans laquelle des armes chimiques ou biologiques tombent dans les mains des mauvaises personnes.".

C’est bien là ce qui préoccupe la communauté internationale. "Le véritable risque aujourd’hui, c’est l’éventualité que cet arsenal tombe dans de mauvaises mains en cas de chute du régime", estimait ainsi fin juillet Olivier Lepick, spécialiste de l'armement chimique à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), interrogé par FRANCE 24. "Dans ce cas, on peut craindre que le Hezbollah libanais s’en empare. On imagine alors les inquiétudes d’Israël, poursuit-il. On sait aussi parfaitement qu’il y a, parmi les combattants en Syrie, des groupes islamistes fondamentalistes proches d’al-Qaïda qui pourraient mettre la main dessus en cas d’effondrement du régime".

Reste à savoir si les États-Unis sont prêts à aller au bout malgré les réticences que le pays a montré jusqu’ici à une intervention militaire. Pour Alain Joxe, directeur d’étude à l’Institut des hautes études en sciences sociales et spécialiste des questions militaires et stratégiques, il est peu probable que Washington mette en pratique sa déclaration. "La situation de la Syrie et de la région est très complexe et les États-Unis n’ont aucun intérêt à déclencher une guerre au Moyen-Orient ", conclut-t-il.

 

Première publication : 21/08/2012

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