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Amériques

Bogota cherche à obtenir un accord de paix avec les Farc

Vidéo par Mounia Ben Aïssa

Texte par Dépêche

Dernière modification : 28/08/2012

Juan Manuel Santos a indiqué avoir entamé des discussions avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) sans en préciser la teneur. Le président colombien entend parvenir à un accord qui mettrait fin à près de 50 ans de guérilla.

REUTERS - Le gouvernement colombien a engagé des discussions avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale organisation rebelle du pays, pour tenter de parvenir à la paix après quasiment un demi-siècle de violences, a déclaré lundi le président Juan Manuel Santos.

Le chef de l'Etat a ajouté qu'il pourrait aussi ouvrir des négociations avec un autre groupe rebelle, l'Armée de libération nationale (ELN).

"Nous avons eu des discussions exploratoires avec les Farc pour tenter de parvenir à la fin du conflit", a dit Juan Manuel Santos dans une brève allocution télévisée prononcée dans le palais présidentiel.

Il a toutefois souligné que les forces gouvernementales poursuivraient leurs opérations "sur chaque centimètre" de la Colombie durant les pourparlers.

Le chef de l'Etat, qui se trouve au milieu de son mandat de quatre ans, a dit vouloir éviter de reproduire les erreurs commises lors de précédentes négociations avec les Farc. Avant lui, plusieurs présidents ont échoué dans leurs tentatives de mettre fin au conflit entre les rebelles et l'Etat colombien, qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Juan Manuel Santos n'a pas fourni de précisions sur la nature de ces discussions mais il a annoncé qu'il en dirait davantage dans les prochains jours.

Dans une interview publiée lundi par Reuters, le chef de l'ELN, Nicolas Rodriguez, s'est dit ouvert à un dialogue sans conditions avec le gouvernement colombien.

Dans son allocution, Juan Manuel Santos a répondu que l'ELN pourrait participer aux discussions de paix.

"Aujourd'hui, l'ELN a exprimé par le biais d'une agence de presse internationale son intérêt dans une participation à des discussions pour mettre fin à la violence", a dit le président colombien. "Je dis à cette organisation que, dans le même cadre, elle peut aussi participer aux efforts visant à mettre fin au conflit."

Négociations à Cuba ou en Norvège ?

Depuis des semaines, la rumeur de discussions secrètes entre le gouvernement et les Farc gonflait en Colombie .

Tous les détails pour l'organisation des négociations n'ont pas encore été réglés mais, de source proche des services de renseignement, on a déclaré à Reuters qu'elles pourraient avoir lieu à Cuba ou en Norvège.

Le président américain Barack Obama est tenu au courant du processus et il l'approuve, a-t-on dit de même source.

Pour que ces discussions puissent avoir lieu, Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense, a accepté d'exclure toute extradition de rebelle vers un pays tiers où il serait susceptible d'être jugé, selon cette même source.

Dans une récente interview accordée à Reuters, le président colombien a déclaré qu'il ne s'engagerait dans un processus de paix que si ce dernier avait "une haute probabilité de succès". "Je ne lancerais pas un processus voué à l'échec", avait-il dit.

Le Congrès colombien a adopté en juin une réforme constitutionnelle posant les fondements juridiques d'un éventuel accord de paix avec les rebelles. Ce texte interdit aux chefs rebelles accusés de crimes contre l'humanité d'exercer des responsabilités politiques.

La dernière tentative de négociation de paix avec les Farc s'est soldée par un échec.

En 1988, le président Andres Pasternak a cédé aux rebelles un territoire de la taille de la Suisse pour faciliter les discussions. Les Farc ont profité de cet espace pour y former des combattants, construire plus de 25 pistes d'atterrissage utilisées pour le trafic de drogue et créer des camps de prisonniers afin d'y retenir leurs otages.

Prédécesseur de Juan Manuel Santos, Alvaro Uribe a en revanche adopté une ligne de fermeté à l'égard des rebelles. L'annonce des dernières discussions a amené l'ancien président à accuser son successeur de chercher la paix "à tout prix" et de laisser les rebelles se réarmer et se regrouper.

Progrès

Avec l'appui des Etats-Unis, l'armée colombienne a récemment infligé une série de revers aux Farc, organisation créée en 1964 par Manuel Marulanda.

Formés par leurs homologues américains à l'utilisation de technologies perfectionnées, notamment pour suivre les rebelles à la trace, les militaires colombiens ont d'abord tué en 2008 le numéro deux du commandement des Farc lors d'un raid transfrontalier en Equateur. Manuel Marulanda est décédé d'une crise cardiaque quelques semaines plus tard et a été remplacé par Alfonso Cano, lui-même tué ensuite.

En outre, le nombre d'enlèvements et de meurtres imputés aux rebelles a fortement diminué.

Ces progrès dans le domaine de la sécurité ont contribué à un boom économique en favorisant l'arrivée d'investisseurs
étrangers.

Les détracteurs de Juan Manuel Santos lui reprochent cependant de saper les progrès de la décennie écoulée. Les attaques contre les installations pétrolières ont augmenté de 40% en 2011.

Six personnes, dont deux enfants, ont été tuées dimanche dans un attentat commis par les Farc dans la province de Meta.

Première publication : 28/08/2012

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