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La grève du sexe, une stratégie politique payante ?

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 28/08/2012

À l’instar d’une association togolaise qui entame une grève du sexe pour inciter les hommes à s'investir davantage dans la réforme du pays, plusieurs organisations féminines ont déjà prôné l’abstinence pour se faire entendre politiquement.

Elles ont décidé de croiser les jambes pour "secouer leurs hommes". Au Togo, les femmes du collectif d’opposition Sauvons le Togo ont appelé "toutes les citoyennes" du pays à observer une semaine de "grève du sexe". L'objectif est double : obliger les hommes à "s’investir davantage" dans la lutte menée par l’association pour réformer en profondeur le pays et pousser le président Faure Gnassingbé à la démission.

La méthode peut faire sourire, elle est pourtant vieille comme le monde. Durant l’Antiquité déjà, le dramaturge grec Aristophane considérait l’abstinence sexuelle comme une arme redoutable. Dans sa pièce intitulée Lysistrata (écrite en 411 avant J.-C.), l’héroïne éponyme de cette comédie licencieuse convainc ainsi toutes les femmes des cités grecques de se refuser aux hommes, certaine - à juste titre - que cette chasteté imposée conduirait les guerriers à déposer les armes et à mettre ainsi fin à la guerre du Péloponnèse.

Bien que le concept puisse apparaître aux yeux de certains profondément rétrograde en insinuant que les hommes ont des pulsions sexuelles incompressibles qu’il leur faut assouvir à n’importe quel prix, force est pourtant de constater que, quelques siècles plus tard, la privation des plaisirs de la chair est une recette plutôt efficace... En Colombie, au Kenya, au Liberia, les mouvements "Serrer les cuisses" ont été, ces dernières années, synonymes d’avancées politiques. Petit tour d’horizon.

  • Liberia : grève du sexe, préliminaire de la paix ?

En 2003, la Libérienne Leymah Gbowee, co-lauréate du prix Nobel de la paix 2011, parvient à mobiliser les citoyennes de son pays - chrétiennes et musulmanes - autour de marches de protestation pour faire avancer les négociations de paix entre l’ancien président Charles Taylor et les différents chefs de guerre dans un pays alors ravagé par la guerre civile. Malgré le succès de la mobilisation, les femmes sont maintenues à l’écart des négociations politiques. Leymah Gbowee décide alors de pousser la contestation jusque dans le lit conjugal en organisant une grève du sexe. C’est un succès. Charles Taylor consent quelques jours plus tard à associer enfin les Libériennes aux pourparlers de paix.

Portrait de Leymah Gbowee (CBS)

  • Kenya : pas d'accord, pas de rapports

En 2009, un collectif de femmes avait décrété une semaine d’abstinence sexuelle pour contraindre les politiques à réformer le pays. Depuis la crise post-électorale meurtrière de la fin de 2007/début 2008 - qui a fait environ 1 500 morts -, le Kenya vit à l'époque une situation politique précaire. Les relations entre le président Mwai Kibaki et son rival - qui deviendra son Premier ministre - Raila Odinga, qui accuse le chef de l'État sortant d’avoir truqué les élections présidentielle et générales de décembre 2007, sont particulièrement tendues. Pour débloquer la situation, le collectif propose alors une méthode choc : pas d'accord, pas de rapports. Prévoyant, le mouvement indique qu’il paiera les prostituées pour qu’elles se joignent à la grève. Même la première dame et la femme du Premier ministre rejoignent le mouvement. Le bilan s'avère positif : le chef de l’État et le chef du gouvernement finissent par s’asseoir à la même table pour signer un accord de partage du pouvoir.

  • Colombie : l’abstinence, nouvelle philosophie de la non-violence ?

En août 2011, pour protester contre l’isolement de leur petit village, sur la côte pacifique colombienne, les habitantes de Santa María del Puerto de Toledo de las Barbacoas décident, elles aussi, de tourner le dos à leurs maris. Objectif : pousser leurs hommes à sortir de leur passivité pour remettre en état l’unique route - laissée à l’abandon - reliant leur village au reste du pays. L’abstinence est payante puisque, trois mois après le début de la grève, les pelleteuses sont arrivées et les travaux ont enfin débuté.

Ces Colombiennes se sont-elles inspirées d’une méthode à laquelle leurs consœurs de la ville de Pereira avaient déjà eu recours ? Peut-être… En 2006, en effet, dans cette ville située à une centaine de kilomètres de Bogota gangrénée par les violences entre gangs rivaux, des dizaines de femmes avaient décidé de croiser les jambes pour mettre fin aux violences. L’objectif est ambitieux : faire signer une trêve aux différentes factions. Soutenue par la mairie, la stratégie a - sensiblement - porté ses fruits : plusieurs hommes auraient renoncé - temporairement - à prendre les armes. Selon The Guardian, la criminalité à Pereira a chuté de 26,5 % en 2010. Certains y verront peut-être un rapport de cause à effet...

Grève du sexe à Pereira, en Colombie ( L'Effet papillon, canal +)

  • Belgique : plus d’ébats sans de vrais débats

Le concept n’a pas non plus épargné l’Europe. En février 2011, Marleen Temmerman, une sénatrice belge gynécologue de formation, qui a déclaré s’être inspirée de l’initiative kényane, a lancé un appel similaire pour mettre fin au conflit entre Flamands et Wallons et doter la Belgique d’un gouvernement. Si la méthode n’a pas été vraiment suivie, elle a au moins eu le mérite de faire réagir la classe politique dans son ensemble et de pointer du doigt le manque de solutions face à l’impasse inquiétante dans laquelle est alors plongé le pays depuis les élections législatives du 13 juin 2010.

Première publication : 27/08/2012

  • TOGO

    Des opposantes togolaises lancent un appel à la grève du sexe

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