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Amériques

Le brûlot anti-Obama, un succès surprise au box-office américain

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 29/08/2012

Sorti à la mi-juillet, "2016 : Obama's America", un documentaire qui accable l'actuel président américain, connaît un important succès aux États-Unis. Une première pour un film ultraconservateur.

On avait l’habitude de voir les documentaires de Michael Moore caracoler en tête du box-office américain, rarement des documentaires ultraconservateurs. Diffusé dans une seule salle de cinéma à Houston, au Texas, lors de sa sortie en juillet dernier, le documentaire "2016 : Obama's America" est rapidement passé à 1 091 salles à travers tout le pays. En six semaines, le film a récolté près de 9,3 millions de dollars de recettes, devenant le documentaire le plus rentable de l’année aux États-Unis.

Barack Obama, un héros sombre qui souhaite le déclin de l’Amérique

"Que vous l'aimiez ou que vous le détestiez, vous ne le connaissez pas." La bande-annonce du documentaire ne laisse pas de doute sur les intentions de ses auteurs. Le réalisateur et auteur d'essais politiques Dinesh D'Souza et son associé John Sullivan s’emploient à imaginer ce que deviendrait l’Amérique si Obama effectuait un second mandat. Pour réaliser son film, Dinesh D'Souza a reçu le soutien financier de Gerald Molen, le producteur du film "La liste de Schindler", de Steven Spielberg. Adapté du livre "The Roots of Obama's Rage" ("Les racines de la rage d’Obama"), du même Dinesh D'Souza, ce film brûlot brosse le portrait d’un Barack Obama antiaméricain et antisioniste. "Obama est un Noir en colère, un homme de l’étranger qui veut venger les péchés du colonialisme américain", résume Nicole Bacharan, auteur du livre : "Le guide des élections américaines".

Un succès pour le public, une œuvre médiocre pour la presse

La politologue franco-américaine déplore que Dinesh D'Souza, "un intellectuel aux idées conservatrices respecté de tous", signe un film aussi "caricatural" que "raciste". Même constat pour la spécialiste en communication d'influence, Aurélie Siou, qui y voit "un torchon sans grande valeur". Et d'ajouter dans un entretien à FRANCE 24: "C’est un film de propagande réalisé par des ultraconservateurs qui exploitent les origines d’Obama sans grande objectivité". Outre-Atlantique, la presse est sévère. Pour The Hollywood Reporter, le documentaire, "plutôt modéré" dans son approche biographique, "déraille complètement" quand il émet des hypothèses sur l’avenir du pays. Le très conservateur Washington Times reproche au film d'être "suréquipé en extrapolations et déductions, trop peu fourni de jugements fins et modérés". Pour le Washington Post, le film de D’Souza livre un "discours alarmiste de la pire espèce". De nombreux titres ont par ailleurs délibérément choisi de ne pas en faire la critique, ne voulant pas lui accorder davantage de publicité.

L’influence sur l’électorat américain

À quatre mois de l'élection présidentielle américaine, le succès de "2016 : Obama's America" tombe à point nommé pour les républicains même si, selon la politologue Nicole Bacharan, "Mitt Romney ne va sans doute pas s’associer au film tant l’analyse en est douteuse". Si le film ne fait pas partie de l’arsenal de la communication républicaine, peut-il néanmoins avoir un impact sur l’électorat ? Selon les observateurs, son influence est toute relative. "Un tel film ne peut convaincre que les convaincus", estime encore Nicole Bacharan. "Les films de Michael Moore montrent les deux aspects d’une problématique, affirme, quant à elle, Aurélie Siou, alors que celui de D’Souza est un film à charge sans soucis d’objectivité. L’impact est donc plutôt faible."

Le cinéma en campagne électorale

Hollywood avait jusque là plutôt l'habitude de prendre parti pour les candidats démocrates. Nombreuses sont les stars de cinéma à s’être affichées avec des candidats démocrates, depuis Marilyn Monroe avec John Fitzgerald Kennedy jusqu’à George Clooney et Brad Pitt avec Barack Obama. Si le petit écran et Internet ont été largement exploités pour convaincre les indécis, il semble que le cinéma soit en passe de devenir le dernier outil de communication. "Tous les moyens semblent permis dans la bataille que se livrent Obama et Romney. Le cinéma est un outil aussi agréable qu’efficace pour toucher l’électorat. Il va très probablement s’inviter de plus en plus souvent dans les campagnes électorales américaines", assure Nicole Bacharan dans un entretien à FRANCE 24. Selon elle, la France pourrait d'ailleurs bien emprunter le même chemin, comme en témoignent les films "L'Exercice de l'État" et "La Conquête", tous deux sortis avant la présidentielle française.

 

Bande-annonce du film "2016: Obama's America", sorti le 13 juillet 2012 aux USA.


 

Première publication : 28/08/2012

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