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FRANCE

Roms à Paris : "Ici, au moins, les poubelles sont pleines !"

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 22/08/2012

Alors que la question des Roms est au cœur des discussions en France, un nombre croissant de familles roumaines et bulgares s'installent sur les trottoirs parisiens. Reportage dans le quartier de la Bastille.

Deux mesures pour assouplir les contraintes sur l'accès au travail des Roms

Cécile Duflot a annoncé mercredi que le gouvernement avait décidé d'"assouplir les contraintes" pesant sur l'accès au travail des Roms, "en supprimant la taxe" due par les employeurs de ces personnes et "en élargissant" les métiers auxquels ils peuvent avoir accès".

La décision, prise lors d'une réunion interministérielle, a été "de faciliter l'insertion par le travail, en élargissant et assouplissant très largement les contraintes qui pèsent aujourd'hui sur les populations Roms qui souhaitent travailler, en supprimant la taxe qui était due par les employeurs de ces personnes" à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) et "en élargissant de manière très importante les métier auxquels ils peuvent avoir accès", a déclaré la ministre du Logement à la presse.

Ils vivent au détour d’une rue, sur un bout de trottoir, dans le renfoncement d’une porte ou à l’intérieur d’une cabine téléphonique. Sur moins de deux mètres carrés, ils entassent le peu de vie qu’ils possèdent : quelques cartons, quelques valises, un matelas - deux pour les plus chanceux - et des coussins. Les différents groupes de Roms qui vivent aux alentours de la place de la Bastille, à Paris, font désormais partie intégrante du paysage de la capitale française. En plein mois d’août même, ils deviendraient presque une attraction pour les touristes qui flânent sur la célèbre place parisienne...

"Ils [les touristes] passent, nous regardent, mais jamais ils ne nous donnent une pièce", peste pourtant Adrian Attila-Kallai, un jeune Rom d’une trentaine d’années, en toisant un groupe de Japonais qui prennent hâtivement quelques photos de sa famille adossée contre un muret, au-dessus duquel flottent des vêtements séchant au soleil. "C’est toujours pareil : on a faim, et personne ne nous donne à manger."

"De plus en plus nombreux"

Voilà "plusieurs semaines" qu’Adrian, sa mère Marienara et quelques "amis" ont fait d’un bout de bitume leur logement. Comme eux, des dizaines de familles ont élu domicile sur le goudron du 11e arrondissement. "Du jamais vu", explique une commerçante de la rue de la Roquette. "Même s'ils sont là depuis quelques années, c’est devenu préoccupant ces derniers mois. Ils sont de plus en plus nombreux autour de la Bastille", ajoute-t-elle.

Pour Adrian, cet afflux s’explique facilement. Selon lui, personne ne veut retourner en Roumanie. "Il n’y a que de la pauvreté là-bas. Ils m’ont déjà renvoyé, et je suis revenu", confie-t-il d'ailleurs. Aller dans un campement ? Hors de question : "C’est dangereux, et puis c’est sale. Alors on préfère tous rester ici. Il y a beaucoup de passage. C’est plus simple pour avoir un peu d’argent. Et la police ne nous embête pas". Seule la nuit comporte des risques. "Les Pakistanais et les Marocains cherchent à nous déloger, à nous voler", avoue-t-il, la voix légèrement agressive et la main refermée sur un canif dont il fait tourner la pointe sur un bout de carton.

"En Europe, 'Rom' signifie voleur, délinquant"

Lui et sa famille ont eu vent d’une grande réunion ministérielle organisée mercredi 22 août pour tenter de répondre à la "crise rom". Beaucoup espèrent que "Hollande ne sera pas Sarkozy", qu’il leur offrira "enfin" un toit et du travail. Car, pour l’heure, se faire embaucher est impossible, légalement du moins. Les ressortissants roumains et bulgares, citoyens européens depuis 2007, font l’objet de "mesures transitoires" jusqu’au 31 décembre 2013 qui, de fait, les excluent du marché du travail. D’autres sont plus pessimistes. "Partout en Europe, 'Rom' signifie ‘voleur’, ‘délinquant’. Alors, même si on fait des choses pour nous, on continuera à nous maltraiter", lâche encore Adrian.

Démantèlement d'un camp de Roms à Villeurbanne

À quelques exceptions près, ces familles vivent à huis clos, recroquevillées sur elles-mêmes, sans profiter de l’aide des associations dont elles connaissent à peine l’existence. Presque aucune ne parle français. Beaucoup vivent de la mendicité. Et beaucoup en ont honte. "Vous croyez quoi ? Que j’aime vivre comme un chien ?", lance à son tour Sebastian Ungureanu, un jeune homme d’une vingtaine d’années venu se joindre à la conversation et qui "vit" à quelques mètres de la famille de Marienara. "Je préfèrerais travailler, mais on ne me propose rien. Je prendrais n’importe quoi, je suis bosseur", lance-t-il les mains posées sur ses reins pour tenter de contenir la douleur infligée par plusieurs nuits à dormir sur le bitume. Sa femme Eugenia, une blonde peroxydée au sourire édentée, confie qu’elle a laissé son bébé en Roumanie, "le temps que tout s’arrange pour [elle] et [son] mari."

"Certains volent, mais d’autres sont des gens bien"

Boulevard Richard-Lenoir, les commerçants tentent de faire face à la situation, partagés entre compassion et exaspération. "Tout est tellement compliqué. Certains volent, mais d’autres sont des gens bien à qui l'on s’attache, que l’on aide de temps à autre", explique la gérante d’un célèbre bar de la place de la Bastille qui attend elle aussi beaucoup "d’un gouvernement de gauche". "J’ai besoin de main d’œuvre, je serais prête à offrir du travail à certains d’entre eux. Mais je ne vais pas payer 700 euros [la taxe dont doivent s’acquitter les employeurs pour embaucher un Rom, que le gouvernement s'est engagé mercredi à supprimer, NDLR], c’est absurde", ajoute-t-elle.

Devant son établissement, un père de famille rom d’une quarantaine d’années tente de calmer ses deux enfants qui jouent au foot avec les canettes de bière qui traînent par terre. Il vit dans une cabine téléphonique avec sa progéniture et sa mère - qui mendie devant un fast-food du boulevard Richard Lenoir. "Ici, je n’ai rien, c’est vrai", confie-t-il en distribuant quelques bonbons à ses deux garçons, le visage souillé par la saleté. "Mais au moins, il y a les poubelles. Et ici, elles sont pleines, pas comme en Bulgarie."

Première publication : 22/08/2012

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