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Afrique

Gambie : l’exécution de prisonniers sénégalais ravive les tensions avec Dakar

©

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 29/08/2012

Après l'exécution par la Gambie de deux détenus sénégalais, l'heure est à un nouveau refroidissement entre Banjul et Dakar. Des tensions qui compliquent les efforts du président sénégalais Macky Sall (photo) pour résoudre la crise en Casamance.

Exit le moratoire, pourtant vieux de près de 30 ans en Gambie, sur la peine de mort. Après avoir annoncé, le 20 août, son intention de vider les cellules des condamnés à mort d’ici à la mi-septembre, le président Yahya Jammeh est passé à l'acte le 26 août. Neuf détenus ont été exécutés, dont deux Sénégalais. De quoi agacer Dakar, dont les espoirs d’une résolution du conflit en Casamance - une région du sud du Sénégal qui connaît une rébellion armée depuis 1982 - reposent en grande partie sur une médiation gambienne.

Un pas en arrière

Selon Amnesty International, qui qualifie ces exécutions collectives de "terrible régression", 38 personnes se trouvent toujours dans le couloir de la mort en Gambie. L’ONG met également en cause la régularité des procédures judiciaires.

Derrière cette initiative morbide se trouve Yahya Jammeh, aux commandes du pays depuis 1994, un homme dont la réputation sulfureuse en matière de droits de l’Homme n’est plus à faire. Le président s’est notamment illustré, en 2008, par de violentes sorties homophobes, menaçant les homosexuels de leur couper la tête afin de "nettoyer la société gambienne."

Les condamnations de la communauté internationale face aux exécutions n'ont pas tardé à se multiplier. Les États-Unis et la France ont notamment pressé Banjul d'abolir sans délai la peine capitale. Mais c’est la réaction de Dakar qui a fait le plus de bruit...

La Gambie, intermédiaire entre Dakar et la Casamance

"Nous avons été surpris du mépris des autorités gambiennes à l'égard du Sénégal", a ainsi déclaré Macky Sall, le président sénégalais, mardi 28 août, après avoir convoqué l’ambassadeur de Gambie à Dakar pour protester contre l'exécution des deux ressortissants sénégalais. Les deux pays, un temps réunis au sein d'une éphémère Confédération de Sénégambie (1982-1989), entretiennent des relations tumultueuses. Et, alors que l’élection de Macky Sall, en mars dernier, a apporté une certaine accalmie, ce haussement de ton pourrait venir compliquer la tâche de Dakar sur un point particulier : la résolution de la crise casamançaise, dans laquelle Banjul joue un rôle stratégique.

Coincée entre la Gambie - enclave anglophone cernée par un pays francophone - et la Guinée Bissau, la région sénégalaise de la Casamance vit dans une situation de quasi-autonomie. En rébellion depuis 30 ans, les indépendantistes se réjouissent de leur position presque hors d’atteinte, les trajets du nord vers le sud du pays se faisant généralement par la mer. La Gambie intéresse donc tout particulièrement Dakar, qui a sollicité le soutien du gouverment de Jammeh. Après l’échec de son prédécesseur Abdoulaye Wade, Macky Sall a fait de cette question l’une de ses priorités.

Du côté de la rébellion casamançaise, on se frotte les mains à la suite du regain de tensions entre les deux pays. "Tout ce qui peut affaiblir le pouvoir à Dakar est considéré comme une initiative pouvant favoriser les revendications politiques des rebelles de la Casamance", explique à FRANCE 24 Antoine Glaser, journaliste et écrivain spécialiste de l’Afrique. "Le refroidissement des relations ne va pas favoriser les négociations engagées avec la rébellion."

Un pied-de-nez à la communauté internationale

Au-delà du dossier casamançais, le gouvernement de Jammeh entend adresser un signal d’indépendance à son grand voisin, poursuit Antoine Glaser. "Derrière cette décision de la Gambie, il y a la volonté de lancer un défi à la communauté internationale, explique-t-il. Les deux pays sont en compétition depuis des années et le président gambien réagit mal aux récentes louanges adressées au Sénégal." Le Sénégal, où a eu lieu cette année une élection présidentielle dont le déroulement a été unanimement salué, qui fait également partie des États africains qui ont opté pour l'abolition de la peine de mort...

"Par cette annonce [l'exécution des condamnés à mort, NDLR], la Gambie envoie un signal fort : elle dit qu’elle agit comme elle l’entend à l’intérieur de ses frontières", précise encore Antoine Glaser, qui estime que le froid diplomatique entre les deux pays pourrait avoir des répercussions plus larges. "Alors que les pays d’Afrique de l’Ouest tentent de parler d’une seule voix grâce à une coopération politique, économique et militaire accrue, ce refroidissement des relations n’est pas bon signe, notamment pour l’intégration de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest."

Première publication : 29/08/2012

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