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Afrique

L'assassinat d'un dignitaire musulman provoque des émeutes à Mombasa

Vidéo par Laure MANENT

Texte par Dépêche

Dernière modification : 29/08/2012

Un prédicateur musulman accusé de terrorisme en Somalie a été abattu à Mombasa, au Kenya. À l'annonce de son décès, une centaine d'émeutiers a tenté de mettre le feu à des églises. Des jeunes ont lancé mardi une grenade contre un camion de police.

AFP - Un policier a été tué et une douzaine d'autres blessés mardi dans la ville kényane côtière de Mombasa, en proie à des émeutes depuis le meurtre lundi du prêcheur musulman radical Aboud Rogo Mohammed accusé de liens avec les islamistes somaliens shebab.

Les shebab somaliens appellent les Kenyans à "protéger leur religion"

Les insurgés islamistes somaliens shebab ont appelé mardi les musulmans kényans à "protéger leur religion", au lendemain du meurtre du prêcheur radical Aboud Rogo Mohammed dans la ville côtière kényane de Mombasa.

"Les musulmans doivent prendre les choses en main, se lever, unis, devant l'infidèle, et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger leur religion, leur honneur, leurs biens et leurs vies face aux ennemis de l'islam," ont-ils déclaré dans un communiqué. (AFP)


"Nous avons perdu un officier et douze autres ont été admis à l'hôpital", a affirmé Joseph Kitur, chef adjoint de la police de la région côtière. La Croix Rouge a confirmé le décès.

Selon la police, les policiers ont été victimes d'une attaque à la grenade perpétrée par des jeunes qui s'apprêtaient à faire brûler une église et qu'ils étaient venus disperser.

Mardi matin, des centaines de jeunes, partis du quartier de la mosquée où Rogo prêchait, avaient pris la direction du centre du très touristique port de Mombasa, deuxième ville du Kenya, selon un journaliste de l'AFP.

A coup de pierres, ils s'en sont pris à des voitures et des magasins. Les forces anti-émeutes ont utilisé des gaz lacrymogènes pour les disperser. Un caméraman kényan de la télévision publique chinoise CCTV a été blessé dans les violences, a indiqué son employeur.

Plusieurs organisations musulmanes ont estimé que le meurtre de Rogo constituait une nouvelle exécution extrajudiciaire d'un responsable musulman à Mombasa. Le Centre kényan de la jeunesse musulmane (MYC), dont Rogo était l'un des chefs, tient les autorités kényanes pour "responsables" du meurtre.

"Les musulmans doivent prendre les choses en main, se lever, unis, devant l'infidèle, et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger leur religion, leur honneur, leurs biens et leurs vies face aux ennemis de l'islam," ont de leur côté déclaré les shebab somaliens, un mouvement rallié à Al-Qaïda.

"Le meurtre de Rogo était une attaque bien préparée par les shebab pour gagner des sympathisants", a en retour accusé le porte-parole adjoint de la police kényane, Charles Owino.

Le Kenya est un pays majoritairement chrétien, avec une importante communauté musulmane le long de sa côte.

Eglises brûlées


Lundi, les émeutes ont éclaté immédiatement après le meurtre de Rogo, tué par balles alors qu'il se trouvait dans son véhicule avec sa famille. Une personne a péri au premier jour de ces violences et plusieurs églises ont été brûlées ou pillées.

Des leaders chrétiens ont menacé de poursuivre le gouvernement kényan s'il "n'agissait pas plus vite pour arrêter les violences". "Nous demandons aux responsables musulmans de s'excuser publiquement auprès des chrétiens, en particulier pour l'incendie et les attaques de lieux sacrés", a aussi déclaré le vice-président du forum des Eglises de Mombasa, Lawrence Dena.

Le secrétaire général du Conseil suprême des musulmans du Kenya, Adan Wachu, a condamné les destructions dans les églises, estimant que les manifestants étaient des "criminels" et qu'ils ne devaient pas "se cacher derrière l'islam".

Le parquet kényan a, lui, annoncé l'ouverture d'une enquête sur le meurtre du prêcheur, à laquelle participeront l'inspection des polices et la commission nationale des droits de l'Homme.

"Le meurtre d'Aboud Rogo est un crime grave qui nécessite une enquête rapide, indépendante et impartiale," a estimé Human Rights Watch, rappelant que ce meurtre avait été précédé, plus tôt cette année, par des "enlèvements et assassinats d'autres personnes accusées de recrutement ou d'autres délits liés aux shebab".

Des pays occidentaux -- France, Royaume Uni et Australie notamment -- ont appelé leurs ressortissants à la prudence à Mombasa. "D'autres troubles sont probables", a notamment averti Canberra, conseillant d'éviter les rassemblements publics.

Rogo était sous le coup de sanctions de l'ONU et du Trésor américain, qui l'accusaient d'avoir levé des fonds et recruté des combattants pour les shebab.

Le prêcheur avait aussi été soupçonné de liens avec Fazul Abdullah Mohammed, ex-chef présumé de la cellule est-africaine d'Al-Qaïda décédé l'an dernier.

Né selon l'ONU entre 1960 et 1969 sur l'archipel kényan de Lamu, proche de la Somalie, il était soupçonné d'avoir présenté Fazul aux hommes qui l'avaient aidé à organiser les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam en 1998. 224 personnes avaient alors été tuées.

En janvier 2012, Rogo avait été arrêté dans une descente de police chez lui. Armes à feu, munitions et détonateurs avaient été trouvés, selon la police.

Le prêcheur, qui avait été libéré sous caution, avait aussi été accusé, puis acquitté, de participation à un attentat qui avait fait 18 morts en 2002 dans un hôtel proche de Mombasa dirigé par des Israéliens.

Première publication : 28/08/2012

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